(par Exo-6)
Mon nom est Kizenhrak, de la plaine de Torana. Vous ne me connaissez peut-être pas. J’appartiens à une époque se situant environ 16 000 ans après ce que nous appelions de notre temps, le Grand Cataclysme. Je suis un des rescapés de la bataille de Neutra Nui, jadis nommée l’île de Mata Nui par les générations antérieures. Mon monde est aujourd’hui voué à l’échec et a peut-être disparu depuis nombre de siècles, à l’instant où vous lisez ceci. Car ici s’est déroulé la cause de ce dont je suis l’un des derniers témoins aujourd’hui.
Voici mon histoire…Chapitre 1 : Le commencement
Tout commença il y a 800 ans, lorsque j’étais jeune chroniqueur sur Torana.
Torana est un dôme de l’après Résurrection, situé à l’extrême nord de Metru Nui. C’est une île fondée au cœur d’une vaste plaine il y a environ 14 000 ans. Elle est entièrement administrée par les Matoran. Le peuple de Torana est considéré comme l’élite des guerriers Matoran à travers l’univers et est très indépendant. Nous n’avons qu’un seul Toa qui – en raison de notre fierté – n’intervient que dans les cas les plus extrêmes, ce pourquoi peu d’entre-nous connaissent son identité. Nous ne savons de lui que ses exploits.
Torana est depuis longtemps isolé du reste de l’univers Matoran, et nos chroniques s’arrêtent bien souvent à nos frontières.
Nos ancêtres qui établirent la colonie, venaient des quatre coins de l’univers Matoran, d’où la richesse de notre peuple aujourd’hui. Nous avons des pratiques d’armement Nynrah, des technologies du Royaume d’Artakha, et l’un des plus grands Toa de l’Histoire pour Maître d’Armes, qui est le véritable créateur de l’art martial Toran.
Je me rendais au Temple Matoro, lieu saint de Torana bâti en l’hommage d’un des plus grands héros que le monde ait connu, pour étudier le mur de l’Histoire, consacré à la vie de celui-ci. Ce qui d’ailleurs n’était pas vraiment autorisé. J’apprenais alors ce qui s’était passé avant la Bataille Finale et avant ce que nous appelons désormais la Grande Résurrection : Le retour de Mata Nui.
Mais je m’aperçue que le mur ne s’arrêtait pas à la mort de Matoro le glacial. Ce mur de l’histoire contait les aventures du Toa de Torana, tout en ne citant jamais son identité. Le héros dont parlaient ces écrits, était nommé « le gardien ».
Après que l’Ordre de Mata Nui ait gagné la Guerre Makuta de justesse indiquait-il, et que les Toa Nuva accomplirent leur destinée en réveillant Mata Nui, le Makuta Teridax, maléfique stratège implacable et plus grand ennemi que notre univers ait connu, était parvenu à ses fins. Il emprisonna le Grand Esprit dans le légendaire Ignika, qu’il bannit dans l’espace vers la planète de Bara Magna. Une fois en possession du corps de Mata Nui et de l’univers Matoran tout entier, il assassina même ses frères ayant survécus à la guerre. Mais la lumière triompha au final et Mata Nui retrouva son univers et sa place, éliminant à jamais Teridax. Le titre de Makuta – aussi bien que l’espèce – passèrent dans la légende.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non… Je continuais de lire les mémoires du Temple, jusqu’à la fondation de Torana et des quelques élargissements de l’Univers Matoran, mais surtout, jusqu’à l’époque de ma venue. Une période décrite par beaucoup comme bien sinistre pour l’univers, dont peu connaissent la vérité sur son avènement.
Étrangement, je constatais que le mur n’avait pas été complété depuis 8000 ans. La chronique mémoire aux alentours de quatre millénaires après la Grande Résurrection à aujourd’hui était comme manquante. Le mur n’indiquait rien de ce moment de l’histoire… La période dans laquelle je suis arrivée en ce monde.
Je quittais le Temple et fis route vers Le-Tora, la région de l’Air ! D’origine, je suis un Matoran de Psychisme, mais de caractère j’ai un tempérament de Feu, et les jungles urbaines m’ont toujours irrité et donné envie de tout brûler. Mais heureusement, je n’étais pas là pour cela. Je voulais en savoir plus sur cette pièce manquante qui m’avait préoccupé sur le mur de l’histoire. Je me rendais sur le quai 54, à destination de Metru Nui.
Comme presque tous les natifs de la plaine en raison de notre isolement par rapport au reste de l’univers, j’y partais pour la première fois. Torana est trop éloigné de Metru Nui, et les deux cités sont très peu en relation.
Alors que je m’apprêtais à embarquer clandestinement dans le vaisseau ussual de marchandises qui repartait chercher de quoi approvisionner Torana en pierres de lumières, j’entendis quelqu’un appeler.
- Chroniqueur !
La voix semblait sage et rassurante, j’hésitais pourtant quelques secondes avant de me retourner. Mais une fois fait, je savais que c’était lui. Je ne pourrait expliquer comment, mais c’est comme si je l’avais toujours su. Je le regardais de bas en haut :
- Oh ! Le Gardien, interrogeais-je ?
- Lewa, le Gardien, me reprit-il ! Où vas-tu comme ça petit être ?
J’étais stupéfait. Le légendaire et mystérieux gardien de Torana était Lewa Nuva, héros de la guerre Makuta … Lewa le Gardien comme il disait.
Il prétextait m’avoir vu au Temple Matoro, et avait compris que j’avais remarqué quelque chose. Après que je lui ai expliqué mes préoccupations concernant le mur du temple, il devina en voyant l’inscription sur le vaisseau de transport :
- Et je suppose que tu te rends à Onu-Metru espérant y trouver plus d’informations ?
- C’est exact, les Archives de la cité abritent sûrement un élément qui m’échappe.
- Très bien chroniqueur, je t’accompagne ! Cela fait des années que je n’ai pas remis les pieds à Metru Nui, des personne là-bas j’aimerais revoir… Et puis ce mystère dont tu parles m’intrigue aussi.
Je restais bouche bée. Cette journée était étonnement marquante. Je rencontrais le célèbre Lewa Nuva et le mystérieux gardien de Torana, tout en découvrant qu’ils ne faisaient qu’un. Et par dessus tout, il voulait m’accompagner dans ma démarche.
Nous nous rendions alors à Metru Nui, arrivant aux Colisée. Toa Lewa désirait se rendre en premier lieu à la demeure de Dume, au sommet de la haute flèche du colisée. Une seule personne nous attendait. Je l’aperçus de dos, et compris de qui il s’agissait lorsque que Lewa le salua :
- Tahu, mon frère, cela faisait si longtemps !
- Lewa ! Bien trop longtemps tu veux dire. On ne m’avait pas appelé Tahu depuis bien des éternités.
Surpris de ce curieux spectacle, je les interrompis :
- Tahu Nuva ? Mais ce n’est plus Turaga Dume qui contrôle la cité ?
Le Toa de Feu me regarda les yeux désolés l’espace d’un silence et se tourna vers Lewa :
- Ils ont ré attaqué il y a douze ans. Je n’ai rien pus faire … Je pensais que Torana en avait été informé.
- « Attaqué », sursautais-je ? Mais qui a attaqué ?
Tahu se retourna vers moi, fronçant le regard et hésitant.
- … Les TARLOKK.
Chapitre 2 : Omission
La mort de Dume ne cessait d’hanter mes pensées. Turaga Dume était un proche ami de Torana. Il était venu sur la plaine à de nombreuses reprises. Mais je ne devais pas oublier ce pourquoi j’étais ici. Je me rendis en gare pour me rendre à Onu Metru par les chutes protodermiques. A ma sortie du tube, Lewa m’attendait déjà. Il avait préféré faire la route du Colisée en vol, je suppose.
Nous avancions donc tous deux en direction des Archives de la cité. C’est alors qu’en chemin nous rencontrions un Matoran du nom de Tamaru. Le Gardien semblait le connaître.
- Mata Nui ! Lewa, est-ce bien vous ? Cela fait des siècles, s’étonna-t-il !
- Tamaru, ça alors petit être. Que fais-tu si loin des cockpits de tes vaisseaux de transport ?
- Et bien je travaille actuellement aux Archives. J’y effectue des recherches sur les premiers systèmes de décollage des dirigeables de seconde génération. Ces vieilles machines ne servaient déjà plus du temps des Makuta. Mais ces systèmes avaient été mis au point par un inventeur Matoran très ingénieux.
- Il se trouve que nous nous rendons également aux archives. Voici Kizenhrak de la plaine du Nord.
- Tu es un guerrier Toran ? Je n’en avais jamais rencontré. Il faut dire qu’on vous voit peu sortir de votre forteresse hexagonale, me sourit-il.
Après quelque discussion plus ou moins intéressante, il parvint à nous faire entrer légalement dans les archives. Lewa et moi cherchions sans relâche des indications sur ces « Tarlokk » comme les appelait Tahu. Lewa avait entendu parler de la première attaque Tarlokk, mais comme pour beaucoup dans l’univers Matoran, ces derniers avaient été détruit, et la menace semblait alors éradiquée.
Nous avons dû passer plus de 3 jours dans les archives, jusqu’à ce que je tombe enfin sur quelque chose…
- Lewa, venez voir. Je crois que j’ai trouvé.
Il me rejoignit l’air étonné, comme si pour lui trouver enfin un indice semblait être devenu quasi impensable.
- Regardez ça…
- Cette créature semble bien fichée sous le nom de Tarlokk en effet !
- Oui, et il y a pire... Cette table de données indique que l’article est référencé ici depuis déjà 10 200 ans. L’expertise indiquait à l’époque où ils l’ont trouvé qu’il était enfoui sous terre depuis 500 ans auparavant…
Lewa vérifia avec stupéfaction ce que j’avançais en lisant à son tour la base de données que je venais de consulter :
- Kizenhrak, je ne sais pas si tout ceci à un rapport avec l’anomalie sur le mur de l’histoire de Torana, mais ce qui est sûr c’est que Tahu nous a bien affirmé que les Tarlokk n’attaquent Metru Nui que depuis seulement 200 ans.
- Alors comment se fait-il que personne n’ait remarqué que nos nouveaux ennemis soient, en réalité, connus sur la cité du Grand Esprit depuis plus de dix millénaires ?
Lewa resta pensif un instant. Je voyais bien que ce dont à quoi il songeait ne devait pas être en rapport avec notre récente découverte. Mais apparemment, quoi que ce fût, cela semblait le troubler fortement.
La chambre des archives dans laquelle nous nous trouvions sembla soudain être un néant d’ombre et de silence refroidissant. Les quatre portes du niveau où nous étions se refermèrent à la fois de façon très soudaine mais délicate. Distinguant le gardien par reflets dans la pénombre, je pouvais sentir qu’il n’était pas tranquille.
- Que se passe-t-il Toa, lançais-je ?
- Rien de très encourageant, jeune guerrier, rétorqua-t-il.
Il laissa passer un court moment, fixant droit devant lui un unique point lumineux commençant à apparaître au fond de la salle, alors que nous commencions à percevoir les sons de voix aussi stridentes qu’un chant de protodites.
- Des SENTRAX, dit-il enfin !
Et alors que le fameux point lumineux commençait à s’étendre considérablement, comme si quelque chose se rassemblait et cherchait à prendre une forme particulière, je fixais le phénomène, mon Kanohi témoignant de l’effroi ressenti dans mon armure, j’attendais qu’il m’en explique un peu plus. Si notre destinée nous en laissait le temps…
- Ce sont les héritiers de Sentrak, l’ancestral et défunt il y a des millénaires, garde du corps du Shadowed One. Comme lui, il n’existe pas réellement. Ils survivent sur un autre plan d’existence, étreins par la douleur de la destinée. Coincés entre la vie et le monde des morts immortels.
Après quelques secondes durant lesquels le froid soudain de la chambre nous avait glacé de frissons, les responsables se distinguèrent de l’obscurité face à nous. Ils avaient en effet pris une forme spectrale et stagnait juste au dessus du sol. Ils devaient être à peine une demi-douzaine. Le Sentrax central s’arrêta pour s’adresser à nous.
- Autorisez sur ces informations, vous n’êtes pas, intrus !
- Qui vous envoie ici, semi-morts ? Je sais que les Sentrax n’interviennent jamais d’eux même, affirma Lewa ne s’apercevant pas qu’à quelques pas derrière, sur le qui vive, j’empoignais déjà mes armes.
Un autre spectre lui répondit :
- Nous sommes les gardiens des archives. A nous, le Puissant a fait appel afin…
- Celui que vous appelez le puissant est mon frère, brisa le Gardien de la plaine ! Il préférerait laisser la protection des Archives à une Fikou plutôt qu’à des Sentrax, cela j’en suis certain !
Alors que la chambre se réchauffait en tension, mon instinct de guerrier Toran ne put m’empêcher de jeter précipitamment une de mes lames en direction des spectres, avant qu’ils ne frappent les premiers. Mais bien sûr, ma dague alla directement se planter dans le mur, traversant l’entité comme si celle-ci était totalement inexistante, et mon attaque fut vaine. Elle déclencha plutôt le lancement des explications musclées. Les Sentrax s’excitèrent aussitôt, et s’agitèrent dans tout les sens, devenant menaçants et agressifs.
- Vous venez de déclencher votre inéluctable passage parmi les semi-morts, téméraires.
- Nous n’avons aucunement l’envie de devenir des Sentrax, répondit le Gardien.
Et tandis que les Sentrax semblaient concentrer leur pouvoir sur nous tout en nous bombardant d’éclair d’énergie, Lewa se mit à léviter jusqu’à atteindre le vertigineux plafond de la chambre. Il fit apparaître une lance qui semblait avoir en sa pointe, deux Katana. La faisant tourbillonner lentement, mais avec force, au dessus de sa tête, il la pointa vers la formation serrée des spectres qui tentaient toujours de rassembler leurs pouvoirs, et déclencha son attaque. Sa lance brilla d’intensité, d’un vert fluorescent, et en un petit instant, en sortie de son extrémité une énorme tornade virevoltant d’une virulence implacable. D’une rapidité éclair, commandée par le puissant Toa sous mes yeux rassasiés de stupéfaction, celle-ci se dirigea vers les Sentrax qui s’apprêtaient déjà à me porter le coup fatal.
Toujours au sol, je regardais cette tempête me sauver des créatures, les dissipant d’un souffle violent dans le vent qui disparaissait à son tour. Bouche bée, je secouais la tête comme pour me reconnecter à la réalité. Je fis tomber ma lame, jusqu’ici contractée par la paume de ma main tétanisée, voyant Lewa redescendre vers moi, pour nous faire sortir au plus vite de cet endroit qui restera à jamais gravé dans mon esprit…
Chapitre 3 : L’Exilé
Suite à notre fraîche découverte, et l’intérêt de dangereuses entités qu’elle avait suscité, le Gardien n’était pas rassuré pour notre peuple. Ni moi d’ailleurs. Il décida de repartir pour Torana, craignant que la plaine soit attaquée. Cela me laissait seul certes, mais c’était une sage décision. Maintenant que ces terrifiantes énigmes nous étaient apparues, nous ne pouvions prendre le moindre risque.
Avant de partir il me laissa quelques directives.
- Je ne suis plus en mesure de soutenir ton enquête petit être. Rends-toi sur les territoires de Xia. Trouves celui qui se fait appelé « le Solitaire », dis lui que Lewa t’envoie. Raconte lui tout.
Ce furent ses seules indications. Un peu intrigantes j’en conviens, mais selon le code militaire Toran, quand le maître d’armes a parlé, on s’exécute !
Pour me rendre le plus rapidement possible en terres Xian, je choisis comme moyen de transport de me diriger vers le Kini le plus proche. Depuis l’élargissement de l’univers Matoran, le bâtisseur avait demandé au Conseil Pacifique de financer l’installation de Kini de téléportation un peu partout dans le monde Matoran connu. Par pur hasard, partout, sauf sur Torana…
J’arrivais sur Xia toujours songeur, me repassant sans cesse la scène des archives dans mon esprit, mais je fus stoppé dans ma réflexion par un garde du mur frontière, un Skakdi.
- Halte ! Matoran. On ne pénètre pas au sein de l’Empire, aussi facilement que dans une école de Ga-Metru, ici !
- Je suis un Guerrier Toran, je n’habite pas la cité des légendes, rétorquais-je ! Alors gardez vos… L’empire ? Comment ça l’empire, réagissais-je ?
- Et bien tu devrais sortir de ton hexagone rocailleux plus souvent « Toran » ! Tu es ici dans l’Empire de Xia.
- Puis-je savoir ce que fait un Skakdi dans l’Empire Xian dans ce cas, continuais-je avec l’arrogance qui m’est si propre ?
Le « Dents de sadique » comme on aime appeler les Skakdi d’où je viens, se mit à pouffer de rire comme si un Pewku lui léchait les griffes. C’était désobligeant…
- Tu es vraiment plus ignorant que le plus imbécile des Rahi dis moi. Cela fait des siècles que les Vortixx ont conquis Zakaz. Toutes les tribus Skakdi sont aujourd’hui sous la juridiction de l’empire de Xia. Qui donc ne sait pas encore ça !
J’avais encore l’impression de passer pour le dernier des Hydruka ! Mais qu’importe, j’ai l’habitude de n’être jamais au courant du monde extérieur, je suis un Toran après tout, soupirais-je.
- Allez, poursuivit le garde. Vas, je me suis assez amusé avec toi.
- Vous me laissez passer ?
- L’impératrice à reçut quelques…« directives », de la part du conseil pacifique. Nous sommes un peu plus laxistes sur la circulation libre au sein de l’Empire. Alors files, avant que je ne sois rattrapé par mon instinct génétique !
Coup de chance ou non, j’avais quoi qu’il en soit réussis une partie de ma tâche. Je devais maintenant trouver ce « Solitaire ». J’arpentais les ruelles industrielles et sinistres de la ville arsenal, mais un facteur que j’avais omis de prendre en compte, c’est que se promener suréquipé d’armes comme un Toran tel que moi, dans la capitale des machines de guerres et autres armements militaires, ne passe pas tout à fait inaperçu. Surtout lorsque les armes en question ne sont pas de conception Vortixx.
C’est donc pour cela que l’un d’entre eux tenta rapidement de me prendre à part.
- Hé, toi ! Où as-tu trouvé tous ces gadgets, petit ? Tu te les ai procuré à la fabrique de Vetenka c’est ça ? Alors c’est donc ça ses nouvelles armes qui font fureur ! J’ai horreur qu’on passe devant mon usine muni des jouets de la concurrence, me dit-il devenant presque menaçant.
- Calmez-vous. C’est de l’armement Toran, j’arrive des terres du nord.
- Et depuis quand des Matoran autre que les Nynrah savent fabriquer des armes, me crasha-t-il ?
- J’ai dit Toran ! Pas simple Matoran. Ce n’est quand même pas si compliqué à comprendre.
Décidément, même si on se sent isolés du reste du monde sur la plaine, ça n’est pas sans réciproque. Ce maudit Vortixx croyait que Torana était un mythe. Mais je n’allais pas me plaindre maintenant ; il eut malgré tout « l’amabilité » de m’indiquer où je trouverais le Solitaire…
Ayant suivie les indications du Xian, j’avais facilement trouvé ce « Solitaire ». J’étais arrivé dans une ancienne usine désaffectée d’exosquelettes mécanisés pour Matoran. L’individu s’y trouvait, juste au dessus du sol, en train de méditer sans doute. Dès la rencontre, je fus impressionné par la prestance et la sérénité dont il semblait quotidiennement faire preuve, tant dans son allure que dans son expression. En lui expliquant la situation, j’avais remarqué sa réaction dissimulée lorsque j’eus cité le nom de Lewa Nuva. C’était à croire que ces deux noms étaient tombés dans l’oublis depuis des générations, et qu’un curieux petit guerrier – accessoirement chroniqueur – avait fait resurgir de la zone sombre.
- Lewa a bien fait de t’envoyer aux abords de l’empire Xian. Certaines réponses se trouvent sûrement dans la région, où sinon… Elles sont restées dans le dôme de Metru Nui !
- Mais si c’est le cas, noble solitaire, nous risquons d’être interdit de séjour dans la cité. Il semblerait que le Puissant n’ait pas apprécié notre curiosité à Onu-Metru et peut-être même qu’il…
L’individu m’interrompit net !
- Ce n’est pas Tahu qui a envoyé ces Sentrax à votre pourchasse ! Qui que cela puisse être, je te défend de pouvoir soupçonner son implication dans tes déboires.
- Hum, oui, comme vous voudrez. Vous avez certainement raison tandis que je perd la mienne, mais je ne savais pas que vous le vénériez, ni même le connaissiez…
A nouveau, avant que je n’eus terminé, il m’arrêta cette fois-ci d’un regard qui imposait le silence à m’en glacer les mécanismes ! Mais je savais que sous ces attitudes froides inquiétantes, s’abritait un guerrier aux puissances titanesques et en qui je devais faire confiance de toutes façons. Mais j’avoue que si cela aurait été quelqu’un d’autre que Lewa qui me l’aurait recommandé, d’instinct j’aurais très rapidement été plus méfiant.
- Je ne le vénère pas, reprit-il d’un ton toujours aussi sec ! J’ai jadis servi sous ses ordres. Je sais que ses décisions, quoique parfois discutables, sont tout à fait respectables. Lors des événements survenus avec le Gardien dans les archives, Tahu, même si absent du combat, était de votre camp.
- Vous avez raison. Je m’excuse, j’ai parfois tendance à oublier le formidable héros qu’il ait et qu’il a été durant la guerre Makuta aux côtés de ses frères Toa. D’ailleurs, que sont devenus les autres Nuva ? Je sais maintenant que Lewa se cache depuis des millénaires sous l’identité du Gardien de Torana, mais les quatre autres vivent-ils toujours ?
Mystérieusement, ma curiosité n’aura pas su être satisfaite, hormis par un bref « Partons » précédé d’un regard dévisageant.
Mieux valait sûrement ne pas chercher à comprendre. De toute façon, il venait de me positionner face à une autre énigme. Avant que j’eus finis de poser ma question en chemin sur une passerelle délabrée et peu sécurisante, nous nous trouvions soudain dans une petite habitation ouvrière, technologiquement bien équipé et avec vue sur une inexplicable cité moderne. Je ne comprenais pas comment un simple couloir suspendu était amené à relier une vieille fabrique désaffecté à ce qui semblait être un quartier de luxe. C’est comme si on pénétrait totalement dans une réalité alternative de Xia. Les architectures inspiraient richesse et puissance. Rien à voir avec la vielle ville que j’avais parcourue jusqu’alors. Mon nouveau compagnon m’avait sûrement amené volontairement dans cet endroit. Mais dans quel but ?
Stoppant mon admiration émerveillée des grattes-ciels que je scrutais du hublot, un petit être nous interpella. Ce devait être sa demeure. Il était de la taille d’un Matoran, d’allure similaire, mais ce n’en était pas un du tout. Il ne portait ni masque, ni casque, et était bien plus trapu que ceux de notre espèce. Son visage était fin mais prononcé, ses yeux jaune feu, mais son regard paisible.
Il salua et accueillit le Solitaire comme un grand ami de toujours. Ce dernier lui expliqua de façon discrète pourquoi nous étions là. L’individu se tourna alors vers moi et s’exprima :
- On me nomme « l’exilé » ! J’appartiens à l’espèce méconnue des Orukan. D’après ce que j’ai compris, tu es à la recherche d’information sur les Tarlokk.
- Euh…Oui, c’est bien cela, répondis-je à la hâte, surpris de rentrer si rapidement dans le vif du sujet.
- Comme le souligne mon nom, je ne suis pas de l’univers Matoran, j’appartiens à un autre monde, d’où les Tarlokk sont originaires. Là d’où je viens, ils ont toujours servit la volonté de notre souverain, et étaient presque nos seules défenses militaires. Les ordres qu’ils recevaient ont toujours tenu plus du maintien de l’ordre que d’objectif de conquête.
- « Étaient » ? Ce n’est plus le cas, l’interrogeais-je ?
- Malheureusement, je ne peux parler que de ce qu’il en était lorsque je m’y trouvais. Et d’après ce que j’ai pu comprendre, le fait qu’ils attaquent votre monde signifie que quelque chose est arrivé…
Je réfléchis un instant.
- Parlez-moi de votre monde ? Vous avez parlé d’un souverain.
- Le monde d’où je viens est une planète que les vôtres nomment Oruka Magna. Mon peuple constitue une très grande civilisation évoluée.
- Oui bien sûr, comme la plupart des mondes crées par les Grands Êtres, répondis-je naïvement.
- Non ! La civilisation Orukan est totalement indépendante des Grands Êtres. Ces derniers n’ont même jamais colonisé ce monde. Quant au souverain de Oruka Magna, il était le chef puissant des Teneba, des êtres forts constituant l’espèce supérieure de la planète. Il a pris le pouvoir, et a imposé un régime martial à la population Orukan, qui pourtant le soutient toujours. C’est un tyran belliqueux qui a berné les miens et leur affirme son autorité à l’aide des Tarlokk, ce pourquoi je me suis exilé ici. Mais ce n’est pas un conquérant.
- Et vous êtes seul ?
- Et bien, certains Orukan en exil se cachent sûrement aussi dans votre univers. Je sais qu’il y en a un sur Kortalax. Peut-être aura-t-il des informations plus récentes que moi…
Après notre discussion, je voulais à tout prix aller trouver cet autre Orukan, susceptible de nous en dire plus. Mais le Solitaire refusait que l’on quitte Xia aussi vite, jugeant que nous devions d’abord nous assurer qu’il n’y avait rien d’autre à y découvrir. Mais le jeune Toran fougueux que j’étais ne l’entendait pas ainsi. Je m’enfuis durant la nuit, sortant dans les ruelles de Xia jusqu’au port ouest. J’embarquais alors clandestinement dans un bateau cargo transportant des pièces détachées, à destination de Kortalax...
Chapitre 4 : Le Bâtisseur
Kortalax ! Une île de l’univers élargie, elle aussi. Bien que ce point commun avec mon île natale me plongea dans une atmosphère légèrement différente de Xia, je ne me sentais pas vraiment chez moi pour autant.
Kortalax appartenait elle aussi à l’Empire Xian. Elle fut fondée même avant Torana. Mais l’Empire de Xia étendant de plus en plus sa marque sur le Nord-Est de l’univers Matoran, la nouvelle île ne resta pas neutre bien longtemps.
M’étant promené dans la ville principale presque toute la journée, j’avais découvert cette île dont j’avais lus beaucoup de choses.
Kortalax déjà bien développé technologiquement dès sa création, a vu son industrie fleurir sans commune mesure grâce à l’insolente bonne santé économique de l’Empire qui l’avait conquis. Elle était en perpétuel développement urbain, et aménagements titanesques.
J’aperçus d’ailleurs un immense chantier actif qui semblait construire une énorme structure aux allures de forteresse, mais ce n’en était pas une. C’était… une sorte de forteresse de luxe, raffinée et presque désarmée.
J’y vis des Toa en pleine action au milieu de Matoran artisans, utilisant leurs pouvoirs élémentaires pour souder les tiges métalliques par le Feu, ériger des murs de pierre, et d’autres choses facilitant la construction de cette architecture.
Ils étaient cinq, et ma légendaire et insatiable curiosité me poussa évidemment à aller les déranger dans leurs travaux.
- Bonjour, Toa. Je m’appelle Kizenhrak. Qu’est-ce que vous construisez au juste ?
La Toa de l’eau à qui je m’adressais continuait à forcer sur les poutres de Fer qu’elle fixait pendant qu’elle me répondait, sans me regarder.
- Hum… nous… construisons le…
Toujours entrain de forcer elle n’arrivait apparemment pas à me répondre sans décomposer de façon agaçante – pour un impatient tel que moi – ses phrases.
- … Palais Impérial… de Kortalax ! dit-elle enfin en ayant réussi à poser sa poutre.
Elle regarda finalement vers moi et montra son apparente surprise :
- Hé ! Tu es un guerrier Toran ?
- Tiens, il y a enfin des gens cultivés dans cet empire qui ne prennent pas mon peuple pour une légende ?
- Ah ah ! Oui, il y en a. J’ai participé à la fondation de la plaine de Torana. Je sais donc reconnaître un Toran quand j’en croise un. Surtout si loin de chez lui, fit-elle avec interrogation.
Après que je lui ai expliqué ma situation, elle stoppa son activité, et alla me présenter à ses amis de l’autre côté du chantier :
- Voici Toa Kongu, Hewkii, Nuparu, Jaller notre leader et… moi c’est Hahli. Ce petit curieux est un guerrier Toran, dit-elle ensuite à ses compagnons.
- Mais… ! Je connais ces noms... Oui ! J’ai étudié la guerre Makuta quand j’étais chroniqueur sur Torana. Vous êtes les Toa Mahri ! Les frères de Matoro le Glacial, le héros de l’univers Matoran ! J’ai bien fais de quitter l’Exilé Orukan finalement, m’excitais-je.
Ils se regardèrent tous soudainement dans un silence inattendu. Mais Hahli fini par me répondre :
- Pardonne-nous Kizenhrak, il y a longtemps qu’on ne nous avait plus nommé ainsi. Et… Nous ignorions que les Toran avaient été mis au courant de l’existence des Orukan ?
- Ils ne le savent pas. Il n’y a que moi depuis que j’ai rencontré le Solitaire sur Xia, qui m’a conduit à l’Exilé.
- Et bien… Je pense qu’on devrait te présenter quelqu’un, me dit Hahli en regardant ses frères comme pour leur demander leur avis du regard.
Après quelques instants de marche, nous arrivions sous une hutte rudimentaire. Un Toa de Pierre s’y trouvait, entrain de consulter des plans de constructions, sans doutes ceux du chantier sur lequel travaillaient les Toa Mahri et les nombreux Matoran qu’ils aidaient. Nous sommes rentré tous les six à l’intérieur et nous nous sommes installé. Je suivais silencieusement les Toa Mahri ne sachant pas à qui ils allaient encore me présenter.
Hahli fit les présentations, avant d’expliquer à notre ôte qui j’étais, et le peu que je lui avait raconté de mon histoire :
- Je te présente Pohatu le Bâtisseur, architecte de l’univers élargie depuis le premier Conseil Pacifique.
- Pohatu… le Bâtisseur ? Pohatu Nuva… vous êtes Pohatu Nuva, m’étonnais-je !
J’avais encore en tête les récits de la Guerre Makuta, sur le Mur de l’Histoire du Temple Matoro de Torana, où les Toa avaient presque tous été exterminé et n’étaient plus qu’une poignée au bord de l’extinction. Et là, je croisais des Toa légendaires presque tout les jours.
- Hem… C’est effectivement moi, petit. Mais l’équipe Nuva a été dissoute il y a des milliers d’années par le premier Conseil Pacifique il y a de cela 13 500 ans. Et ce nom est… comme qui dirait, passé dans la légende. Mais tu n’est pas là pour cela, n’est-ce pas ?
- Je ne sais pas trop pourquoi je suis ici à vrai dire. Ces Toa m’ont conduit à vous, quand j’ai parlé d’un Orukan, étonnés d’après ce que j’ai cru comprendre, que je connaisse cette espèce. Donc ma question, finalement, serait bien… Comment vous, les connaissez aussi et, quel rapport ont-il avec vous ?
Le Bâtisseur jeta un œil aux autres Toa présents dans la hutte, puis tendit la main vers un siège pour me dire de m’asseoir. Je sentais que les mots qui allaient suivre risquaient d’être bouleversants.
- À dire vrai, jeune Kizenhrak, ces Orukan ont autant de rapport avec toi qu’avec nous. Aux alentours de 4 500 après le Grand Cataclysme, j’entamais avec l’aide des Toa Mahri que tu vois ici, la construction de la plaine hexagonale de Torana, à la demande du Conseil Pacifique.
- Oui, cela j’en ai lu certains écrits, même si je n’ai jamais approfondi ce dossier…
- Seulement là où nous avons érigé les fondations du dôme de Torana, se trouvait une colonie de quelques déserteurs… qui n’étaient pas de notre univers. Des Orukan…
- Quoi ? Torana est une ancienne colonie Orukan, dis-je avec stupéfaction ?
Le Bâtisseur me regarda, moi et les Toa Mahri, du même regard qu’avait eu Hahli pour consulter discrètement l’avis des autres Toa, avant de me conduire à Pohatu. Je voyais par cela qu’il y avait encore autre chose…
- C’est exact, s’exclama le Bâtisseur ! Nous découvrions à cette époque les Orukan pour la première fois. C’était une espèce totalement inconnue pour nous. Et ces colons se sont montrés... très agressifs, face au projet que nous avions pour cette plaine.
- Mais ils étaient chez eux, c’est tout à fait normal. Les Toran, et même les Matoran en général, auraient fait de même.
- Non. Nous savions qu’ils n’étaient pas originaire de la plaine souterraine, et qu’ils s’y été installé clandestinement. Le Conseil Pacifique décida de les expulser à tout prix, mais ils se sont défendus…
- Vous les avez combattu, sursautais-je par un énervement soudain ?
- Non… Kizenhrak. Pas un combat… Une guerre…
Chapitre 5 : Les Oubliés
Venant de rencontrer les Toa Mahri et Pohatu le Bâtisseur sur Kortalax, à l’Est de l’Empire de Xia, je faisais à présent face à une terrible révélation de l’architecte de l’univers élargie. J’avais découvert sur Xia avec un mystérieux guerrier se faisant appeler le Solitaire, avant de m’enfuir pour Kortalax, l’existence d’une espèce étrangère à l’Univers Matoran, et non répertoriée : Les Orukan.
À peine avais-je été présenté au Bâtisseur, qu’il me révéla que lorsqu’il orchestra les travaux de la fondation de Torana, avec les Toa Mahri 4500 ans après le grand Cataclysme – il y a donc de cela environ 10700 ans – la plaine abritait une colonie clandestine d’Orukan.
Pire encore, le Conseil Pacifique à cette époque, aurait voté la construction de Torana possible uniquement sur cette plaine, à tout prix...
- Je n’arrive pas à croire que vous avez mené une guerre pour expulser cette colonie de villageois, m’offusquais-je en parlant à Hahli qui me suivait sur le sentier depuis que j’avais quitté la hutte avec énervement.
- Nous n’avions pas le choix. Ils nous étaient totalement inconnus, et hostiles, me dit-elle. Le Conseil Pacifique avait transmit des ordres. Te rends-tu compte de l’autorité que représente ce conseil dans la quasi-totalité de l’Univers ?
- Ils défendaient leurs terres, n’importe qui des nôtres auraient fait pareil !
- Des terres qui n’étaient pas les leurs, Kizenhrak ! Et tu aurais réellement voulu qu’on ne fasse rien ? Que Torana ne soit jamais fondé, la dernière pièce maîtresse de l’élargissement de l’Univers Matoran ?
Elle marquait un point. En moralisateur je n’appréciais pas la méthode. Mais s’ils ne l’avaient pas fait, si Torana n’avait jamais vu le jour… Je, n’aurais jamais vu le jour.
- Évidemment, non. Je suis très fier de Torana, de notre peuple, de nos guerriers et nos technologies militaires, lui répondis-je.
- Et d’où crois-tu que vous vient toute cette culture des armes ? Ces équipements de guerres innombrables de Torana, qui font tant votre fierté ?
- Tu veux dire que…
- C’est cette « Guerre d’Expulsion », qui est à l’origine de tout cela. Le Conseil a fait venir des armes et des machines de guerres des quatre coins de l’univers, car les Orukan se sont montrés particulièrement avancés. Peut-être même plus que la civilisation Matoran…
Cela faisait maintenant plusieurs semaines que j’étais sur Kortalax. J’avais finalement été convaincu par Hahli au sujet de cette Guerre d’Expulsion. Mais cela me laissait malgré tout un goût amer. J’avais parcouru au fil des jours pratiquement tout Kortalax, mais aucune trace d’un autre Orukan soi-disant installé secrètement ici, comme me l’avait indiqué l’Exilé de Xia.
Serpentant les rues d’un petit village isolé, je savais que j’étais suivi depuis quelques jours déjà. Mais je ne savais pas par qui, ou par quoi. C’est dans une impasse entre deux bâtiments que je n’allais pas tarder à le découvrir…
Je fus soudainement attrapé par l’épaule et projeté contre le mur du fond de la voie sans issue. Me relevant vite et secouant la tête pour récupérer mes esprits, j’aperçue la silhouette de mon assaillant dans la pénombre, debout face à moi. Nul doute dès le premier regard, c’était une femme. Premier reflex de ma part, je passais ma main derrière mon dos pour saisir mes lames. Mais c’est là que je compris qu’elle m’avait agrippé à l’épaule, uniquement pour me défaire de mes armes.
- Tu cherches peut-être ceci, s’amusa-t-elle en me montrant mes lames qu’elle tenait du bout des doigts ?
Mais c’était mal connaître les guerriers Toran. Je n’avais pas que deux misérables lames accrochées dans mon dos sur moi. En un éclair, j’eus dégainé une arbalète à fléchettes explosives. Un guerrier Toranian ne loupait que rarement sa cible, et pour cette fois-ci, j’avais bien fait mouche !
Mon ennemie fut touchée par la flèche en plein bras droit, hurlant de douleur à la micro explosion du projectile.
- Ah ! Ragea-t-elle. Je regrette l’époque où les Matoran n’était que de petits êtres inoffensifs, et pleurnicheurs au moindre danger, dit-elle en essayant d’apaiser sa douleur avec son autre main.
Poussant de nouveau un cri de rage et de colère, et la faisant tourbillonner, elle me balança une chaîne aux chevilles juste au moment où je voulu faire un bon pour esquiver l’attaque. Je me retrouvais alors plaqué violemment au sol. A demi assommé par le choc, j’exploitai les dernières forces qu’il me restait pour regarder dans sa direction, l’apercevant sortir ses propres lames pour s’approcher de moi, toujours dans un excès de rage. Elle était prête ! Prête à me montrer toute sa haine…
Mais alors qu’elle courrait vers mon corps immobile, elle fut d’un coup projeté à son tour contre un des murs de la ruelle sombre, frappée à la perpendiculaire de son corps par deux pieds joints étant arrivés de nul part à la vitesse de la Lumière.
Le Toa qui venait de sauter à la renverse sur elle, roula un peu plus loin pour se rattraper. Sonné et adossé au mur, elle n’eut pas le temps de réagir, et il s’avança vers elle. Il la prit à la gorge et la releva en la serrant contre le mur :
- On avait dit : plus ce genre de méthodes, ma belle ! Tu as oublié la mission ? Le Turaga a dit qu’il le voulait vivant…
Toujours ligoté par les jambes, au sol, ce furent les derniers mots que j’entendis avant de perdre totalement connaissance…
Je me réveillai je ne su combien d’heures plus tard, allongé sur une table, mes yeux s’ouvrant délicatement pour voir le nouveau décor dans lequel on m’avait transporté. Je n’avais aucun lien, j’était juste allongé sur cette table comme si on m’avait déposé là pour ne pas que je gêne.
L’endroit était débordant d’activité. Il y avait beaucoup de personnes. Tous s’appliquaient à travailler activement dans ce qui semblait être une salle de contrôle en pleine guerre. Plus haut, au dessus de moi, un balcon métallique traversait toute la salle circulaire. Devant moi, à quelques mètres, deux marches plus bas, un gigantesque triple écran, affichant diverses données que je ne comprenais pas, et une cartes de l’univers Matoran découpée en quatre zones stratégiques.
- Bien dormi, Kizenhrak ?
Cette voix venait d’un mystérieux Turaga que je vis s’approcher en me retournant. Il était véritablement affaibli par l’âge. Il avançait à pas très lents – plus que la moyenne de ceux de sa race – et son armure était d’un vert morcelé.
Il reprit avant que je réponde :
- Je suis le Turaga Lesovikk ! Désolé pour la méthode, mais nous ne sommes pas experts en invitations de grande classe, me dit-il en toussant.
Quatre guerriers s’approchèrent de nous à leur tour, tous devant moi qui étais à demi relevé, assis sur la table.
- Voici mes plus fidèles lieutenants. Je te présente : Voporak, l’ami Keetongu, ainsi que Lariska, et Toa Photok, me dit-il en montrant du doigt la guerrière et le Toa qui m’avaient attaqué.
- Sans rancune, petit, me dit le Toa d’un clin d’œil amical.
Je restais le visage figé, puis perplexe, sans dire un mot. Je scrutais la salle, regardant délicatement tout ce qui se passait, tournant lentement la tête pour voir à mes abords, derrière moi, devant… Mes ravisseurs et nouveaux ôtes étaient silencieux, attendant le moindre mot de ma part pour se rassurer que j’étais bien doué de parole, tournant tous la tête avec interrogation dans les diverses directions où je regardais. Puis je décidai de briser ce silence…
- Qui sont tous ces gens ? Qu’est-ce qu’ils font ? Où sommes-nous ? C’est une base souterraine ? Combien d’armes avez-vous ? Qui espionnez-vous sur cette carte là-bas ? Vous avez un chroniquer ? Et est-ce que je pourrais voir votre mur de l’…
- Ah… Génial ! Il a fallu qu’on tombe sur un chroniqueur super curieux qui n’arrête pas de piailler, et qui m’embrouille le cerveau, coupa la femme nommé Lariska.
Le Turaga Lesovikk sourit.
- Pas trop de questions sans nous laisser le temps d’y répondre, mon jeune ami. Viens avec moi. Nous allons discuter, dit le vieux sage.
Nous marchions dans ces installations clandestines, où des agents semblaient rapporter des renseignements du monde extérieur toutes les cinq minutes. Quoi qu’il se tramait dans cette base, il était apparent que ces individus surveillaient, attendaient, préparaient, même… quelque chose. Quelque chose… d’important. Je le sentais.
Arrivant dans ses quartiers, le Turaga posa son sceptre contre un support à l’entrée de la pièce, et commença a feuilleter des tablettes d’informations qu’on avait dû lui déposer là peu avant.
- Vous n’avez pas répondu à ma question tout à l’heure. Qui êtes-vous ?
Le Turaga de l’Air posa soudain ses tablettes et me regarda d’un air surpris :
- Qui nous sommes, me reprit-il les yeux remplis par la douleur du temps ? Nous sommes les inclassés des murs de l’Histoire, les non cités des chroniqueurs, nous sommes les immémorés ! Ceux que le temps a effacé des mémoires de l’univers. Nous avons décidé de vivre ensemble et de partager ce rôle… Nous sommes une communauté, nous sommes…
Il laissa passer un court silence.
- … Nous sommes… La Communauté des Oubliés.
Chapitre 6 : Rescousse
Après avoir été capturé sur Kortalax par un duo très peu commun d’une femme pour le moins assez sanguinaire, et d’un Toa de Lumière qui tomba à pique, j’avais été transporté dans une base secrète. J’avais donc rencontré une organisation clandestine se donnant le nom de « La Communauté des Oubliés », dont le guide était un Turaga de l’Air nommé Lesovikk.
Alors que j’étais dans le bureau du Turaga depuis quelques temps, une grosse explosion retentit tout à coup. La structure de la base tremblait. Nous entendions les bruits de gros tirs se terminant chaque fois par un son d’éclat de verre. Des secousses se firent sentir à plusieurs reprises dans toute la base. Le Turaga et moi quittions alors ses quartiers et accourûmes jusqu’à la salle de contrôle, où je m’étais réveiller peu avant.
Arrivant au balcon suspendu en se freinant tout juste assez vite pour ne pas tomber de la rambarde, nous découvrions en bas une scène improbable. Tout le personnel qui travaillait activement dans cette salle quand je suis revenu à moi, était là complètement gelé ! Une tempête de neige déchaînait un froid glacial, à l’intérieur de la salle. C’était à n’y rien comprendre. Des guerriers de la communauté accouraient eux aussi dans la salle, se jetant sur le mystérieux responsable de tout ceci. Dans la tempête de neige nous n’aperçûmes que sa silhouette, tirant d’énorme projectiles de glace qu’il générait de ce qui semblait être une épée. Le bruit d’éclats de verre que nous avions entendus avant d’arriver, étaient en fait des explosions de glace. Les guerriers de la Communauté tombaient les uns après les autres face à cet incroyable Titan. Mais d’autres arrivaient rapidement en nombre par tous les couloirs des murs de la salle ovale. Dans le vacarme de la bataille et, pendant quelques secondes de répit pour le guerrier de la Glace, il cria d’une voix incroyablement forte et énervée qui raisonna bien au-delà de la salle de contrôle, pourtant déjà gigantesque :
- Où est le guerrier Toran ?
Je reconnu la voix aussitôt.
- Le Solitaire, me demandais-je à haute voix ?
Le Turaga Lesovikk me regarda fronçant le regard. Je descendis alors en courant, pendant que le Solitaire - après avoir aspiré la tempête dans son épée de Protodermis - se faisait encerclé par Toa Photok, Lariska, et deux autres guerriers que je ne connaissais pas encore.
Il sortit alors un énorme bouclier, et incita ses adversaires à venir vers lui. Un des deux guerriers qui m’étaient étrangers, le moins grand, se précipita vers lui. Après quelques coups de poing qu’il parvint à asséner, il se retrouva projeté à l’écart du combat par le bouclier du Solitaire, glissant au sol jusqu’à aller frapper l’une des portes de la salle.
Le second guerrier, plus grand, à l’armure noire et argent, se battait avec une facilité de l’arme déconcertante. Le Solitaire semblait trouver là son égal en maniement de l’épée. Pendant plusieurs instants, ils s’affrontaient tous les deux sans que l’un ne se montre jamais inférieur à l’autre. Étrangement, je crus voir dans leurs regards comme un dégoût de cet affrontement ; ils semblaient se connaître.
Il fallut que Toa Photok utilise son pouvoir élémentaire afin d’éblouir le Solitaire, pour que le guerrier à l’armure noire, parvienne à le désarmer, faisant virevolter l’épée de la main de son adversaire. Lariska profita immédiatement de l’instant, et frappa le Solitaire dans le dos. Il s’effondra au sol…
- Non, criais-je trop tard !
Le Solitaire revint à lui quelques heures plus tard, adossé et ligoté par les poignets à la table où je m’étais réveillé moi-même à mon arrivée, qui avait été relevée à la verticale, légèrement penchée en arrière. Il ouvrit les yeux et regarda de chaque côté les agents de la Communauté remettre la salle en état et s’atteler à toutes sortes de réparations, puis regarda plus bas ses liens. Je regardais la scène d’un peu plus loin, assis dans un coin pour ne pas déranger durant la réhabilitation des locaux. J’étais incapable d’aider à la remise en état de leurs équipements qui m’étaient inconnus.
Je me levai pour m’approcher discrètement. Le guerrier à l’armure noire et argent ainsi que l’autre ayant été sonné par le bouclier, étaient postés à ses côtés pour le surveiller jusqu’à son réveil. Dans ma marche lente pour aller vers eux, je pouvais entendre de mieux en mieux la scène. Le guerrier à l’armure noire et argent interpella le Solitaire qui n’avait pas remarqué sa présence, avant de se mettre devant lui :
- Tu as fait des progrès à l’épée mon vieil élève de la Glace !
- Hydraxon ? Libère-moi, dit-il sobrement d’une voix rauque.
- Je ne crois pas que mon ami Le Traqueur et les ordres que nous avons reçu le permettent, répondit le dénommé « Hydraxon », en désignant son partenaire posté avec lui, alors que j’arrivais à eux.
- Et bien tout le monde se connaît ici on dirait. Il suffit de quitter Torana la plaine mise à l’écart, pour voir que seuls les Toranian sont des étrangers pour les autres, marmonnais-je avec sarcasme.
- Et tu n’as pas idée d’à quel point tu es dans le vrai, Kizenhrak, coupa Toa Photok qui arrivait en escorte derrière le Turaga Lesovikk avec Keetongu et Lariska.
- Ah bah c’est pas vrai ! Vous aussi, m’étonnais-je en me retournant pour les voir arriver.
- Nous avons jadis combattu les Makuta ensemble durant la Guerre du Destin, alors que je n’étais encore qu’un Matoran, reprit Photok. Hydraxon fut son maître d’arme dans des temps précédant même la naissance des Barraki, et Lariska a combattu contre lui et ses frères du temps des Chasseurs de l’Ombre, avant de faire finalement équipe avec eux durant le règne de Teridax.
- Hum, intéressant. Le Solitaire, héros de la guerre la Guerre Makuta… Un chroniqueur devrait savoir ça, me dis-je tout seul en attrapant mon sac…
Hé ! Mais… attendez. « Combattu les Makuta ensemble », « Hydraxon son maître d’arme », « Élève de la Glace », … Mais ça veut dire que c’est Hydraxon le Geôlier du Gouffre, percutais-je ! Et ça veut dire que… que c’est…
- … Le Toa Kopaka de la Glace ! Brisa Photok.
Je restais encore une fois bouche bée, sans voix, les yeux écarquillés d’étonnement.
- Ah bah tu vois, pour un membre de la Communauté des Oubliés, toi tu es quand même dans certaines tablettes d’écoliers, dit le Traqueur à Hydraxon d’un coup de coude amical avec humour.
- Mmh… finalement j’aurais dû m’en douter. Le Gardien sur Torana, Tahu, puis le Bâtisseur… Mais pourquoi vous cacher derrière ses identités ? N’êtes-vous pas les puissants Toa Nuva ?
- Ce nom n’existe plus, me répondit Lesovikk à la place du Solitaire. Tout comme l’équipe elle-même, dissoute par le conseil pacifique. Leurs chemins ne se sont plus croisés depuis des millénaires, termina-t-il en se tournant vers Kopaka. Pourquoi êtes vous venu, et comment, demanda-t-il ?
Le Solitaire parla avec aisance, mais restait méfiant :
- Après sa fuite de Xia je suis parti à la recherche du guerrier Toran. Je me doutais qu’il était allé vers Kortalax. Mon frère qui travaillait pour l’Empire s’y trouvant, m’a dit avoir rencontré le Toran, et qu’il était parti vers un village voisin plus au nord.
Arrivée là-bas, en interrogeant la population locale, des témoins m’ont dit l’avoir vu se faire enlevé par une Chasseuse et un Toa. J’ai pisté leur trace et ai trouvé cette base.
- Et il t’a semblé pour cela devoir entrer en fracassant la porte, et faire tout péter, s’amusa Lariska !
- Lewa l’ayant envoyé vers moi, il était désormais sous ma responsabilité. Je devais retrouver Kizenhrak. Surtout avec ce sur quoi il enquête, et les quelques informations qu’il sait déjà. Il ne pouvait pas tombé entre de mauvaises mains. Et je ne pouvais pas savoir que vous seriez ses ravisseurs. Quand j’ai reconnu des visages familiers, le combat était déjà entamé.
Le regard perplexe du Turaga Lesovikk marqua un silence, il devait lui aussi être méfiant et s’assurer que Kopaka n’était plus un danger pour la Communauté…
- Détachez-le dit-il enfin. Et laissez-nous seuls, ajouta-t-il.
Tout le monde exécuta, retournant à ses affaires.
- Tu peux rester, Kizenhrak, me dit-il.
Nous discutions, avançant suivant la démarche du Turaga de l’Air, et s’approchant tous les trois du triple écran de la salle de contrôle des opérations de la Communauté. Il s’alluma pour afficher des données sur les Tarlokk, et les zones de l’univers Matoran touchées par leurs attaques. Lesovikk avait briefé le Solitaire sur la clandestinité des Oubliés, et son histoire, comme il l’avait fait peu avant avec moi.
- Mais pourquoi, avez-vous capturé Kizenhrak ?
- Vous n’êtes pas très discret, et laissez beaucoup de traces derrière vous. Un guerrier Toran – ce qui est déjà peu commun hors de la plaine hexagonale – enquêtant sur les Tarlokk, cela commence déjà à faire du bruit dans l’Univers Matoran. Et… s’il y a bien une raison qui a contribué à la fondation de cette communauté, c’est bien les Tarlokk.
- Comment ça, les Tarlokk ? Qu’ont-il à voir avec les Oubliés, l’interrogeais-je ?
- Vois-tu Kizenhrak, si nous tenons à rester dans la clandestinité, et si tu peux voir autant d’anciens chasseurs de l’Ombre récupéré dans nos rangs après l’annihilation de leur organisation, c’est parce que la Communauté aussi, a été crée en protestation de l’ordre établi, après la Grande Résurrection de Mata Nui…
- Je vois… Et contre quoi protestiez vous ?
- Après la première attaque des Tarlokk il y a plus de deux mille ans, nous avons jugé, avec d’autres leaders de notre future organisation, que l’Ordre de Mata Nui, l’armée Toa, Metru Nui… le Conseil Pacifique tout entier en somme, n’avait pas pris la menace suffisamment au sérieux. Hydraxon et moi avons donc décidé de former cette communauté, qui enrôlerait tous les rejetés de l’histoire. Ceux qui l’ont faite à une époque, mais ne trouvent plus leur place dans le monde actuel. Nous enquêtons sur les Tarlokk et les étudions depuis des siècles. Ce pourquoi nous avons enlevé Kizenhrak.
- Mais vous vous êtes trompé, je n’ai pas encore d’informations pertinentes à propos des Tarlokk ni même… Mais attendez une seconde ! La première attaque Tarlokk, il y a deux mille ans ? Pourquoi Metru Nui n’est atteinte que depuis seulement deux siècles ?
- Il y a un peu plus de deux mille deux cent ans pour être plus précis. Nos ennemis ont sans doute découvert quel était le point clé de l’Univers Matoran, il n’y a que peu de décennies, me répondit le Turaga Lesovikk.
- Vous voyez. Je n’en sais pour le moment pas plus que vous. Je ne vous serai d’aucune utilité ici, me défendais-je
- Vous relâcher serait un gros risque. Vous en savez désormais trop sur la Communauté, dit Lesovikk.
- Relâchez-nous, enchérit Kopaka. Nous ne divulguerons rien sur les vôtres et sur l’emplacement de cette base. Kizenhrak ne le connais même pas.
Le Turaga était très songeur, et très hésitant, je le voyais. Mais il fallait à tout prix qu’il nous laisse partir. Nous devions reprendre nos investigations, hors de cette base…
Chapitre 7 : Retour à la Capitale
Le Turaga Lesovikk nous avait laissé partir. Nous lui avions juré de ne rien dévoiler de ce que nous avions pu voir de leurs installations, ou d’eux même…
Kopaka le Solitaire nous ramenait sur Xia comme il souhaitait que nous y poursuivions les recherches avant que je lui fasse faux-bond, quelques jours auparavant. A ce sujet, il ne dit pas un mot durant notre voyage de retour. Je sentais par son impassibilité, une certaine rancune évidente. Mais je ne pouvais lui reprocher. En revanche, je ne pouvais pas regretter mon acte. La découverte de la Communauté des oubliés, et ma rencontre avec le Bâtisseur, m’avaient permis d’en apprendre plus sur Torana, et sur mes origines. Même si mon enquête avait dérivé sur le mystère des Tarlokk, j’avais quitté Torana à la recherche d’élément manquant sur le mur de l’histoire de Torana, ce qui n’avait pas franchement de rapport.
Nous n’avions pas mis plus de quelques semaines de bateau à rattacher Xia, et j’avais à peu près identifié les différents littoraux que nous avions croisé en me référant aux cartes et à la position de Xia. Comme Kopaka l’avait dit à Lesovikk pour qu’il accepte de nous laisser filer, lui seul connaissait l’emplacement de leur poste de commandement. Ayant été assommé par Lariska et Toa Photok sur Kortalax, avant de me réveiller dans leur base, je ne savais rien de sa position. Mais Visorak étant la première île que nous avions croisé, seulement quelques heures après notre départ, je commençais à me faire ma petite idée.
Notre embarcation arrivait au port de la presqu’île sud de Xia. Mais nous n’avions pas trouvé le décor auquel nous nous attendions. La côte nous avait paru fortement illuminée quand nous commencions à l’apercevoir au milieu de la nuit, mais en réalité tout le village maritime brûlait…
Quoiqu’il s’était passé, nous étions arrivé bien après. La nuit commençait à peine à s’effacer, et l’aube s’annonçait lentement. Des corps de Vortixx jonchaient le sol et flottaient dans les eaux de la digue portuaire. Les cendres des bâtiments calcinés fumaient encore. Il y avait des morceaux d’armures et de membres métalliques assez différents de ce que j’avais l’habitude de voir. Et c’était aussi le cas pour mon protecteur de glace, apparemment.
Un blessé – au bord de la mort – tenta de nous parler alors que nous étions passé devant lui. Marchant plus en retrait derrière Kopaka, je fus le seul de nous deux à entendre sa voix éteinte chuchoter dans mon dos.
- Partez étrangers… Il… Il ne reste plus rien ici…
Cherchant au sol, j’aperçue enfin le Vortixx, meurtri face contre terre, et écrasé par un énormes bloc d’un immeuble détruit. Il ne lui restait à peine quelques secondes à vivre, c’était écrit sur son visage. Il n’y avait rien à faire pour lui, et même dégager le bloc de pierre aurait pu l’achever. Etant sûrement le seul survivant, ce « rescapé » était notre seul indice pour savoir ce qui s’était passé. Je ne pouvais le laisser partir sans l’interroger.
- Que s’est-il passé ici ? Parle, lui dis-je, m’accroupissant en lui relevant délicatement la tête.
Le Solitaire remarqua enfin ce qui se passait et fit demi-tour vers nous.
- Une armée… Des… Des centaines de soldats, ils sont partis vers le centre de l’île…
Il n’y eut pas un mot de plus. Le Xian était mort aussitôt. Le port sud était un peu isolé. Nous gagnions alors le centre de l’île, et l’aube s’était totalement levée. Le sentier que nous empruntions dans les campagnes de Xia, devait nous conduire plus haut dans les grottes des reliefs. Dedans, nous avons pu pister les traces des mystérieux assaillants, qui avaient emprunté ce chemin peu avant nous.
S’étant dirigés vers la lumière que nous avions aperçue dans la pénombre des grottes, nous nous arrêtâmes tout juste à temps dans notre marche pour ne pas tomber dans le vide. La sortie de cette galerie débouchait bien dehors, mais à plusieurs mètres de haut le long de la paroi d’une petite falaise. En contrebas, nous apercevions enfin les rues de la ville capitale, avec vue sur les énormes grattes-ciel et autres tours se dressant devant nous et nous surplombant vers des altitudes vertigineuses. Nous arrivions dans le cœur du centre économique de l’Empire.
Sous nos pieds, nous apercevions l’origine des sons lourds que nous commencions à percevoir à notre sortie de la grotte ; une bataille faisait rage ! Kopaka reconnut comme moi les Tarlokk. C’était la première fois que nous voyions des spécimens actifs, et cette fois, ils étaient légions…
Des milices autochtones présentes dans ces rues tentaient de freiner le bataillon, et Vortixx et Tarlokk entrechoquaient déjà leurs armes. Des machines de guerres Xian tirées par des Rahi arrivaient, à deux rues plus loin, annonçant les renforts de l’armée Vortixx mobilisés par la sirène qui retentissait dans toute la capitale. Les régiments alignés du peuple des armes, entamaient leur marche militaire, descendant les gigantesques marches du palais impérial de Xia. Les troupes n’étaient plus qu’à quelques mio du pied de la falaise…
Les guerriers Vortixx semblaient prêts à montrer ce dont ils étaient capables grâce à leur grand nombre d’assignés à la capitale. Mais les Tarlokk étaient au moins aussi nombreux, et semblaient redoutables. De plus, Kopaka et moi observions qu’ils avaient l’air de chercher quelque chose.
- Je ne suis pas sûr que nous puissions faire quoi que ce soit dans cette bataille, Solitaire, dis-je à mon compagnon de la Glace.
- L’Empire de Xia est membre du Conseil Pacifique. En tant que signataires des lois de cette entité gouvernante, venir en aide à ses membres fait partie de nos devoirs.
- D’accord, ça ne me réjouit pas de foncer dans le tas mais… Très bien, comment on descend ?
La réponse ne se fit pas attendre. Le Solitaire changea soudain de visage. Il venait de permuter son masque Akaku pour un Kanohi Hau, et concentra son pouvoir de glace dans l’épée qu’il serrait fort dans sa main. L’instant suivant, un énorme pont de glace jaillissait de son épée, plongeant en contrebas.
- Et bien… on glisse, me répondit naturellement le Toa légendaire !
Des Tarlokk nous avaient repéré dans notre descente, et paraissaient bien comprendre que nous ne venions pas leur prêter main forte. Ils tirèrent sur nous des fusées d’énergie provenant de fusils sur leurs épaules. Le champ de force du Kanohi Hau de Kopaka nous protégeait fort heureusement, permettant ainsi à ce dernier de répondre part des rafales de pointes de glace.
Des Tarlokk tombait face à nous, mais ces unités mécaniques étaient étonnamment très féroces, et tentaient de sauter bestialement sur nous, qui continuions de descendre le pont de glace que Kopaka générait en temps réel.
Arrivés en bas, Kopaka et moi étions sur le qui-vive. Les Tarlokk nous regardaient, parés à bondir sur nous, mais se retournèrent en entendant la marche des troupes Vortixx qui gagnaient la zone d’affrontement. La véritable bataille commençait.
Les rues étaient en feu. J’avais moi-même je l’admet, fièrement assommé quelque Tarlokk, mais je ne pouvais évidemment pas tenir les comptes face au Solitaire. Les catapultes Xian bombardait sauvagement même en plein cœur de leur cité ; les Tarlokk furent bien reçus par le nombre et la force de frappe des Vortixx, mais ils étaient de très agiles soldats, et l’on vit des Tarlokk bondir à une rapidité effrayante de tours en tours, non sans faire de dégâts.
Parallèlement, j’observais dans la bataille une femme Vortixx à première vue du genre cruelle, mais sans doute le genre de dominante qui sait se montrer douce, pour berner les personnes nécessaires à l’accomplissement de ses besoins. Je crus comprendre bien vite qu’elle commandait l’armée Xian. Du moins, c’est l’impression qu’il en ressortait lorsque qu’elle hurlait de hargne pour donner des ordres à ses semblables.
Un impressionnant imprévu allait bientôt m’interrompre dans mes brèves observations, et clôturer la fête. Les Tarlokk qui grimpaient et agrippaient violemment les tours depuis quelque temps déjà, donnèrent une idée à deux Toa qui semblaient être les seuls de cette île. Kopaka m’indiqua qu’il les connaissait comme étant Norik et Bomonga.
Le premier avait le pouvoir de rapetisser à volonté, grâce au pouvoir de son masque. Il utilisa ce pouvoir pour se glisser dans les fondations d’une tour dont il ne restait plus grand-chose, afin d’endommager considérablement la structure du gratte-ciel. Jouant de pair, le second Toa, Bomonga, avait un Kanohi au pouvoir contraire ; le Toa grandit de façon phénoménale, devenant presque aussi grand que le gratte-ciel. Il n’eut qu’à pousser celui-ci de toute sa hauteur, et la tour se mit soudain à tomber lentement sur son flan, rapprochant son ombre dû au soleil de l’aube, sur la formation regroupée du bataillon Tarlokk, avant de s’écraser dans un poussiéreux et nuageux vacarme sur eux…
La bataille était terminée. Les ruelles, étaient encore fumantes. Le gratte-ciel s’étant écroulé sur les Tarlokk, n’a laissé que quelques uns d’entre eux, éparpillés, à se débarrasser. La fin du combat nous avait rapproché du palais impérial. Alors que la population nettoyait les décombres, et que j’avais retrouvé Kopaka le Solitaire avec les deux Toa - qu’il me présenta plus précisément sous leur identité légendaire de Toa Hagah - nous aperçûmes la femme Vortixx que j’avais vu œuvrer sur le champ de bataille peu avant. Elle s’avançait vers nous, tenant un bouclier avec des symboles Orukan.
- Des Tarlokk se sont infiltrés dans le palais durant le chaos, dit la Vortixx. Nous avons réussi à les en déloger, mais certains se sont enfuis. Ils ont volé plusieurs documents stratégiques, et des cartes de l’univers élargi.
- Qui est-ce, chuchotais-je à Kopaka ?
- C'est Roodaka, Impératrice de Xia, et ancienne renégate, me répondit-il discrètement.
Elle reprit, jetant le bouclier aux pieds des deux Toa Hagah qui apparemment étaient assignés à l’île.
- Regardez. Nous avons récupéré ces équipements sur de nombreux Tarlokk. Ils sont tous signés du sceau Orukan !
- Ce que nous aurions le plus à craindre se confirmerait donc, s’exclama le Toa Norik !
L’Impératrice descendit élégamment les marches du palais.
- Le Conseil Pacifique va enfin vouloir se rendre à l’évidence cette fois. J’ai désormais la preuve que ce sont les Orukan qui envoient délibérément les Tarlokk nous attaquer. Ces vieux fous auraient dû m’écouter dès le départ. Ceci est la pire situation que nous avions à envisager. Il est peut-être trop tard pour prendre des mesures, à présent…
Chapitre 8 : L’Ambassadeur
La ville de l’île de Xia, capitale de l’Empire du même nom, venait d’essuyer une importante bataille. Les forces de l’armée de Xia alliés à ses deux gardiens Toa, Bomonga et Norik, avaient brillamment repoussé l’attaque. Mais ce ne fut pas sans quelques dégâts. Un quartier entier et de nombreux bâtiments de la ville furent détruis.
Kopaka et moi suivions les deux Toa Hagah qui rentraient dans le palais impérial derrière la dénommée Roodaka. Je fus subjugué par le gigantisme et la profondeur de la salle. D’énormes colonnes se dressaient à l’entrée du palais, et continuaient jusqu’à l’intérieur. Le Solitaire lui-même semblait impressionné.
- Mata Nui ! Je ne crois pas avoir vu un tel endroit depuis le Codrex, s’exclama mon protecteur !
- Le Codrex, bondis-je ? Vous êtes allé dans le monde qui alimente les mondes ? Ce dois être un endroit formidable ! Le plus bea…
Kopaka me glaça de son regard si explicite.
- Ouais, bon. Sûrement pas le moment ni l’endroit pour en parler, c’est ça ?
Nous avancions dans ce grand hall qui semblait être une gigantesque salle unique. De grandes fentes très hautes dans les murs laissaient passer suffisamment de lumière pour éclaircir toute la salle. L’Impératrice qui jusque là marchait en parlant avec Norik et Bomonga, que nous suivions, arriva devant ce qu’on devinait être son trône, se retourna en nous regardant et s’assit, croisant élégamment ses jambes.
- De toutes façons je ne crois pas que les Tarlokk reviendront se frotter à Xia de si tôt. Ils ont vu de quoi nous étions capables.
- Justement, reprit Bomonga ! Et si c’était une simple estimation de nos forces. Ils savent justement à quoi ils ont affaires à présent, il n’auront qu’à renvoyer facilement plus de troupes.
- Dans ce cas… nous serons là pour leur répondre, répondit confiante l’Impératrice.
- Nous ne sommes plus à l’époque de la Horde coupa le Toa Norik, visiblement agacé ! Tu ne peux plus te permettre d’envoyer tes troupes se faire massacrer comme des esclaves dont la réserve est inépuisable !
La Vortixx jusque là se tenant la tête, accoudée à son trône, se redressa et regarda le Toa de Feu avec intérêt.
- Vous êtes ici… en tant que milice du Conseil pacifique, sur les terres d’un de ses plus éminents membres… Pas en tant que conseillers, cassa-t-elle en dévisageant Norik, avant de tourner la tête vers un de ses généraux Vortixx :
- Que sait-on du port sud par lequel les Tarlokk seraient arrivés ?
- Pas grand chose votre altesse. Nous attendons un rapport, répondit le Xian.
- Tu peux toujours l’attendre marmonnais-je, pas aussi discrètement que je le pensais…
- Qui a dit ça, cria Roodaka en se levant de son trône ?
Un silence se fit soudain. Ils me regardèrent tous. J’avais – encore – l’impression d’avoir fait une gaffe ; je ne savais pas quoi répondre. Puis le Solitaire s’adressa à l’Impératrice :
- Kizenhrak de Torana, sous ma protection. Si tu dois passer tes nerfs sur quelqu’un, il faudra t’en remettre à moi, dit-il en la fixant, jetant à son tour un froid dans la salle.
L’Impératrice le fixa sournoisement également. L’ambiance semblait tendue :
- Je n’ai que faire des Matoran ! Même pour limer mes griffes, ils ne m’intéressent en rien.
- Évidemment, elle a tenté les réduire en esclavage à une époque ; elle en garde un très mauvais souvenir, railla Bomonga pour détendre l’atmosphère, même si j’étais sûrement trop jeune pour comprendre la boutade…
- Ce qu’il voulait dire, reprit Kopaka en me désignant d’un geste de la main, c’est que nous sommes arrivés par le port de la presque-île à l’aube, peu après l’attaque nocturne. Il ne reste plus rien. Votre garnison d’avant-garde, n’est plus. Ils sont tous morts. Tous…
- Qu’est-ce que je te disais, dit Norik. Une centaine de tes soldats morts, et un port militaire anéanti, et sur le monde capital, en plus ! Tu devrais plutôt demander le soutient du Conseil Pacifique, pour développer les défenses portuaires de l’Empire. Si Xia elle même a des difficultés à contrer les Tarlokk, que vont bien pouvoir faire les colonies ? Et ne me dis pas qu’on s’en est très bien sortis, c’est grâce à la garnison portuaire qui s’est sacrifiée en éliminant presque la moitié du bataillon ennemi, que nous avons pu les arrêter une fois dans la ville.
- Ah ah ! Le Conseil Pacifique est malade de jalousie devant l’insolente bonne santé économique de l’Empire ! Crois-moi Norik, je n’ai nullement besoin de fonds supplémentaires. J’ai simplement ma stratégie quand à leur utilisation, et c’est cela que tu désapprouves, répondit l’Impératrice.
- Parlons-en de cette bonne santé économique, et de tes méthodes ! L’annexion volontaire de Nynrah fait blocus aux productions des artisans Fantômes, au profit de l’armement Vortixx ! Comme c’est étrange, sous-entendit le Toa de Feu…
- L’embargo contre les exportations des Fantômes de Nynrah vers le reste de l’Univers Matoran était une nécessité pour la sécurité de l’Empire ! Je poursuivrais bien sur ce débat mon cher « Hagah », dit Roodaka pour rappeler avec mépris le statut du Toa à l’armure d’argent, mais j’ai peur que tu n’ennuis que trop nos invités.
Norik tenta de répondre sur un ton ironique :
- Il est vrai qu’il vaut mieux esquiver les sujets confidentiels devant un humble villageois qui n’a…
- Et je te ferais volontiers expulser pour ne plus t’entendre si je le pouvais, coupa aussi sec Roodaka !
Elle fit mine de réfléchir un instant.
- Oh ! Mais attends. Je le peux, sourit-elle sur un air faussement étonné. Gardes ! Sortez-le donc d’ici, dit-elle d’un geste de la main, comme si ce n’était qu’un détail.
Aussitôt, des trappes automatiques circulaires au sol s’ouvrirent à tous les coins de la gigantesque salle qui jusque là paraissait vide. De gros cylindres en sortirent, portant des Vortixx d’élites armés jusqu’aux dents. La douzaine de gardes à peine émergée du sol, courut vers nous en pointant leurs armes, avant de nous encercler pour être sûr qu’aucun de nous ne réagirait pendant qu’ils tentaient d’emmener Norik.
- Ca va, ça va… Je sors par moi-même ! Mais tu as de la chance que…
Le Toa Norik ne put à nouveau finir sa phrase. L’énorme porte massive du Palais s’ouvrit dans un violent vacarme, enfoncée comme par un bélier Xian. Un robuste guerrier se tenait là, sous la voûte de la porte, une hache aussi imposante que lui à la main, elles mêmes laissant deviner des poings aussi puissants que des montagnes. Le guerrier, dont le masque rond se prolongeait en une pointe semblable à un aileron de Takea, était escorté par quatre Titan encore plus grands.
Roodaka s’était levé de son siège impérial. Sur le qui-vive, elle comprit enfin de qui il s’agissait, pendant que la garde tout juste déployée, avait retourné ses armes sur ces inattendus convives :
- Axonn, mon ambassadeur ! Tu me déçois, je pensais que les diplomates qu’on m’assignait avaient une certaine… éducation ! Tu devrais apprendre à frapper avant d’entrer. Tu ne voudrais tout de même pas que les maudits Burnak qui te servent d’escorte se fassent humilier par ma garde Vortixx ?
- Je viens arrêter le chroniqueur Toranian Kizenhrak ! Ordre de l’Héritière, répondit sèchement cet « ambassadeur », à ma plus grande surprise, et mon grand désespoir…
Chapitre 9 : Mission Secrète
Je me trouvais dans la salle du trône impérial de Xia, en compagnie de mon protecteur le Solitaire, les Toa Norik et Bomonga, et une poignée de la garde d’élite du palais fraîchement déployée pour le Toa du Feu, mais qui venait de retourner ses armes contre d’inattendus convives. Le dénommé Axonn venait de faire une entrée remarquée avec son escorte, ne manquant pas de provoquer l’Impératrice. Cela aurait évidemment pu m’amuser – Mata Nui sait qu’il m’en faut peu – si ce Titan n’avait pas annoncé qu’il venait pour m’arrêter…
Axonn s’avança, marchant doucement mais sûrement vers l’Impératrice et les quelques mal placés que nous étions, l’imposante hache à la main suivant les mouvements balancés de ces larges épaules. Son escorte le suivit, surveillant comme prête à répondre à la seconde au moindre geste de la garde Vortixx. Puis il s’arrêta juste devant nous, plantant sa hache debout comme un sceptre, la tête impassible et relevée pour regarder juste au dessus de nous Roodaka, qui se trouvait quelques marches plus haut.
- Tout ce cortège uniquement pour arrêter ce présomptueux Matoran ? Aurais-je dans mon palais un criminel qui a l’intelligente audace de causer du tord à l’Ordre de Mata Nui, railla-t-elle ? Je devrais peut-être marchander dans ce cas…
- Aux dernières nouvelles, c’est l’Ordre qui régit à majorité l’Univers Matoran, et non l’Empire de Xia. Tu n’as pas les moyens de marchander une capture avec l’Héritière.
- Tu crois cela ?
Elle se rassit.
- Je pense plutôt que vous autres exécutants ne prenez pas la mesure de la croissance de l’Empire. Mais je suis certaine que les hauts commandements ont déjà conscience des réalités, même s’ils n’osent pas encore l’admettre. Il serait peut-être enfin temps de comparer qui aurait l’avantage des négociations désormais… Tu vois ce que je veux dire ?
Apparemment l’Impératrice de Xia semblait vouloir me garder chez elle, mais uniquement dans le but de provoquer l’Ordre de Mata Nui. Moi qui avais commencé à croire qu’elle s’attachait déjà à moi…
Cela m’arrangeait bien au fond ; l’idée de me faire embarquer je ne sais où ne me tentait que peu, et je ne savais d’ailleurs toujours pas pourquoi l’Ordre, à qui je n’ai jamais eu affaire, voulait m’arrêter. Mais cet Axonn m’inspirait étrangement confiance. Plus que Roodaka du moins, qui en y réfléchissant bien, m’aurait plutôt préservé dans une geôle de son palais. Et l’ambassadeur de l’Ordre allait d’ailleurs rapidement trouver la bonne parade pour négocier… mon arrestation !
- Je n’ai pas de temps à perdre en débâtant de la grande estime que tu te fais de ton pouvoir, ma pauvre Roodaka. Tu vas donc gentiment dire à tes gardes de baisser leurs armes, moi et mes agents nous allons repartir avec le Toranian, et je ne t’enverrai pas les Toa Kertak pour ce que j’ai entendu sur le blocus de Nynrah avant d’enfoncer cette porte. Tu vois ce que je veux dire ?
Un court moment après nous étions dehors. Axonn avait dissuadé l’Impératrice de toute autre provocation qui aurait pu se terminer en bain de sang, par sa rétorque qui ne manqua de faire rire Norik. Mais il en restait un qui s’opposait à ma « capture ».
- Allez, ça suffit Axonn, dis-moi pourquoi tu en as après Kizenhrak, interrogea le Solitaire qui avait laissé faire sans rien dire jusqu’à ce que nous sortions du palais ?
- Ne t’en fais pas Kopaka, l’arrêt de Kizenhrak est une couverture pour légitimer sa libération auprès de toutes autorités malveillantes. L’Héritière désire le recevoir en toute liberté.
- Oh ! Je vois. Très bien, elle a toute ma confiance. Comment elle va, demanda Kopaka hésitant ?
- Elle regrette toujours que nous ayons quitté Spherus II. Mais elle a foi en son devoir…
Le Solitaire se retourna pour m’appeler, tandis que j’examinais la porte massive du palais qu’Axonn et ses agents avaient enfoncé, devant lesquelles nous étions toujours, faisant mine de ne pas entendre ce que Kopaka et l’ambassadeur de l’Ordre se disaient.
- Tu vas partir avec Axonn et ses agents pour rencontrer l’Héritière de l’Ordre. Notre chemin se sépare à présent. Je vais rester ici aider à la reconstruction des quartiers ravagés, me dit Kopaka.
- Si l’Ordre a des renseignements sur moi et me convoque, c’est sûrement important. Je pourrais peut-être obtenir un grand nombre de réponses sur toute cette aventure, qui j’en ai l’impression va bien au delà de Torana…
Au fait Axonn, je viens d'examiner les portes du palais, et je suis certain qu'il est impossible d'entendre de l'extérieur ce qui se passe derrière. Comment avez-vous su pour le blocus de Nynrah ?
- Tu as le sens de l'observation Toranian, c'est le moins qu'on puisse dire, dit-il en riant ! Je porte le Kanohi Rode, le grand masque de la Vérité ! Rares sont les tromperies qui m'échappent. Ce pourquoi l'Ordre m'a minutieusement choisi pour être l'ambassadeur auprès de l'Empire Vortixx. Allez, mon équipage nous attend, nous avons quelques heures de bateau qui nous attendent...
Le lendemain même nous étions, Axonn, ses confrères et moi, sur le Continent Sud, siège officiel de l’Ordre depuis qu’il est la principale organisation régissant l’Univers Matoran. Pendant près de cent mille ans, durant toute la première ère, l’Ordre opérait dans la plus grande clandestinité, avec Daxia pour base toute entière. L’île fut totalement rasée par le Makuta durant la période sombre de son règne ; c’est aujourd’hui un sanctuaire.
Nous arrivions dans une ville à l’Est du continent, sur la rive nord du fleuve Tren Krom. La ville était d’une superficie semblable à un Metru, et très moderne. Axonn me laissa sur le parvis du siège de l’Ordre. Le bâtiment était un grand dôme, comme une gigantesque hutte Matoran de verre. Les gens allaient et venaient comme dans un centre d’affaire. On sentait que des choses importantes se décidaient quotidiennement ici.
L’ambassadeur Axonn m’avait montré du doigt le haut dôme à plusieurs mio de hauteur, où la verrière du sommet de la coupole laissait deviner comme un petit appartement, surplombant toute la structure. C’est là que je devais me rendre.
J’entrais dans la pièce, très lumineuse de part son plafond de verre, qui nous entourait comme une bulle. L’appartement semblait quasiment vide. Je vis une femme au centre de la pièce, lévitant en position de méditation. Elle ouvrit les yeux et, m’apercevant, me dit :
- Entre Kizenhrak, n’est pas peur. Assieds-toi.
Sa voix était douce et rassurante. Elle se présenta.
- Je suis Gali, je ne pense pas qu’il faille me présenter d’avantage auprès d’un chroniqueur aussi renseigné que toi, sourit-elle ?
Bizarrement, bien que je fus pris de cours sur le coup, ce genre de surprise commençait à ne plus m’étonner.
- C’est… c’est donc vous que l’on nomme l’Héritière ?
- En effet, c’est bien moi. Je me doute que cette invitation t’intrigue, n’est-ce pas ?
- Hum, oui, c’est surtout le comment vous me connaissez qui m’intrigue, et ce qu’un Toranian peut bien avoir d’important pour être convoqué ici.
L’Héritière sourit de nouveau. Son visage était apaisant.
- Disons qu’un très bon ami… t’a recommandé, dit-elle en regardant le ciel à travers la coupole. Mata Nui a une destinée pour chacun de nous tu sais.
- Vous voulez-dire que…?
- Oui. Et je ne sais pas pourquoi, mais il semblerait que tu es un rôle important à jouer dans l’affaire qui t’a conduit jusqu’ici. Je vais donc de révéler certaine choses qui apporteront des réponses à tes questions.
Soudain, un champ d’ombre se déploya sur tout le plafond de verre, assombrissant toute la pièce. Un iris s’ouvrit sur le sol juste entre moi et l’Héritière, présentant un minuscule bassin d’eau lumineux.
Puis Gali fit un léger geste des doigts – les bras toujours accoudés sur ces genoux dans sa position de méditation – et l’eau éclairée du dessous se leva à la hauteur de nos visages. L’élément aqueux prit alors la forme d’une planète. Puis d’un système Solaire tout entier. C’était un spectacle beau et à la fois très technique. Prête à faire prendre à l’élément qu’elle maniait comme un hologramme, toutes les formes nécessaires à l’illustrer, l’Héritière commença alors un récit qui allait bouleverser à jamais mon regard sur le monde…
- Il y a 12600 ans – six siècle après la création et l’établissement de la société nouvelle de Spherus II – les Grands Êtres reprirent contact avec nous. Malheureusement, ils ne venaient pas pour nous féliciter d’avoir récrée la planète de Spherus Magna dont ils tentèrent jadis d’empêcher la destruction, ni même partager les joies de ce monde harmonieux recrée par Mata Nui, qui depuis vivait à travers le Masque de Vie dans lequel son esprit était enfermé, par choix… Les Grands Êtres vinrent nous annoncer que le Système Solaire Magna était en guerre. Une civilisation très avancée, se réclamant quasiment capable de rivaliser avec les Grands Êtres eux même, avait décidé de mettre un terme à leur hégémonie, et commença la conquête de plusieurs planètes dans le secteur de la leur…
L’eau dessina alors plusieurs batailles planétaires.
- Les autres civilisations s’y trouvant, commençaient déjà à en faire les frais. Les Nokton, les Xalean, et d’autres, dont certains virent leur monde totalement annihilé.
Les Grands Êtres nous expliquèrent qu’ils avaient besoin de l’arme la plus puissante qu’ils avaient crée pour mettre un terme à cette guerre qui menaçait tout le système Magna : le robot-monde, initialement connu sous le nom de « Univers Matoran ». Les Grands Êtres nous avaient surveillé depuis que nous vivions tous en symbiose sur Spherus Magna. Ils savaient que le robot avait été mis hors d’état de fonctionner pour tuer le Makuta Teridax, et était abandonné depuis des siècles quelque part sur la planète.
Mais les Grands Êtres avaient déjà mis sur pied un plan à très long terme pour contrer ce mal qui gagnait les étoiles, et ils comptaient pour cela réparer l’Univers Matoran, et même l’améliorer. Mais évidemment, cette machine galactique ne pouvait fonctionner toute seule, et les Grands Êtres en appelèrent donc à nous, la civilisation qu’ils avaient crée, Matoran et Toa, pour repartir en croisade dans notre robot-monde. Et plus que tout, il fallait que Mata Nui reprenne sa place de Grand Esprit aux commande de ce robot univers ; son ancien corps…
Mata Nui se montra réticent au début, pensant que les millénaires avaient démontré qu’il n’était pas le plus apte à cette tâche. Mais les Grands Êtres soulignèrent qu’il était le seul à posséder la connaissance des mondes concernés, acquise durant son exploration galactique de presque cent milliers d’années, et nécessaire au succès de cette mission.
L’eau qui dansait continuellement prit la forme de l’Univers Matoran…
- Mata Nui finit par accepter. Ainsi, au terme d’un peu moins de 400 ans de réparation et de premiers renforcements du robot – ce que nous appelons aujourd’hui son élargissement – à l’aide de nos amis Agori et la supervision des Grands Êtres, le robot-monde renaissait.
Nous les quittions, tous les natifs de l’Univers Matoran ou presque, pour repartir dans l’espace. Nous étions à la fois tristes de laisser nos alliés Agori, Glatorian, et Skrall avec qui nous nous étions mêlés pendant mille ans, mais en même temps enthousiastes à l’idée de retrouver notre bon vieil univers, à nouveau guidé par le Grand Esprit.
Notre destination était la planète mère de nos ennemis : Oruka Magna. C’est une planète immense, dont toute une moitié est inhabitée, car n’est jamais éclairée par le Soleil. Les Orukan pourraient-y survivre, mais pour eux cette partie de la planète est le domaine des morts, où personne n’a jamais osé aller. C’est précisément là que nous allions…
Les Grands Êtres avaient trouvé un moyen de téléporter directement l’Univers Matoran une fois en orbite, sous le sol même d’Oruka Magna.
L’hologramme d’eau dessina alors Oruka Magna et l’Univers Matoran se téléportant sous la surface de la partie noire de la planète…
- L’opération était immensément risquée et pénible, mais Mata Nui réussit ; nous sommes parvenu à nous incruster dans le sol de la planète, exactement comme nous l’avions été sur Aqua Magna, à l’exception cette fois que nous étions sous terre, et que cela était volontaire. Le système de camouflage du robot généra une nouvelle île stérile sur son visage.
C’est sous terre, que nous poursuivions donc l’élargissement de l’Univers Matoran, orchestré par le Conseil Pacifique, et dirigé par mon frère, le Bâtisseur, qui consistait en fait en la construction d’une armure renforcée de certaines partie du robot.
L’eau dessina le chantier de l’Univers Matoran élargie sous la surface de la partie inhabitée d’Oruka Magna, où j’aperçu comme la forme d’un casque aux allures de couronne, au dessus de Metru Nui…
- Ainsi fut fondée entre autres, la plaine nord de Torana, dans le manteau de cette planète, au plus près de nos ennemis, infiltrés pour cette mission secrète, et où nous nous trouvons encore…
L’éclairage de l’eau se coupa, et elle retomba dans le minuscule bassin entre nous, qui referma son iris. Le voile d’ombre de la coupole de verre qui maintenait la pièce dans le noir, se résorba, et Gali se leva. Je mis quelques seconde à encaisser tout ce que je venais d’apprendre. Je n’osais même y croire. Puis une fois remis de mes états :
- Pourquoi tout l’Univers Matoran ne sait pas tout cela, dis-je sur un ton outré ? Si nous sommes en guerre, tout le monde doit le savoir !
- Ils l’ont su, répondit l’Héritière. Mais le quotidien leur fait parfois oublier pourquoi nous avons quitté Spherus Magna. Il leur sera rappelé le but de tout ceci en temps voulu…
- Mais il y a des gens, nombreux même, qui cherchent un but à leur existence ici, et qui seraient prêt à se battre contre la menace. Des gens… qui ont des moyens même, mais qui se sentent… exclus…
- Tu penses à certaines personnes en particulier, Kizenhrak ?
- Non, personne…
Elle sourit de nouveau.
- Je connais l’existence de la Communauté des Oubliés, si c’est ce que tu essaie de cacher…
- Vous savez pour les Oubliés, et vous les laisser agir dans l’ombre ?
- Sans le savoir, ils se montrent particulièrement efficaces pour l’avenir de la mission.
- Dans ce cas pourquoi ne pas travailler avec eux ?
- L’Ordre a opéré clandestinement pendant 100 000 ans, Kizenhrak. Nous savons par expérience que ce statut rend ce type d’entité beaucoup plus productive. Et puis comme tu le sais, jusqu’à ce que nous soyons prêts, la mission est…
- La mission est secrète, oui je sais…
Chapitre 10 : Anéanti...
- GALI ! Gali ! Nous ne devons pas attendre… !
C’était ce que hurlait un agent de l’Ordre, le souffle haletant perceptible dans sa voix, et se dirigeant vers nous, tandis que nous l’entendions arriver par le couloir via lequel j’étais entré quelques instants plus tôt, dans les appartements de l’Héritière.
L’Héritière sembla reconnaitre la voix qui hurlait son appel.
- Tesaka ? Fit-elle en me regardant avant qu’il n’arrive.
Il arriva du corridor à l’entrée de la chambre voutée de verre, et s’y arrêta sèchement stoppant sa course folle, ne pénétrant volontairement pas dans les quartiers de la souveraine de l’Ordre, en signe de respect. Il reprit son souffle une seconde.
- Qui y a-t-il Tesaka ? Parle !
- Les Tarlok, la couronne du Nord ; c’est une véritable attaque sauvage…
Il parait que depuis la deuxième Ère nous aurions pris la mauvaise habitude jouer un peu trop souvent de la périphrase pour se faire parfaitement comprendre, mais là en l’occurrence, j’avais immédiatement saisi ce que voulait dire ce dénommé Tesaka.
- Torana ? Mata Nui, non ! La couronne du Nord, il veut parler de Torana je le sais ! Nous devons aider les miens, je vous en prie, suppliais-je Gali.
Elle pausa un genou près de moi et mit sa main sur mon épaule comme l’avait fait Lewa avant de me laisser faire route seul vers Xia, après notre petite mésaventure aux Archives d’Onu-Metru avec les Sentrax. J’espérais d’ailleurs à ce moment que Lewa soit en mesure d’aider Torana à contrer l’attaque du mal.
- Jeune Kizenhrak, je ne veux pas que tu aies de mauvaises surprises une fois sur place dans le comportement de nos agents. Je ne te cacherais pas que nous y allons par devoir car Torana est un point stratégique essentiel de la « Mission ». Grâce aux facultés psychiques des Ce-Matoran, qui font de la plaine du Nord notre seul moyen de communication avec Spherus Magna. Mais tu as ma parole que nous serions intervenus même si ce n’était pas le cas.
Je ne dis rien. Elle se redressa et actionna une manette près d’un ordinateur sur la paroi du dôme de verre, pendant que Tesaka s’approchait cette fois. L’instant suivant, le sol sous nos pieds trembla légèrement, et on sentit le mécanisme s’enclencher. L’appartement de l’Héritière reposait en fait sur une gigantesque plateforme mobile soutenue par un colossal pylône d’Exsidian, un métal anciennement très plébiscité des Agori.
La plateforme descendit tandis que je regardais le ciel à travers la coupole qui semblait reculer alors que nous descendions lentement. La plateforme s’arrêta au cœur de la forteresse de l’Ordre, dans le grand hall de l’édifice, laissant au-dessus de nos têtes un puits montant d’une trentaine de bio.
Des agents de l’Ordre se mobilisaient déjà ça et là pendant que nous sortions de la plateforme pour la laisser remonter. Plusieurs groupes s’équipaient, et je vis de grandes portes sur les côtés s’ouvrir, et donnant sur un hangar. Des guerriers, Matoran même pour certains, en arrivaient pour rejoindre tout le monde dans le grand hall avec des machines de guerre.
- Où sont Axonn et son escorte, ils ne viennent pas, demandais-je ?
- Ils ont dû repartir pour Xia depuis quelques temps déjà, me répondit Tesaka, que je trouvais décidément bien amical.
Un groupe d’agents arriva déjà les armes à la main vers nous en courant et son leader de presque deux fois la taille de l’Héritière, s’adressa à celle-ci :
- Il faut y aller, nous risquons d’arriver trop tard. L’armée Toa ne pourra jamais y être ni même être informé à temps.
- Très bien Brutaka lui répondit Gali. Lointaine est l’époque où nous arrivions par les mers et le ciel avec plus de navires et transporteurs que de guerriers, sourit-elle. Prépare-toi.
Ce Brutaka – nom qui ne me semblait à nouveau pas étranger – acquiesça d’un hochement de tête, et en se retournant écarta tout à coup les bras en regardant le sol, puis releva violemment la tête et se mit à léviter, comme s’il se laissait posséder par quelque chose.
Il tendit alors les bras en regardant fixement devant lui, puis un gigantesque portail dimensionnel s’ouvrit face à nous tous. J’avais reconnu qu’il portait un Kanohi Olmak, grand masque de les voyages dimensionnels, dès qu’il s’était dirigé vers Gali, mais j’étais stupéfait de la taille de ce portail, qui dans ce monumental hall, semblait faire presque la superficie du bâtiment, et capable d’y faire passer une armée.
- Le masque lui permet de faire une telle chose, demandais-je à Tesaka ?
- La cohabitation et le partage de son corps avec l’esprit fœtal d’Antidermis, lui a permis d’en apprendre énormément plus sur la maîtrise et le véritable potentiel de l’Olmak ces derniers millénaires, me répondit mon nouvel ami.
- Chose que je n’ai jamais vraiment approuvé, précisa Gali. Allez, hâtons-nous…
Une quinzaine de guerriers aussi grands que des Vortixx, et au moins le double de Matoran sur leurs machines de guerre aux allures de Rahi, avancèrent aussitôt vers le vortex et commencèrent à le traverser.
- Vous y allez comme ça, sans savoir quelle peut être la situation derrière, interrogeais-je à nouveau Tesaka ?
- T’espérais quoi ? Qu’on envoie une sonde avec un bras robotisé montée sur de petites roues ? On n'est pas une section secrète de l’Armée Toa qui part explorer l’espace, répondit-il en s’esclaffant.
J’étais déjà un peu rassuré que l’Ordre intervienne avec tous ces agents et équipements mis à disposition, mais mon inquiétude pour notre peuple était si grande qu’aucune mobilisation, aussi massive eût-elle été, n’aurait en cet instant pu suffire à calmer mes pires craintes…
Je débarquai sur ma plaine natale que j’avais quittée voilà quelques mois déjà. Étant chroniqueur, mon travail m’avait permis de partir comme je le voulais sans me soucier d’éventuelles responsabilités.
Je sortis du portail dimensionnel qui nous avait transféré du Continent Sud jusqu’à Torana, avec le reste des agents de l’Ordre et l’Héritière qui arrivaient derrière moi, pour y retrouver après ma longue absence, la vision la plus noire qu’il m’était possible de craindre…
Nous fûmes plongés à l’arrière d’un champ de bataille total. Les agents de l’Ordre de Mata Nui avaient déjà couvert un périmètre à la sortie du portail dimensionnel qui disparut rapidement. L’atmosphère était assombrie et rougeâtre ; une importante partie de la Pierre de Lumière géante éclairant le dôme de Torana comme tous ceux du robot-univers, avait dû être détruite.
Nous avions la ville en face de nous ; il y avait juste des Tarlokk à nouveau par légions, qui nous en séparaient. Je scrutais ce décor cataclysmique. J’étais consterné. Des fumées s’échappaient de la ville et la destruction de certains bâtiments était visible de loin. Mais je pouvais être fier de mon peuple de courageux Toranian ; aux vues des très nombreuses carcasses ennemies déjà étalées sur le sol de la plaine, ils s’étaient vaillamment défendu. Il semblait même apparaitre qu’ils auraient pu repousser l’attaque Tarlokk aussi bien que nous l’avions fait avec Kopaka sur Xia.
Mais entre les tirs d’armes à énergies ou de projectiles et les outils de guerriers qui s’entrechoquaient, nous comprîmes vite sur ce champ de bataille, que d’autres entités avaient renversé le cours de celle-ci, et manquaient tout juste d’infliger la plus terrible défaite à mes frères Ce-Matoran.
Cette bataille avait une toute autre saveur que les précédentes que j’avais vécu, et au final, que toutes les précédentes vécues par quiconque contre les Tarlokk dans l’univers Matoran. Cela n’avait plus rien à voir. Non, cette fois, les Teneba, cette race dominante de la planète dont m’avait parlé l’Exilé que j’avais rencontré à Xia, appuyaient la marche de leurs troupes.
Toujours sur le lieu où nous avait fait atterrir le vortex ouvert par Brutaka, les Matoran enrôlés et formés aux arts martiaux de l’Ordre sur leurs machines de guerre à trois pattes, s’enfonçaient dans la zone de bataille affrontant des centaines de Tarlokk pour tenter d’ouvrir une voie vers la ville. Ville au-dessus de laquelle nous vîmes tous comme une espèce de commette entourée d’un halo lumineux vert, se déchainer contre ce que nous devinions être les individus au sol dans les ruelles. C’était sans doute Lewa notre Gardien.
- Apparemment Lewa se charge des forces Orukan ayant déjà investi la ville, dit Gali dans l’action. Je vais soutenir les nôtres sur le champ de bataille, pour qu’on s’occupe des Teneba. Brutaka ! Toi et ton équipe vous savez ce qu’il vous reste à faire, allez vers la ville.
Il inclina la tête et s’apprêta à partir immédiatement.
- Attendez, l’interrompis-je. Vous ne pourrez jamais atteindre la ville à pieds rapidement par la zone de combat. En suivant un itinéraire de tranchée par le flan ouest vous pourrez atteindre le quartier central beaucoup plus vite. Je peux vous conduire.
- C’est là que nous voulons aller, dit Brutaka en regardant Gali.
- Tu es sûr que le chemin sera dégagé Kizenhrak, m’interrogea-t-elle ?
- Non. Mais je suis sûr de ça ! Dis-je en dégainant mon poignard.
Brutaka me dévisagea de toute sa hauteur :
- Ca me convient ! Allons-y, il n’y a plus de temps à perdre.
- Je viens avec vous, dit Tesaka…
Nous traversions la bordure du champ de bataille afin d’en sortir et de le contourner par des tranchées creusées par des Rahi jusqu’à la ville. Nous n’avancions pas en formation serrée ; l’Ordre avait cette particularité de trouver l’efficacité du groupe dans l’autonomie d’action de ces agents, bien que nous nous couvrions quand même chacun les uns et les autres. Nous décimions les Tarlokk, chacun courant, abattant, s’arrêtant derrière un obstacle, puis tirant ou faisant un bond pour courir de nouveau.
Mais notre course que rien ne semblait pouvoir arrêter fut malgré tout interrompue, par la rencontre de Teneba. Ils étaient quatre. Issus de deux civilisations différentes, ni eux ni nous ne pouvaient comprendre le langage de l’adversaire. Mais tout le monde savait pourquoi il était là, et il devint vite évident pour eux que nous nous dirigions vers la ville.
Le leader, visiblement, comprit vite que l’avantage numérique des agents de l’Ordre allait leur faire défaut. Il tendit alors violemment la main et attrapa par une force invisible Brutaka à la gorge en le tirant jusqu’à lui. La force des Teneba résidait dans leur pouvoir de télékinésie. Le Teneba en train de l’étrangler était plus grand d’une bonne tête que le porteur de l’Olmak. Tesaka et le reste du détachement de l’Ordre ne bougeaient pas d’une mesure ; le moindre mauvais geste envers les trois autres Teneba pourrait provoquer le coup fatal du leader pour Brutaka.
Étant toujours en bordure des combats, entourés de Tarlokk et de mes frères Ce-Matoran qui s’affrontaient avec acharnement, ceci me camoufla d’une certaine manière et – les Teneba ne prêtant pas attention à moi confondu dans une foule de soldats Toran – me permit de me faufiler derrière eux. Au moment même où Brutaka fut attrapé, je vis à ma terrible peine, un de mes frères dans un poste de tirs surélevé prendre une salve de plein fouet, dont l’explosion détruisit la tourelle lourde qu’il commandait.
Je ne pris pas le temps de réfléchir. En chargeant je plantai bientôt mon poignard dans l’armure d’un Tarlokk sur ma route, forçant sur ma main tenant le manche, afin de m’élever suffisamment du sol pour poser un pied sur l’épaule d’un second Tarlokk venue vers moi et ma première cible. J’attrapai alors l’un des piques tranchants accrochés le long de mes jambes, pour l’enfoncer dans le dos de la créature, et poursuivant mon chemin par un saut périlleux qui me fit atterrir juste en bas du poste de tirs surélevé où l’un des miens était tombé, me rattrapant sur un poing et regardant déjà en hauteur.
Après avoir escaladé le petit lit de pierre sur lequel il était surmonté et enjambant le muret de protection de la tourelle, j’arrivai dans cet abri de bataille, trouvant le corps de mon semblable qui portait un Mahiki, jonchant sur le sol. Il n’y avait plus rien à faire pour lui, et je le savais déjà avant d’y aller. Ce pourquoi j’avais pris ce risque, était également par terre non loin de lui. Le canon à missile de ce poste de tourelle qui avait aussi reçu la salve, avait été démembré de son support qui permettait de faire feu par-dessus le petit muret.
N’ayant plus de support pour faire tenir le canon en tourelle, je le ramassai à genoux derrière le muret de protection, le bricolant de quelques pièces et autres morceaux explosés sur le sol, pour en faire un équipement relié à mon dos et monté au-dessus de mon épaule. J’entendais le chaos de la bataille en contrebas, et dans cette instant de solitude où je travaillai avec une rapidité et une habilité que je ne m’étais jamais découvert, c’est à ce moment précis que je fus pour la première fois de la bataille, traversé par ce sixième sens par lequel je savais déjà, sans pouvoir me l’expliquer, que la bataille était perdue pour Torana. Ma plaine natale était en train de vivre sa chute, je le sentais...
Je me relevai après m’être finalement équipé du canon monté sur mon épaule. Je vis alors l’ampleur de la bataille que je n’avais pas encore pris le temps d’observer de cette faible hauteur. Des cyclones faisaient d’énormes ravages dans la ville, faisant s’écrouler des bâtiments sur les Tarlokk. Des vagues d’eau sortie de nulle part noyaient des pans entiers des légions Tarlokk. Lewa responsable d’un côté, et Gali certainement de l’autre. Je me retournai aussitôt vers mes alliés de l’Ordre, où Brutaka ne touchait toujours pas le sol, tenu et la gorge étriquée par l’un des quatre Teneba. Le dispositif de visée que je venais lui aussi de trafiquer, se positionna devant mon œil et je vis alors que Brutaka, tentant de respirer, regardait dans ma direction et vit que je m’apprêtais à tirer. L’un de ses deux bras rétractables passa délicatement derrière le dos du leader pour m’indiquer de viser l’autre Teneba à sa droite, me faisant comprendre que ses bras inférieurs s’occuperaient de son ami peu diplomate.
J’ouvris le feu sur le Teneba à droite du leader, à la seconde même où Brutaka coupa le précédent en deux. Ma cible ne poserait plus le moindre problème elle non plus. Les deux autres Teneba sur la gauche de Brutaka réagir aussi tôt, et trois de la demi-douzaine d’agents de l’Ordre se chargèrent sans mal de l’un tandis que l’autre avec ces pouvoirs, projeta les agents restant violemment à l’écart. L’un dont je ne connaissais pas le nom, fut élancer en l’air puis écrasé avec encore davantage de violence sur le sol rocailleux. Il est mort sur le coup. C’en fut de trop pour le seul qui n’avait pas été écarté. D’une rage effrayante que je n’aurais jamais soupçonnée, Tesaka bondit sur le Teneba qui tomba à la renverse, et lui planta son énorme lame en plein torse, insistant et répétant le geste encore et encore même après que le Teneba n’ait plus dégagé le moindre souffle de vie. Il se releva enfin reprenant son souffle et fixant celui qu’il venait d’abattre.
Venant de redescendre du poste de tirs toujours avec mon canon sur l’épaule qui finalement ne me quitterait plus, je glissai ces mots à Brutaka :
- Vous êtes tous ce genre de mercenaire dans l’Ordre aujourd’hui, ou c’est un cas isolé… ?
- Nous avons pour beaucoup d’entre nous un certain nombre d’erreurs à nous reprocher petit. Mais Tesaka lui… a été élevé par Tobduk. Et ça, ça ne se rattrape pas…
Nous étions enfin parvenus jusqu’à la ville. Tout était détruit à l’exception de quelques rares constructions qui n’avaient pas été touchées ou qui tenaient encore debout. Des nuages de poussières et de fumées empesaient l’atmosphère totalement plongée dans la nuit rouge. Le quartier central, là où Brutaka voulait que je les conduise ; nous y étions. Lewa avait fait un sacré ménage, mais il restait un bon nombre de Tarlokk et un Teneba qui nous prirent en chasse. Les Tarlokk étaient quelque millier sur toute la plaine, mais nous n’avions compté que sept Teneba depuis notre arrivée dans la bataille.
Lorsque je compris que c’était au Temple Matoro que l’Ordre voulait se rendre, en voyant la grande porte de pierre sculptée à l’effigie du Kanohi Tryna, j’eus à nouveau un bref moment de réflexion. C’était ici que tout avait commencé pour moi. C’était ici que tout se terminerait. Torana était déjà condamné, je ne savais d’ailleurs pas pourquoi nous étions encore ici.
Nous pénétrâmes à l’intérieur du Temple. Je vis le Mur de l’Histoire étendu sur toutes les parois intérieur du lieu, me remémorant que mon épopée commençait de là : une fameuse anomalie sur les données gravées. De 5000 ans après l’ère nouvelle de Spherus II à aujourd’hui, le mur n’avait plus été complété. J’allais aujourd’hui comprendre pourquoi.
Brutaka était au centre de la pièce unique du temple, là où se trouvait une monumentale statue en l’honneur de Matoro le Glacial. Tesaka et les autres bloquaient l’entrée du mausolée. Le socle hexagonal de la sculpture du Toa, semblait encré dans le sol, on le voyait par une très fine fente à sa base. Brutaka eut un comportement similaire à quand il ouvrit le vortex géant au siège de l’Ordre. Une ombre verdâtre sortit de son corps – l’Antidermis originelle sans doute – et pénétra dans cette fente, qui n’aurait même pas été accessible au Toa Norik. Quelques secondes suivantes, les yeux de la statue qui regardait vers le ciel s’allumèrent, et le socle en forme d’hexagone s’éleva d’un bio, dévoilant une console. Brutaka se précipita sur elle, commençant à activer un dispositif, alors que de virulentes attaques à l’extérieur du temple commençaient à faire trembler les murs.
- Que faites-vous, demandai-je comme si c’était le moment ?
- J’envoie un dernier rapport à Spherus Magna, me dit-il en appuyant sans cesse sur des boutons à toute vitesse. Si ton mur n’a pas été complété par les Chroniqueurs qui t’ont précédés Kizenhrak, reprit-il, c’est que depuis que la couronne de communication entre le robot et la planète mère est opérationnelle, tout est rapporté directement aux Grands Êtres, afin que des informations trop importantes ne tombent pas entre les mains des Orukan si jamais il y avait un problème pour la mission…
- Comment-ça, un « dernier » rapport ? Insistai-je, alors que les agents gardant la porte étaient malmenés.
- Ce temple est la seule console qui permettait de communiquer avec Spherus Magna. Tu sais déjà que Torana est perdu. A présent, nous serons définitivement seuls dans cette guerre… C’est bon, on peut y aller ! S’exclama-t-il enfin, tandis que le nuage d’Antidermis revenait dans son corps.
Une puissante salve fit éclater une grosse brèche dans le mur à côté de la porte du temple dans un vacarme retentissant, passant juste au-dessus de nos têtes et finissant en plein dans la statue qui s’écroula en écrasant également les poutres qui maintenaient le bâtiment.
- C’est le moment de partir, dit Brutaka en ouvrant un portail dimensionnel…
Après être revenus sur le champ de bataille à l’écart de la ville où Gali et Lewa avaient regroupé tous les miens, le porteur de l’Olmak ouvrit à nouveau un vortex géant, pour évacuer la plaine toute entière sur le Continent Sud. De nombreux Toranian ont péri ce jour-là, et mon peuple est aujourd’hui dispersé sur le continent austral. Tous ces dommages m’avaient profondément affecté, et je décidai de tirer un trait définitif sur toute cette aventure. Car même si Torana fut débarrassé de tous Tarlokk, la plaine n’était plus aujourd'hui qu’un champ de ruines abandonné. Tout comme dans mon esprit et au sein de mon peuple, tout y avait été…
Anéanti.