La Traversée

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La Traversée est un livre publié en six parties publiée en 2009 par Greg Farshtey, exclusivement inclus dans la série de mini-livres BIONICLE : Glatorian. Il fut publié à l'origine en polonais, mais a été traduit en anglais, puis en français par la NIE.

Partie Une

Strakk frappa sa Hache de Glace sur la table tellement fort que la plaque de pierre se fissura. Le son fit grimacer Metus.

« Non ! » dit Strakk. « Non. Définitivement non. »

Metus fronça les sourcils. Le villageois Agori entraînait des guerriers et faisait la promotion de combats depuis de nombreuses années. Il avait l'habitude d'avoir affaire à des guerriers bornés, mais la plupart d'entre eux n'étaient pas aussi emportés que Strakk. Il aurait dû s'y attendre pourtant. Particulièrement pour un Glatorian comme Strakk, tout ce qui importait était le profit. C'était une blague dans le village d'Iconox, Strakk n'ouvrirait pas ses yeux le matin s'il n'en tirait aucun bénéfice. Un moment durant, Metus considéra l'idée d'abandonner. Puis il y repensa à deux fois, l'accord de Strakk étant très important pour lui.

« Tu me dois une faveur, » lui dit Metus. « Où serais-tu sans moi ? Et est-ce que je te demande souvent des faveurs ? »

« Hum, il y a eu ce combat contre Kiina le mois dernier », répondit Strakk. « Et à ta requête, j'ai aidé à entraîner cette brute, qui a fini par oublier que ce n'était qu'un combat d'entraînement et m'a envoyé chez le guérisseur pour des semaines. Oh, et il y a eu lorsque… »

« Très bien, très bien », lança Metus. « Tu n'as pas besoin de me raconter ta vie. C'est un travail rapide et facile, qui ne prendra pas plus d'une semaine, et qui sera bien payé. Tu le veux ou pas ? »

Metus mentait, bien sûr. Il devait souvent mentir quand il négociait avec ses guerriers. Le travail qu'il offrait à Strakk ne serait ni rapide, ni simple. Le village d'Iconox devait envoyer une cargaison de précieux métal d'Exsidian au village de Vulcanus, pour payer pour un combat qu'un autre Glatorian, Gelu, avait perdu. En des circonstances normales, l'équipage prendrait la route la plus courte, au sud-est par les Dunes de la Trahison puis directement au village du Feu. Ce n'était pas la route la plus sûre du monde, mais elle était très utilisée. Ces dernières semaines, cependant, un groupe de barbares nomades nommés Fossoyeurs avaient transformé les dunes en piège mortel. Pour des raisons qu'ils n'avaient pas révélé, ils étaient sur le point de couper les routes marchandes entre plusieurs villages, particulièrement avec celui de la Tribu de l'Eau, Tajun. Le résultat était que toutes les caravanes passant par le désert étaient en danger. Pire encore, les Fossoyeurs ne se contentaient pas de voler les marchandises – ils tuaient aussi les marchands. Iconox n'avait pas le choix ; la cargaison devait être envoyée. S'ils refusaient de payer après un combat perdu, leurs guerriers ne seraient plus les bienvenus dans les arènes de Bara Magna. Donc maintenant il fallait qu'ils trouvent une nouvelle route sur laquelle ils pourraient transporter leurs biens jusqu'à Vulcanus.

« Et bien, nous verrons, » dit Strakk. « Tu veux envoyer une pleine cargaison à l'est par les Montagnes du Pic Noir, passant les Sombres Chutes puis le Canyon de l'Effroi. N'importe lequel de ces endroits est plus dangereux qu'une Chauve-Souris des Sables avec un coup de soleil. Et tu veux que je garde la cargaison sur son chemin. J'ai bien compris ? »

« Oui », approuva Metus.

« Non », dit Strakk. « Je suis un Glatorian. Je me bat pour mon village s'il a besoin de quelque chose d'un autre et je suis bien payé pour ça. Je ne suis pas un garde, un guide, ou un errant. Je me combat contre d'autres Glatorian dans une arène. Je ne me bats pas contre les Fossoyeurs. Ils ont la sale habitude de tuer ceux qui s'opposent à eux. »

Metus devait admettre que Strakk avait raison. Personne n'avait affaire avec les Fossoyeurs s'il pouvait l'éviter. Leurs montures, appelées Montures des Roches, possédaient des rangées de dents aiguisées et des queues menaçantes se terminant en dards de scorpion. Leur sens de l'odorat était si développer qu'ils pouvaient sentir une proie à des miles. Et concernant les Chasseurs, ils n'avaient pas survécu des millénaires dans les Terres Sauvages en étant juste amicaux. Ils étaient impitoyables, violents et avides. S'ils possédaient une vertu, c'était leur endurance – ils abandonnaient rarement une poursuite – et ils étaient très résistants. Après une attaque, il ne restait rien. L'Agori quitta l'abri de Strakk. Le Glatorian le suivit et continua à parler.

« Et n'oublie pas les Skrall – tu te souviens d'eux, n'est-ce pas – de grandes personnes en armures noires transformant les gens en viande émincée juste pour l'amusement ? Qui est-ce que tu crois vivre dans les Montagnes du Pic Noir ? »

« Calme-toi, » dit Metus. « Écoute. Nous avons engagé les meilleurs. »

Metus montre la cargaison complètement chargée. Sur le siège du cocher se trouvait un Agori d'Iconox – Kirbold – et un Agori à l'armure verte venant de Tesara. Sur l'Arpenteur des Sables à côté de la carriole se trouvait un Glatorian que Strakk identifia comme étant Gresh.

« Depuis quand Tesara envoie des Glatorian et des Agori aider Iconox ? » demanda Strakk.

« Depuis que les attaques des Fossoyeurs commencent également à les affecter, » répondit Metus.

« Ils veulent découvrir si cette nouvelle route fonctionne. Si c'est le cas, ils pourront également l'utiliser. Le nom de l'Agori est Tarduk. On dit qu'il connait les étendues sauvages. »

Metus se tourna et regarda Strakk.

« Iconox veut qu'un de ses Glatorian se joigne à cette aventure – tu comprendras sûrement pourquoi. Si tu acceptes, je suis sûr que je pourrai te dénicher quelques combats à Vulcanus… pour montrer à tout le monde l'héroïsme dont tu feras preuve. »

Strakk rit bruyamment.

« Je sais tout sur les héros. Ce sont ceux qui se font enterrer dans des trous dans le sol. Et lorsqu'ils ont de la chance, quelqu'un d'autre placera un marqueur sur leur tête. Mais je ne suis pas irraisonnable… pas trop. Donc je choisirai… la double récompense. »

Metus avala durement. Cela voulait dire qu'Iconox devrait obtenir beaucoup d'armes, d'armes, d'armures, et de fournitures pour Strakk. Mais il n'avait évidemment pas d'autres choix. Si Iconox négligeait son payement à Vulcanus, le système entier pour résoudre les conflits entre villages par des combats de Glatorian serait en danger. Au final, ça voudrait dire qu'il perdrait son travail.

« D'accord », dit l'entraîneur. « J'expliquerai ça d'une manière ou d'une autre aux aînés du village. Sois prêt pour le départ. »

« Je suis déjà prêt », dit Strakk en souriant. « Assure-toi que ma récompense soit prête. Je serai bientôt de retour pour la prendre. »

Seulement si tu as de la chance, pensa Metus. Et là où vous allez, vous pourriez avoir besoin de plus que de la chance.


Quelques temps après le lever du soleil, la carriole partit avec ses gardes. Gresh aurait aimé partir immédiatement après l'aube. Strakk avait insisté pour prendre autant de munitions pour Lanceur Thornax et d'armes supplémentaires que possible. Gresh, cependant, était de l'opinion qu'ils devraient emporter aussi peu que possible et traverser le désert aussi vite que possible.

« Oh, je connais beaucoup de marchands qui ont voyagé avec peu de bagages », avait répondu Strakk. « Comme ça ils ont trouvé la mort beaucoup plus facilement, écoute, petit, les Fossoyeurs ne s'intéressent qu'à une chose : peux-tu tuer beaucoup d'entre eux plus vite qu'ils ne le peuvent ? Si la réponse est oui, alors peut-être – peut-être – as-tu une chance de partir en vie. »

« Alors tu penses que nous devrions les attaquer ? » demanda Gresh.

« Non, non », répondit Strakk. « Je suggère que nous ne fassions même pas ce voyage. Mais s'il faut le faire, on le fera intelligemment. On va à la bataille, on ne fuit pas, mais on les surpasse stratégiquement et on les vainc. »

Strakk ne connaissait pas Gresh très bien. Ils s'étaient rencontrés une fois dans les Terres Sauvages et avaient fait un bout de chemin ensemble vers Vulcanus. À l'époque, ils avaient eu une petite escarmouche avec les Fossoyeurs, mais ils s'en étaient tirés sans plus de problèmes. Depuis lors, Strakk surveillait ses arrières avec attention. Les Fossoyeurs avaient une bonne mémoire, spécialement concernant leurs ennemis. Il n'aimait pas beaucoup Gresh. Le guerrier Tesaran était jeune et fort, mais un peu trop honorable pour Strakk. Le seul Glatorian avec lequel Strakk s'entendait vraiment bien était Malum, un des guerriers de Vulcanus. Mais la rumeur se répandait dans le désert qu'il avait été exilé par son voyage pour avoir essayé de tuer un adversaire dans l'arène qui était déjà au sol et avait abandonné. En ce que ça concernait Strakk, ce n'était qu'une preuve de plus que les villageois de Vulcanus savaient peu de choses sur la vie des Glatorian.

Strakk avança jusqu'à la carriole. Le Spikit à deux têtes qui tirait la carriole gardait ses quatre yeux fixés sur la voix cahoteux en face de lui. Le Glatorian espérait qua carriole avait assez de nourriture. Même si un Spikit était une bête de somme résistante et endurante, il consommerait tout ce qu'il y avait autour de lui s'il commençait à avoir faim – y compris la carriole qu'il tirait, ainsi que tous ceux qui auraient le malheur de s'y trouver.

« Alors, Tarduk », dit-il à l'Agori Tesaran qui tenait les reines dans ses mains, « j'ai entendu que tu as fait ta part d'exploration. »

« Bien sûr », répondit le villageois, « Je collecte des artefacts – de vieilles armures, des armes, des parchemins, de petits fragments d'histoire. Je passe beaucoup de temps à chercher des ruines et des choses. »

« Ça a l'air… intéressant », dit Strakk. Et vraiment, vraiment ennuyant, ajouta le Glatorian à lui-même.

« J'ai toujours voulu voir les Montagnes du Pic Noir », continua Tarduk. « Je parie qu'il y a beaucoup de trésors à y trouver ! »

« Attends une seconde, tu es le guide », dit Strakk, « et tu n'as jamais été là où nous allons ? »

« Non », répondit Tarduk, souriant.

« Mais pourquoi... » commença Strakk.

« C'était le seul qui ai jamais voulu y aller », dit Kirbold, « donc il y a eu le boulot. »

« Ne parle pas autant », dit tranquillement Gresh. « Nos voix portent loin. Nous ne devons pas faire savoir à tous les Fossoyeurs de la zone que nous arrivons. »

« Tu es un optimiste, mon ami », dit Strakk. « S'ils sont dans les Terres Sauvages – et ils y sont – alors ils savent que nous sommes en chemin depuis que nous avons quitté Iconox. Au mieux, on pourrait espérer qu'ils ne savent pas ce que l'on transporte. »

« Et s'ils le savent ? » demanda Gresh.

Strakk pointa vers le Lanceur Thornax que Gresh portait.

« Alors j'espère que tu sais te servir de ça, petit. »


Pour un œil non-entraîné, Bara Magna pouvait ressembler à un désert. Certes, il y avait du sable dans presque n'importe quelle direction aussi loin que l'œil pouvait voir, assemblé en dunes par le vent ou éparpillé comme un tapis mœlleux sur la terre endormie. Lorsque le vent souffle sur les grandes étendues des Terres Sauvages, le sable virevolte si vite que même les armures des Glatorian n'offraient pas assez de protection. Et même sans ça, il y avait la chaleur, bien sûr. Le soleil de Bara Magna brûle, et autour de midi, les hautes températures sont atteintes, et seuls les Fossoyeurs et les marchands Agori désespérés poursuivis par ceux-ci peuvent être trouvés dans les sables. Durant la période la plus chaude du jour, le sable est si chaud que le toucher donne des brûlures. Tous ceux qui se perdent sans eau dans le plateau désertique seront morts sous une journée. Chaque soir, le soleil disparaît aussi soudainement qu'une torche s'éteint. La température baisse rapidement et les Agori se regroupent autour de leurs feux de camp. Le désert devient – si c'est seulement possible – deux fois plus dangereux dans les ténèbres. Les prédateurs nocturnes sortent de leurs grottes ou de sous les rrochers, où ils se cachent durant la chaleur du jour. Les Fossoyeurs deviennent plus téméraires, s'approchant parfois à 10 ou 15 mètres d'un village pour éliminer une sentinelle s'étant trop éloignée des torches. Il y a un vieux dicton Agori qui dit : « Au moins on voit la mort venir durant le jour. » La nuit, on n'est malheureusement pas aussi chanceux. Pour ceux, cependant, qui connaissent bien Bara Magna, le désert est beaucoup plus qu'un vaste emplacement de plaines sableuses désolées.

Beaucoup se souviennent qu'auparavant d'autres voies navigables que la Rivière Skrall traversait les champs verdoyants. Ils se rappellent que le village de Tesara n'était pas juste un oasis, mais faisait partie d'une grande jungle qui s'étendait sur le continent entier. Ils entendaient toujours les cris des oiseaux de mer de l'océan qui existait loin au sud à cette période. Tout cela avait changé il y a environ 100 000 ans, lorsqu'un terrible désastre avait changé la planète pour toujours. Après cela, il n'y avait plus eu le temps de se rappeler comme c'était avant. On était complètement occupé à survivre chaque jour. N'empêche – pendant que le chariot avançait dans le sable, Strakk devait penser à comment les choses autrefois. À l'origine, il ne venait pas d'Iconox, mais d'une terre loin au nord. Il faisait partie d'une patrouille de reconnaissance lorsque le cataclysme que tout le monde appelle désormais « Le Fracassement » avait eu lieu et l'avait coupé de sa terre natale. Il resta à Iconox pendant que le monde changeait, les jungles se transformant en désert, la glace fondant dans une chaleur horrible. Il n'était pas sûr que qui que ce soit pourrait survivre à ce désastre. Mais il y avait des survivants et lui aussi avait survécu – et depuis lors tout dans sa vie tournait autour de la simple survie.

Strakk lança un regard par dessus son épaule. Iconox n'était plus visible. Il arrêta son Arpenteur des Sables. « Bien, maintenant nous sommes assez loin », dit-il, « Maintenant on peut s'arrêter. »

Gresh ralentit un peu sa monture et observa Strakk, étonné. « De quoi parles-tu ? »

« Qu'est-ce que tu crois ? » dit Strakk. « Tu ne pensais pas sérieusement que nous voulions traîner tout ce bazar jusqu'aux Montagnes du Pic Noir, n'est-ce pas ? Tu as vraiment cru à mon histoire de sables remuants et de combattre les Fossoyeurs d'il y a quelques temps ? Si c'est le cas, tu as vraiment passé trop de temps au soleil. »

« Mais c'est notre travail », dit Gresh.

Strakk renifla. « Bon. Je vais t'expliquer comment ça va marcher. Les Agori vont partir du chariot. On prend tout le métal d'Exsidian, on le cache et on casse le chariot. Puis ont dit aux gens à Iconox qu'on a été attaqué par des Fossoyeurs qui nous ont volé notre cargaison. »

Les deux Agori croisèrent leurs regards. Tarduk haussa les épaules, comme s'il voulait dire, « Je ne comprends pas non plus. »

« Et alors ? » Gresh demanda à savoir.

« Dans quelques semaines, on revient et on ressort tout le bazar », se rengorgea Strakk. « On le divise entre nous puis on se sépare. Et personne n'est blessé. »

« À part les gens d'Iconox quand Vulcanus pensera qu'ils ne veulent pas payer leurs dettes », dit Gresh. Il pointa apparemment innocemment son Lanceur Thornax vers Strakk.

« Maintenant, on va te suivre. Tu vas aller juste un peu devant nous. Et si tu essayais de nous laisser derrière, soit assuré que tu n'iras pas loin. »

« Est-ce que tu es complètement fou ?! » beugla Strakk. « Il y a une fortune à se faire, là. »

Gresh fit un geste avec son lanceur. « Va, maintenant ! On a un travail à faire, voilà ce que c'est. Et c'est ce qu'on va faire. »

Strakk observa Gresh, mais éperonna son Arpenteur des Sables. En passant le chariot, il murmura : « Parmi la douzaine de Glatorian sur ce monde il fallait qu'ils me donnent le seul à qui ça importe de faire la chose juste. »

Gresh l'ignora et se tourna vers Tarduk. « Est-ce que tu as une idée de ce qui nous attend ? Je déteste les surprises. »

« N'importe quoi pourrait nous attendre », répondit Tarduk. « Auparavant, c'était un coin tranquille du désert, jusqu'à ce que les Vorox infestent toutes les Dunes de la Trahison. Ils ont repoussé beaucoup de bêtes comme des Chauve-Souris des Sables, des Serpents des Dunes, et même des Scorpions des Grottes géants au nord. Le désert entre ici et les Montagnes du Pic Noir est rempli de celles-ci. »

« Mais ce n'est pas le pire », dit Kirbold. « Est-ce que tu as déjà été à la Mer de Sable Liquide ? »

Gresh hocha de la tête. La « mer » était située au sud du village de Vulcanus. Elle ressemblait à n'importe quel autre chemin du désert, mais était en fait principalement de la boue molle, qui avalait tous les êtres vivants qui essayaient de la traverser. Il était possible de la traverser, en étant assez intelligent ou chanceux. Mais tous les autres qui l'avaient tenté s'étaient retrouvés au fond de la mer.

« De petits points de sable liquide », dit Kirbold, « existent également ici. Il n'y en a pas beaucoup, mais il y a des endroits dans le sable qui sont tout aussi traître… peut-être même plus traîtres. On ne les voit pas avant d'être en plein milieu et alors… »

« Tu as entendu ça, Strakk ? » demanda Gresh.

« Pourquoi penses-tu que je n'écouterai pas une nouvelle aussi formidable ? » répondit le Glatorian de la Glace. « Je suis vraiment content que tu m'ai demandé de chevaucher devant. »

« Garde les yeux ouverts », dit Gresh, « On va y arriver. »

« Bien sûr que vous allez y arriver », dit Strakk. « Attendez juste que je coule dans le sable et lorsque vous voyez ça... arrêtez-vous. C'est simple. »

Ils chevauchèrent en silence durant quelques temps. Devant eux, les Montagnes du Pic Noir se tenaient dans toute leur majesté. Même lorsque Bara Magna était un endroit vert et luxuriant, cette chaîne de montagnes avait créé de nombreuses légendes. Certaines d'entre eux étaient juste habituelles chez les Agori – des voyageurs qui avaient traversés les montagnes et n'étaient jamais revenus. Des histoires plus convaincantes, cependant, étaient celles à propos des villageois qui étaient revenus, mais n'avaient plus toute leur tête depuis. Gresh lança un bref regard à Kirbold.

« Pourquoi avoir choisi ce travail, exactement ? »

« Je mine ce métal, » fut la réponse. « Il est parfait pour réparer des équipement. Il ne rouille pas et résiste bien. »

« Ça ne répond pas vraiment à ma question. »

« Je le mine. Je le rapporte. D'autres l'utilisent, mais je le trouve. C'est pour ça que j'ai simplement le sentiment qu'il m'appartient. Si la cargaison était en danger, je voudrais être là. »

Gresh hocha la tête. Il avait déjà entendu des choses plus folles. Plus d'un Glatorian ne laisserait jamais quelqu'un bidouiller son arme ou son lanceur pour des raisons similaires. Le soleil serait bientôt haut dans le ciel.

Gresh pointa vers une saillie. « Montons notre camp là-dessous jusqu'à ce que le pire de la chaleur soit passé. »

Kirbold et Tarduk conduisirent le chariot sous la saillie, et nourrirent tout d'abord avec précaution le Spikit avant de manger quelque chose eux-mêmes. Strakk s'assit dans le sable et ferma ses yeux pendant que Gresh gardait un œil attentif sur le désert.

« Qu'est-ce que tu penses qu'on peut y trouver ? » demanda Kirbold à Tarduk.

« Qui sait ? » répondit l'Agori Tesaran en souriant. « Il y a peut-être eu une civilisation entière dans ces montagnes dont nous n'avons jamais entendu parler. Ils ont peut-être laissé de l'équipement, des outils, peut-être même des traces de leur histoire. Pour quelqu'un comme moi, c'est un coffre au trésor n'attendant que d'être ouvert. »

« Non, je veux dire… tu penses qu'il y aura des monstres là-bas ? »

« Je le pense… si on considère les Skrall comme des monstres. »

Kirbold baissa son regard vers le sable.

« Non, je ne pense pas qu'ils soient des monstres. Mais s'ils nous attaquent… et bien, alors je ne sais pas où nous pourrions nous cacher. »


Plus tard dans l'après-midi, ils reprirent leur voyage. Strakk observa comment une Chauve-Souris des Sables était sorti d'une dune pour se jeter sur un renard des sables puis l'emporter sous terre. Le Spikit la vit également et grogna de colère et de peur.

« Je déteste ces choses », dit Strakk. « On ne sait jamais quand elles vont apparaître. »

« Les scorpions géants sont pires », dit Tarduk. Malgré la chaleur, il trembla. « Je les ai rencontrés plusieurs fois en cherchant des artefacts dans des grottes. »

« Il y a une façon simple d'éviter ce genre de rencontres », dit Strakk.

« Qui est ? »

« Arrêter de traîner dans des grottes », répondit le Glatorian en souriant.

« Pour ma part, je ne peux pas supporter les serpents des dunes », remarqua Kirbold. « Tu veux savoir pourquoi ? »

« Oui, » dit Strakk, « Pourquoi ? »

« Parce qu'ils sont partout autour de nous. »

Soudain, l'Arpenteur des Sables de Gresh renâcla, suivi par la monture de Strakk. Le Spikit tira sur les reines et chercha à se libérer. Cependant, Kirbold réussit à maintenir la bête sous contrôle. Partout autour d'eux le sable bougeait, car les serpents vénéneux glissaient juste sous la surface. Ça ressemblait à une vague roulant sous les dunes, mais ce n'était pas quelque chose de paisible ou réconfortant à voir. La morsure d'un de ces serpents pouvait mener à la mort en quelques secondes et les serpents n'avaient peur de rien. Ils n'hésiteraient pas une seconde à attaquer quelque chose de plus gros qu'eux.

« On a dû aller droit dans un nid ! » dit Strakk. « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »

Gresh tenta désespérément de reprendre le contrôle de son Arpenteur des Sables.

« Lorsque vos montures vont s'effondrer, sautez ou vous serez coincés en-dessous. »

« Merci, je n'aurai certainement pas pensé à ça », grogna Strakk. « Si tu m'avais écouté... »

« Il y a un passage ! » cria Tarduk. « Regardez ! »

Il avait raison. Sur la droite, il y avait une bande de sable qui ne bougeait pas. Il était clair que c'était le meilleur et le seul moyen de se sortir de ce piège.

« Allons-y ! » dit Gresh qui avait déjà tourné son Arpenteur des Sables en direction du passage.

Strakk était devant lui, laissant sa monture sauter par dessus une demi-douzaine de serpents qui pointait hors du sable. Derrière eux, Kirbold pressait le Spikit d'avancer. Strakk était maintenant bien devant le groupe et ne regardait pas derrière. Soudain, son Arpenteur des Sables tomba vers le côté droit. Le moment suivant, il commençait à couler dans du sable liquide. Avant que Strakk ne puisse sauter, il avait coulé dans la boue.

« À l'aide ! » cria-t-il.

« On ne peut pas l'aider », clama Kirbold. « Si on s'approche trop, on coulera aussi. »

« C'est un Glatorian, je ne peux pas le laisser derrière », dit Gresh. « On peut faire le tour du liquide et le tirer. »

« Pas sans traverser les serpents, » rétorqua Tarduk.

« Il ne semble pas y avoir le choix », dit Kirbold. « C'est lui ou nous. »

Partie Deux

Gresh n'avait pas le temps de réfléchir. Depuis plusieurs secondes, le sable dévorait Strakk, et les serpents formaient graduellement des cercles autour de la caravane. Le seul échappatoire était le sable mou, mais la caravane était aussi lourde que de la pierre. Soudain, il eut une idée ! L'idée était aussi folle que suicidaire, mais il y avait une chance de succès. Tout dépendait de la hauteur à laquelle Gresh pouvait sauter et la vitesse à laquelle son Arpenteur était, et sa connaissance des dunes. Si seulement un élément du plan échouait, aucun d'entre eux n'en réchapperait.

« Tarduk ! Il me faut une corde - attachée à l'Exsidian ! Maintenant ! » cria Gresh.

L'Agori coupa rapidement la corde. Pressé, il la lança à Gresh, n'atteignant que deux mètres. Le reste de la corde était attaché.

« Quoi qu'il arrive maintenant, personne ne se sépare ! » ordonna Gresh. « Restez sur place et ne parlez pas, okay ? »

Kirbold et Tarduk obéirent. Aucun d'entre eux ne discuta. De l'autre côté, les serpents des dunes s'approchaient, ce qui rendait dur de se sentir outragé. Gresh prit la corde, l'attacha à son Arpenteur des Sables et galopa. Il devait exécuter chaque étape en temps voulu. Il s'approcha du banc de sable mou, forçant la monture à sauter. À ce moment, sautant par dessus les sables traîtres, Gresh lança le bout de la corde à Strakk. Une fois la corde attrapée, le Glatorian fut libéré du piège par l'Arpenteur.

« Tu m'as sauvé ! » cria Strakk, content et surpris. « Je ne peux pas le croire. »

« Je le devais, » dit Gresh. « Et maintenant on retourne à la caravane. »

« Tu es fou ?! » cria Strakk. - Tu veux renvoyer les serpents dans les dunes ? Je me préoccupe de l'Exsidian, mais je ne risquerai pas ma vie pour. »

« Pas si tu risques quelque chose de valeur ? » lança Gresh.

« Sans façons. » - Strakk secoua sa tête.

« Pas le temps de débattre » dit Gresh. « Tu auras la moitié de ma paye pour ce travail. »

Les yeux de Strakk brillèrent de convoîtise. « Qu'est-ce que tu attends ? Allons-y. »

Gresh continua. Les deux conducteurs sautèrent du sable mou et se retinrent au harnais, espérant que leurs montures éviteraient les crocs empoisonnés des serpents. Mais au lieu de s'arrêter à la caravane, Gresh tourna autour comme un fou. Strakk fut surpris de faire la même chose. Les Agori regardèrent les Glatorian en silence, pensant tous deux que Gresh avait apparemment perdu l'esprit.

« Y a-t-il une raison de faire ça ? » demanda Strakk.

« Oui », dit Gresh. « Les Serpents des Dunes sont aveugles à la surface, non ? Donc ils n'utilisent pas la vue ou l'odorat en chassant. »

« Ils utilisent l'ouïe », supposa Strakk. « Donc on fait du bruit. »

« Exactement », sourit Gresh. « Ça marche, tu vois ? »

Strakk regarda à nouveau. Les serpents n'encerclaient plus la caravane, mais il y en avait toujours un vague. « Yiiiii ! » cria-t-il.

« Par là ! » cria Gresh.

Le Glatorian Tesaran chevaucha sur le sable mou, avec Strakk juste derrière lui. La monture de Gresh ressauta dans l'endroit mortel. Strakk réussit à faire de même. Les Serpents des Dunes affamés ne pouvaient pas éviter le piège du sable, qui les absorba sans leur laisser une chance de s'échapper.

« Bonne idée » admit Strakk. « Un piège contre un autre. Mais ça t'aura coûter la moitié de ta paye... »

Plusieurs heures après, les voyageurs arrivèrent au pied des Montagnes du Pic Noir. Ils trouvèrent un passage étroit entre les rochers où le convoi passait de justesse, donc Gresh dut faire passer Strakk en premier, pendant qu'il couvrait l'arrière. Strakk montra peu d'enthousiasme face à cette proposition. Gresh expliqua que si quelqu'un les avait suivi depuis Iconox, il ne prévoirait pas une attaque frontale, mais une attaque par derrière.

« On ne sait jamais », dit Strakk. « J'ai vu des pièges à des endroits où personne ne les attendait. Mais tu es trop jeune pour te souvenir de tout. »

« C'était quand exactement ? »

« Durant la guerre. À une époque où Bara Magna faisait partie d'un monde plus grand... Longtemps avant le Fracassement... »

Gresh avait entendu parler de la guerre qui avait changé le monde il y a 100 000 ans. Les autres Glatorian en parlaient avec réticence. Apparemment, ils voulaient éliminer tous les souvenirs liés à cet événement.

« Éclaire-moi », dit Gresh. « Qu'est-ce que ça a à voir avec... ? »

« Les Montagnes du Pic Noir furent un des rares endroits où il n'y a pas eu de batailles », dit Strakk.

« Personne ne voulait y combattre ? » dit Gresh.

« Personne n'osait s'approcher de cet endroit », dit Strakk - Regarde ces rochers. Je parie qu'il y a beaucoup de filons de métaux précieux et qui sait quoi d'autre. Est-ce que tu penses que quelqu'un voudrait le miner ? Oublie. Ils n'étaient pas là, même les Skrall. »

À la mention des Skrall, Gresh pressa sa main sur les reines de sa monture. Ce n'était pas un mystère que la Tribu de la Roche ne venait pas des régions désertiques de Bara Magna. Leur foyer était un endroit volcanique loin au nord. Ils y avaient vécus durant de nombreux siècles, protégés par leurs guerriers, les Skrall. Il n'y avait pas longtemps, les Skrall et la Tribu de la Roche étaient apparus dans le sud, occupant les Montagnes du Pic Noir et les terres les entourant. Lorsqu'ils atteignirent Roxtus, c'était devenu un village plus gros que n'importe quel autre sur Bara Magna. On racontait qu'ils étaient venus en fuyant quelque chose de beaucoup plus dangereux qu'eux, mais il n'y avait aucune preuve de ça, et leurs vraies raisons restaient un mystère. Il était rapidement devenu évident que les nouveaux venus ne dépendaient pas de l'amitié des autres tribus, même s'ils envoyaient leurs guerriers aux combats, les Glatorian étaient souvent tenté de ne pas les combattre. Tous ceux qui avaient affaire avec eux affronteraient le chef de leur tribu, Tuma, et les Skrall prendraient ce qu'ils voulaient. Cependant, ils suivaient les règles. Le système de combat dans les arènes n'était pas un problème pour la Tribu de la Roche - les Skrall aimaient lutter. Jusqu'à présent, aucun Glatorian n'avait réussi à en vaincre un. Gresh savait cela parfaitement. Il n'y avait pas longtemps, il avait perdu un duel contre un Skrall dans le village de Vulcanus. Le Skrall avait voulu briser les règles du combat en arène, et si un Glatorian ne s'était pas impliqué dans le combat, la rencontre aurait été la dernière chose que Gresh aurait fait dans sa vie. Ce simple souvenir l'embarrassait. Tesara avait ses victoires, et il n'avait pas réussi. Gresh arrêta d'y penser. Ce n'était pas le bon moment pour prévoir sa revanche. Lui et ses compagnons venaient d'entrer dans le territoire de la Tribu de la Roche. La seule mauvaise chose qui pourrait leur arriver était der rencontrer un Skrall.

« Regardez ! » dit soudain Kirbold, pointant le haut de la colline.

Gresh regarda vers le haut. Le Glatorian vit trois Skrall au bord du sommet. Cependant, lorsqu'il eut une meilleure vue, il fut convaincu que ce n'était que quelques casques et armures suspendus à des poteaux au-dessus du sable.

« Ce ne sont que des mannequins », dit Gresh. « Probablement pour décourager les invités non-désirés. »

« Avec un grand succès », dit Strakk. « Regarde les mieux. »

« Je les ai regardé. Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Ce ne sont pas des armures Skrall. Une est rouge, l'autre est bleue, et la troisième est verte. D'où penses-tu qu'elles viennent ? Ce sont les dépouilles de Glatorian morts. Ai-je raison ? »

« Je ne pense pas », dit Gresh.

« Alors ne me croit pas, le bleu, » se moqua Strakk. « Ils sont venus trouver la fin de leurs vies. »

« Tu devrais te taire. »

Les Glatorian se tournèrent rapidement, levant leurs Lanceurs Thornax- là, d'où étaient venus les mots calmement angoissants. Tarduk attrapa les reines du Spikit, au cas où ils devraient fuir. Kirbold se baissa au cas où il y aurait une attaque de lanceurs. En haut d'une colline rocheuse, il y avait un Glatorian à l'armure rouge. Strakk et Gresh le reconnurent immédiatement. Il était appelé Malum. À une époque, son nom était prononcé avec beaucoup de respect, mais le tempérament sauvage de Malum lui avait causé des problèmes. Durant un combat d'arène, il avait essayé de tuer un Glatorian. Pour ce crime il avait été banni du village de Vulcanus. Depuis lors, le désert était son foyer.

« Bien, bien, voyez qui je vois. » dit Strakk. « Et moi qui pensait que tu en étais rendu à manger des Chauves-Souris des Sables. »

« Fait quelque chose ! » murmura Kirbold. « Ils veulent juste l'Exsidian ! »

« Ne t'inquiète pas » dit Strakk. « Pourquoi chercheraient-ils de l'Exsidian dans une région aussi reculée ? Et en plus, si Malum le voulait, il l'aurait pris avant qu'on arrive ici. N'est-ce pas, vieil ami ? »

Malum regarda Strakk avec un regard froid. « Je n'ai jamais été ton ami. Même maintenant. »

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda Gresh.

« Je vous avertis », répondit Malum. « Les Skrall sont devenus plus ambitieux. Beaucoup d'entre eux sont dans les montagnes, pourchassant quelque chose, peut-être quelque chose comme vous. Vous devriez les écouter parler de Tajun. Seriez-vous intéressés ? »

« Tu t'inquiètes tant que ça pour nous ? » cracha Strakk. « Tu ne regrettes pas quand on tue des Skrall, n'est-ce pas ? »

Le sourire sur le visage de Malum ne prophétisait rien de bon.

« Pour être honnête... Oui. »


Raanu, chef du village de Vulcanus, avait de gros problèmes. Sans Malum, son village n'avait qu'un seul Glatorian expérimenté disponible. Il y avait plusieurs candidats potentiels pour prendre sa place, mais jusqu'alors, il avait besoin des conseils des Agori. Le dernier duel de Glatorian avec Iconox s'était achevé par une victoire de Vulcanus. Iconox devait payer de l'Exsidian, mais le métal précieux n'était pas encore arrivé. Raanu avait découvert pourquoi.

« Par les Montagnes du Pic Noir ? Ils sont fous ? »

Metus, entraîneur de Glatorian d'Iconox, déploya ses mains « Tu sais que les fossoyeurs... »

« Je connais les Fossoyeurs », interrompit Raanu. « J'ai entendu cette excuse auparavant. Mais les miens ont gagné cette victoire dans l'arène. Si notre paye n'est pas livrée, Iconox... »

« Vulcanus ne voudra pas payer ce que nous perdrons, si nous perdons le prochain combat », conclut Metus.

« Et si cela arrive, Metus... notre système s'effondrera sous nos yeux. En arrêtant la pratique de régler les disputes avec des guerriers Glatorian, on ne peut s'attendre qu'à une chose : la guerre. »

Metus réfléchit. Raanu avait raison, sans le moindre doute. Il y a des siècles, il était clair que les Agori ne pouvaient pas se permettre un conflit armée entre tribus. Personne ne voulait garder à l'esprit une image clair du cauchemar de destruction laissé par la dernière guerre. Du coup, toutes les disputes entre tribus étaient réglées avec des Glatorian. Cependant, leur système est basé sur la confiance mutuelle. Le résultat d'un duel dans l'arène n'était pas sujet à discussion et était absolument accepté par tous. Si un village brisait les règles ou ne payait pas comme convenu, les autres feraient pareil.

« J'espère donc que ceux qui ont été engagés à Iconox ne décevront pas », dit-il doucement. « Si un fossoyeur ou même un Skrall interceptait le convoi... nous avons un problème. »


Malum disparut. Se fondant dans les rochers aussi rapidement et de manière aussi inattendu qu'il était venu, avec l'aisance de quelqu'un né dans les montagnes. Où était-il parti ? - Gresh et son équipe ne voulaient pas même le savoir. Mais ils ne prirent pas les avertissements à la légère.

« Des Skrall... » dit Tarduk. « Une fois, j'ai essayé de déterrer des artefacts près de Roxtus ... mauvaise idée, je sais. J'y ai réchappé de peu. Si j'avais été pris, je ne serais plus qu'un cadavre. »

La route vers les Montagnes du Pic Noir était indiquée à l'est, mais la route avait été effacée par le passage des années. L'air frais des montagnes apporta du répit au voyage, particulièrement à Strakk, qui devait parfois descendre de la montagne pour aider à pousser la caravane. Le silence n'était brisé que par le son des sabots des Arpenteurs, le sifflement du vent passant entre les pics et le son tranquille des roues du wagon. Le cri aigu d'un Percuteur des montagnes dérangea les deux Glatorian. Le second attira leur attention. Les Percuteurs sont des oiseaux de proie dont l'envergure atteignait cinq pieds. Leurs griffes pouvaient déchirer des armures aussi facilement que du parchemin sec. Ils chassaient principalement de petits animaux, mais poussés par la faim, ils n'hésiteraient pas à attaquer des adversaires beaucoup plus grand qu'eux-mêmes. Cependant, Strakk et Gresh préparèrent leurs armes, espérant ne pas rencontrer quelque chose de plus dangereux qu'un Percuteur des montagnes.

« Est-ce que tu penses que ce n'était pas un oiseau ? » demanda Strakk d'une voix à peine audible.

« Ça ressemblait plus à un signal », dit Gresh.

« Des Skrall ? »

« Exactement. Il n'y a pas de Fossoyeurs dans les parages. »

Strakk secoua sa tête.

« Si c'est vrai, alors les Fossoyeurs sont plus intelligents que je ne le pensais. »

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Tarduk. « Essayer de s'échapper ? Ou est-ce qu'on est prêt à se battre ? »

« On a entendu le message. Ça veut dire qu'ils ne sont pas loin. Trop tard pour s'échapper », dit Strakk. « Toi, débutant, tu as toujours voulu ça, voulu être un héros. Maintenant, voilà ta chance de mourir comme un héros. »

Gresh se plongea dans ses pensées. Il devait trouver un moyen de les sauver. Ils pouvaient aussi partir, prétendre n'avoir rien entendu de spécial, et partir, essayer d'échapper à l'embuscade des Skrall. Il tenta de deviner quelle option Strakk choisirait : s'enfuir dès que possible et rester derrière les montagnes. Y a-t-il le moindre moyen de livrer les marchandises à destination ? Trop tard. Il avait passer trop de temps à tenter de décider. Les Skrall les avaient encerclés. Au même moment, des guerriers en armure noire sortirent de leur cachette.

« C'est le territoire des Skrall », dit l'un d'entre eux.

« Le passage est interdit à tout le monde. » ajouta un second.

« À moins que vous ne vouliez voir Tuma », ajouta le troisième. « Qu'est-ce qui est dans la caravane ? Montrez ! »

« Si on le fait, ils vont prendre l'Exsidian », murmura nerveusement Kirbold.

« Et si on ne le fait pas, ils vont nous tuer de toutes façons », répondit Tarduk, avant de se tourner lentement et de découvrir le chargement.

Généralement, les Skrall ne montraient pas de joie, pas même un sourire. Cependant, les guerriers réussirent à donner une impression anormale pour leur espèce - presque rire. Ils savaient qu'un trésor inestimable allait leur apparaître sous peu. Entre le métal précieux et eux se trouvaient seulement deux Glatorian, et deux petits Agori. Un instant, le temps sembla s'arrêter.

« Prenez le contenu de la caravane. Maintenant ! » ordonna le chef du groupe.

Strakk soupira avec reconnaissance. Apparemment, le sort leur était favorable. C'étaot vrai : l'Exsidian était perdu, mais au moins il gardait sa tête. Encore heureux que l'« offre » des Skrall semblait meilleure qu'une réprimande de Gresh.

« Nous avons affaire avec Iconox », dit fièrement le Glatorian. « La charge est nôtre. Mais nous ne pouvons pas partir sans l'accord du propriétaire. »

Le visage des Skrall devint sérieux.

« Essayez seulement », menaça un Skrall.

« Je le ferai », dit Gresh.

Pourquoi fais-tu ça ? pensa Strakk. Ça va tous nous tuer !

« Iconox est en dette envers Roxtus », mentit Gresh. « Nous avons pour ordre de livrer le payement directement à Tuma en humble excuse pour le délai. Je veux le voir directement. Est-ce que vous voulez dire que vous n'avez pas entendu parler des excuses et des Agori et des messagers dans le désert ? »

Ses mots mirent les Skrall en panique. Tuma, leur chef, était le seul être qui les effrayait vraiment. Renvoyer le payement le mettrait en rage. On racontait qu'il battrait n'importe quel Skrall et briserait ses os juste pour s'amuser. Personne ne voudrait se tenir devant lui et expliquer pourquoi ils n'avaient pas eu ce qu'ils attendaient.

« Alors, vous viendrez avec nous », dit un Skrall. « Mais sans armes. »

Les deux Skrall s'approchèrent des Glatorian, prirent leurs Lanceurs Thornax, le bouclier de Gresh et la hache de Strakk. Ensuite, ils fouillèrent le chariot. Ils trouvèrent une arme supplémentaire, qu'ils confisquèrent, et ordonnèrent aux Glatorian de rester loin de la caravane, et près des arpenteurs. Sous l'œil attentif des Skrall, l'équipe commença à mettre en question ses chances de succès.

« Une idée brillante », murmura Strakk. « Maintenant tu nous fait nous rendre en plus de leur donner l'Exsidian. Tu crois qu'ils rigolent ? »

« Non », dit Gresh, « Parce que je n'ai pas l'intention de les rencontrer. »

« Quoi ? »

« Voilà », répondit Gresh, frappant Strakk directement sur la tête avec un lingot d'Exsidian.

Le plus surprenant fut que Strakk, blessé, ne répondit pas. Après un moment, tous deux étaient en train se battre dans la caravane.

« Arrêtez ! » dit le Skrall, en s'approchant pour les séparer.

« C'est juste ce que j'espérais » dit Gresh. Une fois me Skrall à portée, Gresh lança un puissant coup avec l'Exsidian. Gresh attrapa le lanceur Thornax du Skrall, et avant que qui que ce soit ne puisse réagir, tira, frappant la paroi rocheuse à droite, rechargea et tira à nouveau, cette fois sur la paroi à gauche. Les deux tirs causèrent une avalanche, emportant des rochers directement sur la caravane et son escorte. Les Skrall s'enfuirent devant l'avalanche. Gresh sauta droit dans son fauteuil et cria : « Avance, Kirbold ! »

L'Agori prit les reines, et fit courir le Spikit à pleine vitesse, comme n'importe qui dans sa situation l'aurait fait. Les rochers tombent sur la caravane des deux côtés, rendant la route pour échapper aux Skrall encore plus étroite.

« On doit aller plus vite ! » cria Tarduk.

« On ne peut pas ! » répondit Strakk, essayant d'être sarcastique. « On conduit un chariot avec quelques tonnes d'Exsidian. Comment pourrait-on aller plus vite ? »

« Allez ! » cria Gresh. « Au moins on gagne du terrain. »

« Vaut mieux arrêter de parler ! » grogna Strakk, massant la bosse laissée à sa tête par le coup de Gresh. « La prochaine fois que tu utilises un plan alternatif, tu devrais le partager avec moi ! »

Strakk prit le Lanceur Thornax à Gresh et se tourna vers l'arrière. Il le pointa vers le rocher qui roulaient derrière eux et tira. Les rochers se brisèrent, créant une autre douche de pierres. Malheureusement, à ce moment le flanc entier de la colline se détacha, formant un gigantesque morceau de rocher qui roulait rapidement vers la caravane.

« Ça va vers la caravane ! » cria Tarduk.

Le Spikit s'arrêta et se tint près du convoi, le bloquant presque, mais réussit à cacher Strakk et Kirbold. Gresh laissa son Arpenteur, attrapa le siège du cavalier et le plaça sur le convoi. Tarduk plongea dans le chariot. Pendant qu'il faisait cela, une vague de rochers frappa le convoi, mais lorsqu'ils entrèrent en collision avec le siège du cavalier, ils furent poussés sur le côté. Un moment plus tard, c'était fini. Là où se tenaient des Agori et des Glatorian, il y avait maintenant une pile de rochers. L'air était lourd à cause de la poussière de rochers. Le silence suivit. Les Skrall, qui en avaient réchappé en vie, s'approchèrent. Un simple regard suffisait à comprendre qu'il était impossible de retrouver quelque chose dans la grosse pile de pierres.

« Maintenant qu'est-ce qu'on va dire à Tuma ? » demanda un Skrall.

« Rien », dit le chef. « Il n'y avait pas de convoi. Personne ne l'a vu. Si quelqu'un demande ce qui leur est arrivé, nous dirons que c'était accident... juste un autre événement dans un voisinage dangereux. »

Les Skrall observèrent la hache et le bouclier qu'ils avaient dans leurs mains - les armes de Gresh et Strakk. Après un peu de réflexion, ils les jetèrent sur les debris.

« On n'en a pas besoin, ils ne sont plus utiles. »

Partie Trois

Strakk ne voyait rien. Strakk ne pouvait pas respirer. Bien sûr, il devait en être sûr à cent pour cent... mais il sentait que ça ne sentirait pas bon.

Je le mérite, pensa-t-il. C'est la dernière fois que je ferais quelque chose pour les autres. J'ai le cœur tendre. C'est mon problème. Assez ! C'est fini ! Je deviendrai champion de l'arène, ne prendrai jamais un nouveau travail de ma vie, peu importe ce que je fais.

Il serra ses poings et frappa quelque chose fort. Quelque chose attrapa son poignet et le tira. Strakk fut soulagé lorsqu'il toucha le sol. Lorsqu'il regarda, il vit une lumière pâle autour de la poussière, formant une silhouette familière. La poussière soulevée par la chute le força à tousser violemment.

« Très bien », demanda Strakk après un moment. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Tu le demandes ? » répondit Gresh, en colère. « Ton tir a déclenché une avalanche. Nous sommes tous tombés de la pente. »

« Mais je suis vivant, non ? » murmura Strakk, se levant. « Si ce n'était pas le cas, je serais là où vont les bonnes âmes. Je ne crois pas que ce soit cet endroit. »

« L'avalanche nous a poussé contre la paroi de la ravine. Ensuite j'ai vu l'ouverture d'un tunnel dans la roche », dit Tarduk. « On l'a traversée puis l'entrée a été bloquée par des rochers. »

« Et la caravane ? Et l'Exsidian ? » dit Strakk, alarmé. « Si l'Exsidian est perdu, je ne recevrai pas ma paye et toute cette expédition aura été une perte de temps. »

« Le Spikit a un peu souffert, mais le chariot est plein », dit Kirbold. « Heureux que tu ai demandé. »

Pendant que Tarduk parlait, Gresh retourna à l'entrée. Elle était bloquée. En poussant avec toute sa force, il tenta de bouger les rochers, mais sans succès.

« Même si c'était ouvert, l'autre côté serait bloqué par les débris et les rochers. Je préférerais ne pas sortir par là. »

Tarduk alluma une torche, illuminant le sombre corridor.

« Y a-t-il une autre option ? »

Strakk s'avança, examinant avec attention les murs. La roche était polie et parfaitement lisse. Il cherchait une seconde sortie, et s'il y en avait une, elle n'était pas située quelque part au plafond, donc grimper n'était pas une option. Il marcha un peu, cherchant des égratignures, des fissures, ou quoi que ce soit qui indique la présence d'une porte, mais à cause du peu de lumière de la torche que Tarduk avait, il ne trouva rien.

« Où est-ce qu'on va maintenant ? » demanda Strakk.

« Ce n'est pas un tunnel naturel » dit Gresh. « Quelqu'un l'a créé. Mais pourquoi ? Et où mène-t-il ? »

« Et bien », soupira Tarduk. « Il semble que quoi qu'on fasse, on devra suivre ce chemin... Ou peut-être que vous préféreriez rester là jusqu'à la fin de vos jours ? »

Tout le monde respira lorsqu'ils découvrirent que le couloir était assez large pour que la caravane passe. D'après les calculs de Kirbold, le couloir devait aller à peu près de l'est à l'ouest, correspondant presque à la route établi pour le voyage. Bien sûr, s'il avait tort, et que le tunnel ne suivait pas cette direction, il traverserait sans doute les Sombres Chutes et finirait dans les territoires de l'est. Ce qui n'était pas une option. Ils savaient tous que les voyageurs vers là-bas, même les Skrall, n'étaient jamais revenu. La torche de Tarduk était la seule source de lumière du couloir. Ils n'avaient toujours pas rencontré de pancarte, de flèche, ou d'autre indication d'où ils se trouvaient, ou d'où ils allaient. Tarduk se demandait aussi pourquoi il n'y avait pas de signes de vie. Il ne faisait aucun doute que des chauve-souris des sables avaient dû creuser des trous pour entrer. S'il y avait une autre sortie, elle serait fermée. Pendant un moment, Tarduk regretta que les tribus de Bara Magna ne soient pas liées à leurs éléments sources. Si c'était le cas, la Tribu de la Jungle contrôlerait la végétation. Et la Tribu de la Glace contrôlerait la glace. Strakk pourrait geler les rochers bloquant la sortie et les briser en deux d'un coup de sa hache. L'illusion était appréciable, mais il valait mieux que ce soit impossible. Il y avait presque 100 000 ans, des guerriers comme Strakk avait combattu lors d'une guerre majeure sur la planète. Tarduk préférait ne pas penser à ce qui se serait passé s'ils avaient la capacité de contrôler les éléments à l'époque.

« Hé, regardez », dit Gresh, « Qu'est-ce que c'est ? »

Les signaux inscrits sur le mur brillaient fortement à la lumière de la torche. Une série de cercles avec des lignes avec différents angles, formant d'étranges inscriptions. La bouche de Tarduk forma un sourire.

« J'ai déjà vu quelque chose comme ça ! » dit-il, se ruant vers le mur pour voir les symboles de plus près. « J'ai trouvé ces symboles dans des ruines ! »

« Excellent », dit Strakk. « J'espère que ce symbole, c'est : « Sortie » »

« Je ne sais pas ce qui est écrit. Je ne peux pas le lire. » dit Tarduk. « Mais vu où je les ai trouvés... je pense... »

« Crache-le ! » grogna Strakk.

« ... Je pense que ça a quelque chose à voir avec les Grands Êtres... » termina Tarduk dans le silence.

« Et bien c'est merveilleux », dit Strakk étonné en frottant sa tête. « Juste parfait. Ça ne peut pas être mieux. À moins que tu vois de la lave dans les parages... »

« C'est... une bonne nouvelle. » dit Gresh.

« Tu sais quoi ? Je crois que j'ai laissé une torche allumée chez moi », murmura Kirbold. « J'aimerai faire demi-tour. »

Tarduk comprenait parfaitement ses coéquipiers. Même si personne n'avait rencontré un Grand Être face à face, tous les connaissaient. De nombreux gens se souvenaient qu'ils avaient fait de Bara Magna un monde avancé technologiquement. Cependant, la vaste majorité d'entre eux les blâmait pour la catastrophe qui avait frappé le monde. Pourquoi ils avaient disparu, Tarduk ne le savait pas - au fil du temps, ils étaient devenus une légende. Cependant, il n'y avait pas à douter d'une chose : les Grands Êtres avaient commis un acte terrible, mais ce n'était pas important. La conséquence de leur négligence avait été un désastre tragique. Depuis lors personne n'avait entendu parler des Grands Êtres. Personne ne voulait d'eux, mais il était difficile de seulement imaginer que les rencontrer soit simple. Tarduk avait fait plusieurs tentatives de trouver les Grands Êtres par le passé, mais le chef de sa tribu lui avait interdit de chercher, considérant ses tentatives comme une « perte de temps ». Mais il n'est pas là maintenant, pensa Tarduk. Peut-être que maintenant, je vais finalement apprendre quelque chose sur eux.

« Pourquoi les Grands Êtres creuseraient-ils un tunnel dans les montagnes ? » demanda Gresh.

« Pour atteindre l'autre côté de la montagne ? » supposa Strakk d'un ton rempli d'espoir.

« Peut-être que les Grands Êtres ont créé cet endroit... et ont laissé un garde ? » suggéra Tarduk. « Il pourrait être là, maintenant. »

« Après cent mille ans ? S'il te plaît ! » rigola Strakk.

Soudain, le son d'un écho résonna dans le hall - un son creux, comme celui d'un plafond qui cède et tombe. Tout le monde sursauta.

« Quelqu'un est là », murmura Kirbold.

« Quelque chose ne va pas » dit Gresh, sans élever la voix. « Je vais voir. »

Avant que Strakk ne puisse protester, Gresh avança. Quelques pieds plus bas, le sol semblait différent. La surface lisse était remplacée par des milliers d'anciennes pierres. Sur les murs se trouvaient plus de symboles. Sur les murs se trouvaient plus de symboles. En continuant, il entendit d'étranges bruits, un grattement et un léger sifflement d'air. Les nerfs de Gresh étaient poussés à leur limite.

« Gresh ! » cria Tarduk. « Le sol bouge ! »

Gresh regarda en bas. Tarduk avait raison. Les « pierres » de la route étaient en fait des Scarabax. L'essaim couvrait le sol du couloir de mur à mur. Lorsque les scarabées étaient petits, cela ne posait pas de problème - ils pouvaient être facilement écrasés. Mais les coquilles des Scarabax adultes étaient aussi dures que l'acier. Gresh recula rapidement. Cela troubla les insectes. Si son mouvement avait été plus violent, après cinq secondes, on n'aurait plus entendu parler de lui. Soudain, il entendit un rugissement dans le tunnel sur le côté. Elle volait droit vers lui, une Chauve-Souris des Sables. Chez tous ceux qui avaient traversé le désert, les Chauve-Souris des Sables déclenchaient horreur et panique. C'étaient de grands prédateurs avec un corps de serpent et des ailes de chauve-souris, qui sautaient soudainement du sable et emportaient rapidement leurs victimes dans les profondeurs du désert. En plus des scarabées, Gresh avait un autre problème ; la Chauve-Souris avait faim. Gresh trébucha et retomba dans l'essaim d'insectes. Kirbold et Tarduk s'approchèrent pour aider Gresh. Strakk hésita un moment mais les suivit. Il savait qu'il devait sauver son compagnon car s'il ne le faisait pas... il ne serait qu'un autre repas. La Chauve-Souris des Sables bondit sur Gresh. L'esprit du Glatorian allait à toute vitesse, se souvenant des gens, des visages de ses amis, Kiina et Vastus... Gresh ferma instinctivement ses yeux lorsque la Chauve-Souris des Sables se rua vers lui, montrant ses dents. Durant un moment, il ne put rien voir, seulement entendre un bourdonnement furieux, puis, soudainement un tintement. Le bruit noya tous les autres sons, sauf... le cri désespéré de la Chauve-Souris des Sables.


Fero arrêta sa monture. Il voulait voir cet endroit de près. Il y voyait un mystère intéressant. Fero appartenait à la tribu des Fossoyeurs. Il était un des meilleurs, mais récemment, les cibles l'évitaient. L'attaque du village de Vulcanus s'était terminée par un échec - une poignée de Glatorian s'était opposée. Il n'était pas sûr de comment c'était arrivé, mais il s'était humilié auprès de sa tribu. Sa fierté ne le laisserait pas sortir de ça sans conséquences. Peu après le raid échoué, il avait quitté son camp. Il n'avait pas l'intention de pourchasser ou de piller des caravanes Agori, non, Fero voulait traquer une proie plus juteuse – les Glatorian qui l'avaient vaincu il y a quelques jours. Il avait promis de les poursuivre un par un. Sa revanche s'arrêterait lorsque le sable du désert les aurait tous consumés. Fero suivait la piste de Strakk depuis qu'il avait quitté Iconox. Il voulait attendre la tombée de la nuit, pour attaquer et détruire le Glatorian, laissant son couteau dans la chair de Strakk, en avertissement pour les autres. Cependant, en surveillant il avait découvert que Strakk était avec le Glatorian Gresh et qu'ils avaient un chargement d'Exsidian. Le sort lui avait donné l'opportunité de vaincre deux ennemis et d'obtenir une récompense substantielle en un coup. Il lui fallait un plan. Même le Fossoyeur le plus expérimenté ne risquerait pas d'affronter deux Glatorian, à moins d'avoir une chance. Les deux Glatorian étaient partis pour un long voyage, Fero attendait le bon moment pour les prendre par surprise. Les Montagnes du Pic Noir avaient fait d'eux une cible facile, mais les Skrall avaient interféré. Furieusement, il observait le groupe de guerriers escorter leurs victimes avec leur cargaison de valeur vers le village de Roxtus. Ensuite il y avait eu la tentative d'évasion qui s'était terminée avec une avalanche et les Skrall survivants voyant leur proie morte. Ils laissèrent les débris - la tombe présumée de deux Glatorian, deux Agori, et plusieurs tonnes d'Exsidian - Fero comprenait pourquoi les Skrall ne croyaient pas que qui que ce soit pouvait avoir survécu à la catastrophe. Cependant, quelqu'un lui avait dit que les apparences sont trompeuses. Peut-être que l'instant des Fossoyeurs, entraîné durant des années dans les étendues sauvages, l'avait mené à conclure que Gresh et Strakk étaient toujours en vie. Bien sûr, il n'avait pas vérifié cela en creusant des tonnes de rochers, ce type de travail n'était pas le type d'activité favori de Fero. De plus, les Skrall pouvaient revenir n'importe quand. Ensuite, Fero eut une bonne idée. Le seul moyen d'éviter la mort dans une avalanche était d'être dans une caverne. Les cavernes de montagne avaient souvent une seconde sortie, et peut-être que la route que les Glatorian prenaient en avaient aussi une. Fero avait l'intention de la trouver et des les attendre. Fero fit tourner sa monture et quitta la route. Il savait où aller. Une fois Strakk et Gresh entre ses mains, sa défaite à Vulcanus serait vengée.


Gresh ouvrit ses yeux. L'essaim de Scarabax sortait du sol comme une tornade miniature et s'était envolé vers la Chauve-Souris des Sables. Pendant un moment, la bête avait disparu dans un épais nuage noir. Et lorsque le nuage disparut, là où les Scarabax avaient été, avec la Chauve-Souris des Sables, Gresh remarqua qu'il ne restait rien de la créature. Rapidement, les scarabées s'éparpillèrent et Gresh, toujours choqué, se releva.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda Gresh précipitament, en vérifiant qu'il n'y avait pas de scarabée attaché à son armure.

« Tu es allé tout droit dans un essaim de Scarabax. C'était stupide », expliqua Strakk. « Ensuite tu es tombé au milieu d'un essaim de Scarabax. C'était aussi stupide. Les Chauve-Souris des Sables sont plus saines d'esprit que toi. »

Gresh serra les dents, se réfrenant difficilement de ne pas répondre à Strakk.

« Et qu'est-ce que j'ai mal fait ? »

Kirbold intervint, empêchant Strakk d'empirer les choses.

« Les Scarabax réagissent aux mouvements soudains. Lorsque tu es tombé... ça n'a pas été aussi violent que la Chauve-Souris des Sables. Faire battre ses ailes a attiré leur attention, donc ils t'ont oublié et lui ont sauté dessus. »

« Alors pourquoi se sont-ils enfuis ? »

« Qui sait, peut-être qu'ils voulaient faire une sieste après leur repas ? Au moins ils sont partis », soupira Tarduk.

« Ah, mais ce n'est pas le plus important... » soupira Strakk.

« Non ? Alors qu'est-ce que c'est ? Éclaire-moi », répondit Kirbold, curieux.

« Les Chauve-Souris des Sables ne vivent pas dans des couloirs souterrains. » La voix de Strakk trahissait l'impatience. « Elles vivent dans le désert, enterrées sous le sable et chassant tout à la surface. Dans des endroits comme ça, il n'y a pas de nourriture pour elles. Tu comprends ? »

« Elles sont venues de l'extérieur comme nous », supposa Gresh. « Sauf que cette Chauve-Souris des Sables a fui de l'autre côté, et ça veut dire... »

« ... Ça veut dire qu'il doit y avoir une sortie ! » conclut Kirbold. « On doit juste la trouver ! »

« Et bien, sage homme », dit Strakk. « Peut-on faire ça avant que ces punaises reviennent ? »

L'équipe continua dans le couloir. Le couloir tournait, montait et descendait, mais Tarduk était plus intéressé par les inscriptions sur les murs, attendant de les revoir plus tard. Il n'avait toujours aucune idée de ce qu'elles pouvaient vouloir dire. Il ne pouvait dire si c'était des symboles ou des nombres, marchant trop vite et n'ayant pas le temps de bien voir.

« Je pense que je vois quelque chose », dit Kirbold. « Là, juste devant nous. »

Tarduk regarda dans les ténèbres. Kirbold avait raison - loin devant eux se trouvait une faible lueur. Sans réfléchir, Gresh alla dans cette direction. Kirbold fit avancer le Spikit plus vite pour garder le rythme.

« Qu'est-ce que c'est ? » cria Strakk. « Une porte ? C'est la sortie ? »

Gresh descendit le corridor. Par une mince fente au milieu du couloir, il y avait un petit rayon de soleil. Touchant le mur des deux mains, Gresh tenta de trouver un bouton ou un levier pour l'ouvrir.

« Je pense » répondit-il « Si seulement on pouvait le trouver... Je l'ai ! »

Le Glatorian poussa une pierre carrée légèrement dans le mur. Après un moment, ils entendirent l'écho d'un vieux mécanisme métallique s'activant. Cependant, il n'ouvrait pas une porte. Quelque chose d'autre de complètement inattendu arriva.

« Ça n'a pas l'air bon... à moins que notre chance change », dit Strakk.

Tarduk sauta de la caravane. Strakk avait raison, les murs du couloir commençaient à se rapprocher l'un de l'autre. Leurs calculs n'indiquaient rien de bon non plus. Au rythme où les murs bougeaient, ils n'avaient que cinq minutes à vivre avant que les murs ne les écrasent. Gresh et Strakk repoussaient désespérément les murs en cherchant quelque chose qui pourrait arrêter les murs de se déplacer. Cependant, ils ne trouvèrent rien. Kirbold se rua pour aider, ignorant les murmures du Spikit, qui, par nature, était terrifié des espaces clos. Tarduk continuait à chercher un autre bouton sur le mur. Dans le même temps, il suivait les signes sur les murs. Il était sûr qu'ils cachaient une suggestion pour les aider à sortir de ce problème. Tous avaient une forme circulaires. Un grand nombre d'entre eux avaient des lignes à l'intérieur, d'autres de plus petits cercles. Certains étaient des mots, mais il ne pouvait pas en identifier le moindre. Ce n'était pas un langage qu'il connaissait.

Attends, attends, pensa-t-il. Ce symbole ici... est-ce possible ?

Un signe était éloigné des autres - un simple cercle, sans autre ligne ou autre motif au milieu. A priori, associé avec zéro ou la lettre « O ».

Cela ne pouvait pas être aussi simple, pensa-t-il, avant d'hésiter. « O » est « ouvrir » ?

Tarduk sauta et frappa le symbole. La pierre bougea ! La roche qui bloquait la route bougea lentement sur le côté, et le couloir se remplit de lumière. Les murs continuaient à se rapprocher, mais une sortie était ouverte.

« Courrez ! » cria Tarduk.

Kirbold prit les reines et tira le Spikit vers la sortie. Derrière le chariot courrait Tarduk, immédiatement suivi par Gresh et Strakk. Peu après qu'ils aient quitté le tunnel, ils entendirent le son des murs du couloir se toucher derrière eux.

« Ouf ! Pour un peu... » commença Strakk.

« Tais-toi ! » chuchota Gresh. « Il vaudrait mieux observer les alentours. »

Ils étaient au pied des montagnes. Ils pouvaient voir les montagnes donner naissance au désert, et les eaux sombres de la Rivière Skrall tomber bruyamment. La route à travers les Montagnes du Pic Noir était finie.

« C'est bête que l'on ne puisse plus utiliser le chemin qu'on a utilisé pour passer », dit Kirbold. « Et bien, à moins d'être... très mince. »

Gresh se tourna, ayant entendu l'impact du métal sur la roche. Quelques secondes plus tard quelque chose tomba des rochers au-dessus d'eux et atterrit bruyamment à ses pieds. Devant eux se tenait le corps d'un Fossoyeur. Gresh s'approcha prudemment.

« C'est Fero », dit Gresh, étonné.

« Il est mort ? » demanda Strakk.

« Il est toujours vivant, mais méchamment blessé. Apparemment, quelqu'un l'a battu assez violemment. »

« Mais regarde-le, c'est un Fossoyeur. Qui pourrait lui avoir fait ça ? » demanda Tarduk, surpris.

La réponse vint rapidement. Le quatuor était encerclé par un groupe de féroces Vorox. Au milieu du cercle silencieux apparut un puissant guerrier en armure rouge. Strakk et Gresh le reconnurent facilement. C'était Malum.

« C'est nous », dit Malum. « Et la seule question est est-ce qu'on devrait vous faire la même chose ? »

Partie Quatre

Une des premières choses que Strakk avait appris en tant que Glatorian était de « lire la situation ». Son adversaire était-il confiant ou craintif ? Était-il admiré par votre audience ou pas ? Est-ce que les caractéristiques de l'arène pouvaient être utilisées pour gagner un avantage ? Ces questions devaient avoir leur réponse avant que le chef du village annonce le début du combat. Cette technique était utile pour garder le silence et organiser ses pensées. Ça permettait d'oublier la peur et de se concentrer sur le défi qu'il avait à affronter. La situation lui permettait maintenant de cacher sa peur. Mais en considérant tous les faits, options, et facteurs de risque... Strakk était prêt à paniquer. Étant encerclé par des Vorox, Strakk pensait que c'était une émotion qu'on pouvait pardonner.

« Et qu'est-ce que je devrais faire maintenant ? » dit Malum. « J'ai beaucoup de Vorox à nourrir. »

« Ok, je vais tout te dire », dit Gresh. « On veut juste continuer. On veut juste atteindre Vulcanus. Prend nous ce que tu veux, mais laisse-nous continuer. »

« De quoi parles-tu ? » murmura Strakk. « Il va prendre l'Exsidian ! »

Malum rit. « Je vais écouter Strakk. Nos sens dans le désert sont très aiguisés. Nos vies en dépendent. »

« Écoute cela... » dit soudainement Gresh, pointant son lanceur. « Je suis plutôt bon au tir. Si un de tes Vorox nous tire dessus... Je ferais pareil sur toi, Malum. Ils pourraient nous vaincre, mais tu mourrais d'abord. »

Le ton de la voix de Gresh causa de l'anxiété parmi les Vorox. Plusieurs d'entre eux commencèrent à grogner de manière menaçante, agitant leurs queues, prêts à attaquer.

« Silence, l'agression n'est pas la réponse », répondit Malum, indigné. « Je suis venu ici pour tuer un petit groupe de vieux amis. »

« Qu'est-ce que je disais ? » murmura Strakk dans un souffle.

« Je ne veux pas votre Exsidian. Pourquoi l'utiliserais-je ? Les Vorox ne font pas d'outils. Ce que nous ne pouvons pas manger, boire, ou utiliser pour nous battre n'est pas utile. Pour moi non plus. »

« Qu'est-ce que tu veux ? » dit Gresh.

« Les Skrall ont quelque chose qui m'appartient » dit calmement Malum. « Je veux le récupérer. »

Strakk rit. « C'est tout ? Ils ont l'armée la plus forte de Bara Magna, tu veux qu'on frappe à leur porte et demande un remboursement ? Alors amuse-toi avec ça, et je ferais pareil avec tes Vorox. »

« Tais-toi, Strakk ! » coupa Gresh. « Qu'est-ce que tu veux dire, Malum ? Pourquoi es-tu ici ? Les Vorox vivent dans les Dunes de la Trahison. Les Skrall ne sont pas entrés sur ce territoire. »

Malum grimpa sur un rocher. Deux Vorox quittèrent le cercle et attrapèrent Tarduk et Kirbold. Strakk et Gresh voulaient contre-attaquer, mais ils étaient coupés.

« Pathétiques héros. Je vais m'assurer que vos amis ne nous quitterons pas sans dire au revoir. Je ne voudrais pas qu'une telle chose arrive, n'est-ce pas ? Concernant ta question, Gresh... les Fossoyeurs ont récemment attaqué un de nos camps. On a réussi à les battre, mais ils ont volé une épée. Ensuite, ils l'ont vendu aux Skrall. Nous sommes venus la récupérer, mais puisque vous êtes là vous pouvez nous faire cette faveur. »

« Tu es fou ! » cria Strakk.

Les yeux de Malum brillèrent de colère.

« Non ! Je suis entouré d'amis qui veulent vous mettre en pièces ! Je suis celui qui décidera du sort de vos deux petits et de votre Exsidian ! Donc je vous conseille de réfléchir à comment vous allez récupérer mon épée avant que mes Vorox ne perdent patience. »


Gresh et Strakk observaient la cité Skrall depuis une cachette. Il faisait nuit, mais Roxtus était toujours en mouvement, comme une ruche. Les soldats montaient la garde, ou retournaient à la cité. Les Agori surveillaient ou réparaient des armes. Depuis l'intérieur des murs, ils pouvaient entendre le son de guerriers s'entraînant.

« J'ai un mauvais sentiment à propos de ça », dit Strakk.

« Je sais », dit Gresh. « Tu l'as déjà dit trois fois. »

« Il y a au moins une centaine de Skrall ici », continua Strakk. « Sans mentionner cet Agori avec les épées brillantes, que je n'ai jamais vu de ma vie. Les murs sont épais de deux pieds, probablement pour arrêter une grande armée, et quelque soit la manière, je ne vois pas d'invitation pour deux Glatorian. »

« Et bien », finit Gresh, « ça veut dire qu'ils ne s'attendent pas à nous voir. »

« Et comment est-ce qu'on entre, génie ? »

Gresh regarda vers le désert. Une caravane remplie d'Agori de la Roche s'approchait de la cité. Chaque wagon était tiré par un Spikit à deux têtes, avec une torche à l'avant pour le signaler.

« Ils transportent probablement de l'eau et de la nourriture, » dit Gresh. « Il suffit d'entrer dans un chariot et de passer la porte. »

« Est-ce que j'ai dit que j'ai un mauvais sentiment à propos de ça ? » demanda Strakk.

Les deux Glatorian coururent vers les chariots. Ils étaient hors de portée des torches sur les murs de la cité, et donc invisibles pour les gardes. Ils virent un petit groupe de Skrall retourner à leur ronde, mais au dernier moment ils réussirent à se cacher derrière une dune. Lorsque la caravane passa, Strakk puis Gresh grimpèrent sous le wagon. Lorsque le véhicule s'arrêta, il utilisa une corde pendant de l'arrière du véhicule et se cacha à l'intérieur. Personne ne pouvait les voir à moins de regarder délibérément sous le chariot. Gresh avait une tâche plus difficile : se cacher sous le reptile. Se déplaçant rapidement vers lui, il pria pour que le Spikit ne soit pas affamé et ne le prendrait pour un repas potentiel, puis il atteignit la cachette de Strakk, se cachant sous le wagon avec son compagnon. Une fois la porte atteinte, l'ouvrir fut plus long qu'ils ne s'y attendaient. Les muscles de Gresh brûlaient à cause de l'effort requis pour rester près du sable. Lorsqu'il entendit la voix du garde - un Agori nommé Atakus - permettre l'entrée à la caravane, il fut soulagé. La première partie de la mission était un succès. Les wagons s'arrêtèrent. Les Glatorian quittèrent la caravane et se cachèrent dans les ombres, se cachant des gardes Skrall qui s'approchaient. Ils attendirent jusqu'à ce que les cargaisons aient été déchargées, puis entrèrent dans la cité.

« Est-ce que tu as une idée d'où chercher ? » demanda Strakk.

« Je pense » dit Gresh. « Le plus grand bâtiment de la ville, l'épée de Malum doit être du butin de guerre. Ce genre de choses doivent être gardées dans un endroit sûr. »

« Seulement un garde devant... et à moins que tu ne saches comment t'en débarrasser », Strakk attrapa un morceau de chaîne rouillée qui se trouvait au sol. « Ficelle ça autour de tes mains. »

Ils se rendirent au bâtiment avec les mains enchaînées. Ils marchaient lentement, penchés, avec leurs têtes entre leurs bras.

« Qu'est-ce que vous faîtes là ? » dit le garde. « Vous devez rester dans vos cellules. Il n'y a pas de combat aujourd'hui. »

« Oh oui, » dit Strakk. « J'ai oublié. »

Le Glatorian se rua vers l'Agori surpris. Strakk fit taire l'Agori d'un coup, l'assommant.

« Bon travail », admit Gresh, jetant la chaîne. « Où as-tu appris ça ? »

« J'ai appris à mentir et à tromper, avec l'entraînement », grimaça Strakk. « Deux choses que les Glatorian pratiquent régulièrement, n'est-ce pas ? »

« Alors commence à regarder aux alentours », dit Gresh. « Lorsque l'aube arrivera... »

« ... Il faudra qu'on soit hors de la ville. Je sais. »

Les Glatorian se séparèrent pour chercher efficacement dans la pièce. Dans aucun autre village ne se trouvait un bâtiment comme celui-là. La Tribu de la Roche n'utilisait pas la pièce pour dormir, ou manger, ou stocker des fournitures. Apparemment, tous leurs trésors étaient rassemblés là. Gresh remarqua une carte de Bara Magna placée sur une grande table. Était-elle utilisée comme source d'informations, ou était-ce un plan de guerre ? Ce fut Strakk qui trouva le trésor. Il y avait beaucoup de choses différentes. Certaines d'entre elles - des casques, des armures, et autres qui avaient disparu depuis longtemps - étaient faciles à reconnaître. D'autres, il les voyait pour la première fois de sa vie. L'épée de Malum était sous une pile d'objets qui lui étaient inconnus, entourée de six pierres avec des symboles, qui n'avaient aucune importance. Strakk voulait prendre tout ce qu'il pouvait. Mais, après avoir réfléchi un moment, il abandonna rapidement l'idée. Il n'avait rien contre voler les Skrall, mais cela rendrait considérablement plus dur leur évasion. Strakk observa sa découverte. L'épée était unique. Son ornementation élaborée ressemblait à une flamme. L'épée était faite d'Exsidian et la poignée était sculptée dans la roche volcanique. Pas la peine de se demander pourquoi Malum voulait récupérer une arme aussi magnifique. Il devait y être attaché, vu que même son nom était écrit sur la poignée. Mais quelque chose n'allait pas. Strakk observa l'épée de plus près. L'inscription sur l'épée indiquait... « Ackar ».

Whoa, Malum est un voleur, pensa Strakk. Il avait osé voler l'épée de son frère Glatorian Ackar, et lorsque les Fossoyeurs l'ont volé, il nous a demandé de la voler pour lui Est-ce qu'il a frappé Ackar dans le dos par dépit ?

« Tu l'as trouvé ? » demanda Gresh, entrant dans la pièce, et une grande épée dans sa main. « J'ai pensé que ça pourrait être utile, pour récupérer l'arme. »

« Bien sûr que je l'ai trouvé... regarde », Strakk montra à Gresh l'inscription sur l'épée. « Maintenant qu'est-ce qu'on va en faire ? »

« On la rend à Ackar », répondit Gresh sans hésiter.

« Peut-être qu'il nous donnera une récompense », proposa Strakk. « Mais de l'autre côté, si on la donne à Malum, peut-être que les Agori vivront assez longtemps pour revoir Vulcanus. »

« D'abord, on doit quitter Roxtus », dit Gresh.

« J'ai vu quelque chose qui pourra aider », dit Strakk. « Donne moi l'épée. »

Les deux Glatorian quittèrent le bâtiment silencieusement. Gresh suivit Strakk jusqu'à un endroit puant, ce qui était généralement le cas des Enclos à Spikit.

« Les Skrall ont une faiblesse pour les monstres à deux têtes » chuchota Strakk. « Probablement parce que ce sont les seules choses plus laides qu'eux. Voyant voir s'ils aiment qu'ils soient en liberté. »

Strakk brandit sa hache, brisant les portes d'un seul coup. Voyant la structure ouverte, les animaux hésitèrent, mais après un moment, ils commencèrent à courir dans la cité. Arrêter une horde de Spikit ne serait pas un problème pour les Skrall. Bloquer quelques rues, tuer quelques Spikit, et ils pouvaient être rapidement et facilement contrôlés. Malheureusement, les Agori avaient oublié de les nourrir. Les Spikit affamés dévoraient tout ou tout le monde, à portée de leurs griffes. Une douzaine de Spikit libres et furieusement affamés courrait dans le village. Le chaos engouffra la cité. Les Agori courraient en panique pendant que les Skrall utilisaient des Lanceurs Thornax pour tenter d'arrêter les créatures. Gresh vit l'un d'entre eux trébucher et tomber devant la horde. Il ne se releva pas. Prenant avantage du chaos, Gresh et Strakk escaladèrent un mur près de la porte de la cité. La porte fermée empêchait les Spikit et les Glatorian de s'échapper. De l'autre côté, Atakus était toujours de garde, avec l'ordre de les attaquer. Strakk sauta sur lui par au-dessus, l'étourdissant puis il posa le garde assommé contre un mur. Les Glatorian coururent dans le désert aussi vite que possible. Ils s'arrêtèrent pour respirer lorsqu'ils furent à une distance sûre de la cité Skrall.

« Est-ce que tu penses que c'était trop simple ? » songea Gresh.

« Ne t'inquiètes pas. Nous avons une épée, et avons laissé quelques Spikit apprécier un repas. Et en plus, pourquoi devrions-nous nous inquiéter des Skrall ? Tu penses qu'ils vont vouloir récupérer cette épée ? »

Gresh soupira. Peut-être qu'il s'inquiétait trop. Cependant, il avait un mauvais sentiment.

« Donne-moi cette épée. »

La lumière de la lune ne suffisait pas pour voir, mais tout ce dont il avait besoin était de vérifier l'épée. L'épée n'avait rien de spécial, mais à la base de la poignée, Gresh sentit une petite dépression atypique. Lorsqu'il la pressa, un petit compartiment s'ouvrit, avec un petit objet en métal.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Strakk. « De l'Exsidian ? Des Cristaux de Glace ? Dis-moi ! »

Gresh le regarda un bon moment avant de le reconnaître. Soudain, il le jeta dans le sable et l'écrasa avec son talon.

« Qu'est-ce que tu fais ? » protesta Strakk. « Cette chose aurait pu avoir de la valeur ! »

« Nos vies valent plus. » dit Gresh. « Il vaudrait mieux qu'on parte. »

Ils coururent. Gresh observait parfois anxieusement derrière lui pour voir si quelqu'un les pourchassait. Mais il ne vit pas de Skrall les suivre hors de la cité.

« J'ai déjà vu quelque chose comme ça auparavant », dit Gresh en courant. « Dans le désert, j'ai vu un Agori fuir quelque chose. Il avait un collier en métal. il marmonnait quelque chose à propos d'être réduit en esclavage par les Skrall... en tout cas ça semblait fou. J'ai pris le collier et j'ai vu un objet au milieu. Il envoyait un signal... »

« Un dispositif de pistage », conclut Strakk. « Mais pourquoi y en aurait-il un sur l'épée ? »

Gresh grimpa sur quelques rochers. Il vit les Skrall s'approcher de l'endroit où il avait détruit le transmetteur. Même avec des chances moindres qu'auparavant, ils continuèrent à les pourchasser, suivant les traces dans le sable. Cependant, la lumière du jour serait nécessaire pour trouver les empreintes appartenant aux pieds armurés de Strakk et Gresh.

« Les Fossoyeurs ont vendu l'épée aux Skrall. Je ne crois pas qu'ils sachent ce qu'ils avaient accompli », se questionna Gresh. « Peut-être qu'ils pensaient que les Fossoyeurs l'avaient prise à Ackar, et qu'il viendrait la récupérer. Peut-être que c'était un piège pour Ackar. »

« Mais pourquoi seraient-ils intéressés par lui ? Ackar était un champion de l'arène, mais je n'ai plus beaucoup entendu parler de lui dernièrement. Je n'ai aucune idée de pourquoi quelqu'un serait intéressé par lui. »

« Peut-être que c'est un plan pour entraîner les capacités de chasse des Skrall... » dit Gresh.

Ils réussirent finalement à atteindre le camp des Vorox. Ils ne voyaient personne les suivre. Se rappelant que les Vorox avaient un bon sens de l'odorat, ils repérèrent une grotte sous le vent. Ils escaladèrent une petite colline près du camp et se cachèrent dans la petite grotte. Au camp, Malum se tenait près de la caravane et des deux Agori.

« Il faut aussi qu'on sauve les Agori », rappela Gresh. « Tu t'occupes de Malum pendant que je distrais les Vorox. »

Gresh s'approcha de quelques pierres brillantes au fond de la grotte. Leur éclat signifiait que les pierres étaient un minerai qui émettait de la lumière. Gresh brisa les pierres, et couvrit son armure avec la poussière. Après un moment, il commença à briller dans le noir.

« Donne-moi une minute, puis occupe-toi de la caravane » dit Gresh avant de s'éloigner.

Strakk occupait une bonne position, et attendit le bon moment. Soudain, il entendit un cri si horrible qu'il en sauta de peur. Gresh était aussi brillant que les étoiles lorsqu'il sauta de derrière un rocher et courut dans le camp. Les Vorox s'enfuirent. Superstitieux par nature, ils le prirent pour un fantôme revanchard qui avait décider de rester dans le désert. Malum ne fut pas trompé. Gresh dispersa les Vorox terrifiés.

« Ne paniquez pas » gronda-t-il. « Ce n'est pas un esprit... mais ça en sera bientôt un. »

Strakk sentit que c'était le bon moment - alors que la caravane n'était pas surveillée. Il inspira et rentra dans le camp. Il sauta sur le wagon, prit les reines, et lança le Spikit au galop. La caravane avança si violemment que Kirbold et Tarduk manquèrent de tomber du wagon. Avant que les Vorox ne se rendent compte que la caravane était partie, ils étaient déjà loin.

« Où est Gresh ? » cria Tarduk. « Il était là-bas ! »

« C'est ton problème », dit Strakk.

Tarduk attrapa un bout d'Exsidian, prêt à frapper Strakk.

« Maintenant, tu as un problème aussi. Fait demi-tour. »

« Pas besoin, » annonça Kirbold. « Regarde ! »

Un être brillant courrait vers eux avec un groupe de Vorox sur ses talons. Gresh sauta en avant désespérément. Strakk ralentit le Spikit juste assez pour que le Glatorian puisse sauter sur le wagon.

« Vas-y ! Dépêche-toi ! » cria Gresh.

Cependant, le Spikit ne pouvait pas tirer autant de poids et les Vorox furieux s'approchaient rapidement. Strakk chercha un moyen de perdre ses poursuivants frénétiquement. Enfin, il vit un espoir de victoire. S'ils pouvaient atteindre l'autre côté d'une colline dont ils s'approchaient, ils seraient hors de vue des Vorox pour un moment. Ils pourraient cacher le chariot quelque part et attendre l'aube. Strakk prit les reines et fit avancer le Spikit plus vite jusqu'à ce qu'ils disparaissent en haut de la colline. Ensuite, Strakk se rendit compte de son erreur. Ce n'était pas une colline ; c'était les Sombres Chutes mortelles, menant le Spikit, la cargaison, et les passagers vers leur mort.

Partie Cinq

C'est vrai, en situation de crise, tout semblait ralentir, pensa Gresh. Après tout, il était, avec deux Agori, un Glatorian et un wagon rempli d'une cargaison de valeur, en train de plonger dans les profondeurs, probablement vers leur mort… et pourtant, tout semblait arriver au ralenti. L'eau se rapprochait pouce par pouce et il sentait chaque inspiration qu'il prenait - dedans, dehors, dedans, dehors. Son esprit fonctionnait à toute vitesse, quand bien même il semblait y avoir tout le temps du monde avant l'impact. En-dessous se trouvait la source de la Rivière Skrall, où l'eau fondue des Montagnes du Pic Noir se rassemblait pour alimenter l'oasis de Tesara avec le liquide donneur de vie. La rivière partait vers le sud, mais à cause de la grande chaleur, elle était presque évaporée lorsqu'elle atteignait la région d'Atero. Gresh recroquevilla son corps. Même s'il n'avait pas passé toute sa vie près de l'eau, il lui aurait été clair que ses os se briseraient à l'impact, donc il devait se submerger proprement. La tête la première il brisa la surface de l'eau, mais il avait oublié que même ici la Rivière Skrall n'était pas très profonde. Sa tête frappa un rocher au fond de la rivière et tout devint noir. Ensuite, les ténèbres furent poussées par des couleurs vivantes. Gresh se tenait au milieu de la Mer de Sable Liquide et malgré les sables mouvants qui l'entourait ; il réussissait à rester sur pieds. Non loin le village de Vulcanus brûlait. Les Agori et les Glatorian brûlaient aussi, mais marchaient comme si de rien n'était. Il avait l'air bien. Malum menait une horde de Vorox de Vulcanus, mais au lieu d'attaquer ils passèrent par le village et attquèrent un groupe de Fossoyeurs. Non loin se tenait une troupe de Skrall observant l'action. Une fois les deux camps fatigués de se battre, les Skrall vainquirent Vorox et Fossoyeurs. Ensuite, quelque chose de plus étrange arriva. Une étoile filante traversa le ciel et illumina la nuit du désert à des miles à la ronde. Elle tomba et creusa un cratère dans le sol sableux. De la fumée et des flammes, quelqu'un sortit finalement lentement… quelqu'un que Gresh n'avait jamais vu auparavant. Au début, il pensa que c'était un Glatorian, mais la créature continua à grandir jusqu'à surplomber Bara Magna. Le personnage grandissait et grandissait… ou était-ce Gresh qui rétrécissait ? il se regarda et remarqua que ses jambes étaient à moitié coulées dans les sables mouvants. Il coulait ! Il appela à l'aide, mais les Agori de Vulcanus étaient trop occupés par le feu et la bataille contre les Skrall. Seul le géant se tenait au-dessus du chaos et appela le nom de Gresh.

« Gresh… Gresh… Gresh ! »

Les yeux du Glatorian s'ouvrirent. Le village en train de brûler, les sables mouvants, les Skrall et le géant avaient disparu. Il était étendu sur le sable et leva le regard vers les deux Glatorian Ackar et Kiina. Strakk, Tarduk, et Kirbold était assis non loin dans l'ombre d'un précipice.

« Tu nous as donné une belle frousse », dit Kiina, riant.

« N'essaye pas de te lever », conseilla Ackar. « Tu as frappé ta tête très fort. »

« Que… Comment pouvez-vous être arrivés là ? » demanda Gresh en tentant de se lever malgré l'avertissement d'Ackar. Immédiatement, tout commença à tournoyer et il dut s'allonger à nouveau.

« Lorsque l'Exsidian n'est pas arrivé à Vulcanus, Raanu est devenu nerveux », répondit Ackar. « S'il n'est pas délivré, Iconox ne peut pas payer ses dettes à Vulcanus pour le combat perdu. »

« Ackar a convaincu Raanu d'attendre un peu avant d'agir trop rapidement », dit Kiina. « Il a dit que nous tenterions ou bien de trouver vous et l'Exsidian ou bien de prouver qu'Iconox avait envoyé la cargaison. On est arrivé juste lorsque Strakk te repêchait de la rivière. »

Gresh lança au guerrier d'Iconox un regard surpris. Strakk et lui étaient tout sauf de bons amis et il savait qu'il ne faisait jamais quelque chose sans vouloir quelque chose en échange.

Leurs regards se rencontrèrent. « Tarduk m'a promis une partie des prochains artefacts qu'il trouverait si je te trouvais et te sortais de l'eau », expliqua Strakk. « Du coup, il était raisonnable de... »

Kiina observa Strakk avec colère comme si elle voulait lui apprendre une leçon avec son trident. Ackar avait marché jusqu'au bord de la rivière et observait dans l'eau.

« Au moins on vous a trouvé, mais d'après Kirbold, l'Exsidian est au fond de la rivière. Raanu ne sera pas content de ça. »

« Encore pire », dit Kirbold, « si nous n'avons plus de route sûre pour envoyer des cargaisons d'Iconox à Vulcanus, alors c'est inutile que ces deux villages se défient dans l'arène. Lorsqu'un village aura quelque chose que l'autre veut, il y aura des affrontements. »

« Si on réussit à faire atteindre Vulcanus avec l'Exsidian on pourrait éviter ça », dit Ackar. « Mais votre Spikit s'est enfuit, le wagon est en morceaux et toute cette zone grouille de Skrall et de Vorox... La situation est sérieuse. »

Gresh se força à se remettre sur pieds. Tout tournoya un moment, d'abord rapidement, puis plus lentement, mais il n'en fut pas malade. Il tituba jusqu'à Ackar. L'Exsidian s'était probablement enfoui profondément dans le lit de la rivière. Il serait possible de le repêcher avec le bon équipement mais sans le wagon, ils ne pourraient transporter que quelques lingots. Même s'ils chargeaient quelques lingots sur les Arpenteurs des Sables d'Ackar et de Kiina, l'expédition serait loin d'être un succès.

« Peut-être qu'on devrait aller chercher un wagon à Vulcanus ? » suggéra Tarduk.

« On pourrait probablement éviter cet effort », dit Kiina. « Qu'est-ce que tu penses, Ackar, il y a peut-être quelqu'un dans les parages qui pourrait avoir très envie de mettre ses mains sur de l'Exsidian ? » Elle fit un signe de tête vers le nord.

Ackar sourit.


« C'est une idée absurde », grommela Strakk tout en marchant péniblement dans le sable. « Pas seulement absurde – suicidaire, aussi. Et bien sûr, ils m'ont choisi. »

Il s'empêcha de regarder en arrière. Strakk savait exactement où Ackar et Kiina l'observaient entre les rochers, selon eux pour couvrir ses arrières, mais il connaissait leur vraie raison. Ils voulaient s'assurer qu'il ne s'enfuyait pas. Strakk marchait depuis les Sombres Chutes vers le sud-ouest, en direction du désert plat. Gresh avait proposé le nord, vers Roxtus, mais Kiina était contre.

« Par ce chemin il ne passera jamais Malum et ses Vorox », dit-elle.

« En plus, les Skrall ne sont pas assez stupides pour penser qu'un Glatorian viendrait volontairement à eux s'il avait une autre solution. Non, la rencontre doit sembler accidentelle. »

Strakk errait donc dans le désert, sous le soleil brûlant, sans le moindre équipement. S'il avait « de la chance », une patrouille Skrall croiserait son chemin. Si ce n'était pas le cas, il serait victime des fossoyeurs, ou d'une créature du désert affamée. Ce n,'était pas la première fois qu'il se demandait si le combat qu'Ackar lui avait promis en valait la peine. Strakk s'arrêta pour boire quelque chose. Durant l'accident, il avait perdu sa gourde, mais il avait insisté pour que Kiina lui donne la sienne avant de partir. Kiina avait peur que les Skrall ne croient pas son histoire s'il avait de l'eau, mais Strakk refusa de partir sans eau. Il prit une grande gorgée. Lorsqu'il rabaissa la gourde, Il vit quelque chose à distance. Il voyait des cavaliers arriver vers lui. Il ne pouvait pas voir qui ils étaient à cause des vagues de chaleur sortant du sable. Il comptait une demi-douzaine de guerriers armés sur des Arpenteurs des Sables. Strakk fut soulagé. Les Fossoyeurs chevauchaient des Montures des Roches, donc les cavaliers n'étaient sans doute pas des pilleurs. Au moins, il ne voulait pas tomber dans les mains des mauvais criminels. Il se força à arrêter de marcher. Même si son esprit lui disait « Cours ! ». Strakk n'était pas un couard – après tout, on ne pouvait pas être un Glatorian couronné de succès en étant peureux. Mais il pensait pratique. Si quelque chose lui arrivait, la compensation devrait au moins être généreuse… Si elle pouvait toujours lui être utile… Les cavaliers étaient maintenant assez près pour qu'il les reconnaisse. C'était une patrouille Skrall bien équipée pour « frapper les Glatorian ». Strakk sentait ses genoux faiblir, mais il resta debout. Il devait avoir l'air épuisé et effrayé pour le succès de leur plan – au moins ce n'est pas difficile, pensa-t-il.

Le chef de l'escadron était un guerrier d'élite que Strakk avait rencontré auparavant. Son nom était Stronius. Il avait observé de nombreux combats de Skrall dans l'arène, impassible et sans dire un mot. Les rumeurs disaient qu'il surveillait les Glatorian Skrall. Si un d'entre eux, par miracle, perdait – ou ne gagnait tout simplement pas assez vite – il avait la permission de le punir.

Apparemment, les Skrall avaient besoin d'encore plus de motivation pour frapper quelqu'un, pensa sarcastiquement Strakk.

Stronius chevaucha directement vers Strakk et observa le Glatorian avec un sourire satisfait. « Tu es loin de chez toi... Glatorian. »

« Je suis... » commença Strakk.

Stronius le coupa. « Peut-être que tu as besoin d'un repas et d'un lit. Je suis sûr que nous trouverons quelque chose pour toi à Roxtus. »

Strakk déglutit. Il avait entendu beaucoup de rumeur à propos des Glatorian se rendant à Roxtus – ou y étant emportés contre leur volonté – et ne revenant jamais. On disait qu'ils étaient utilisés comme cobayes. C'était la version la moins effrayante. D'autres spéculations sur pourquoi ils étaient emportés à Roxtus et ce qui leur arrivaient était bien pire.

« J'étais en chemin avec quelques autres », expliqua Strakk. « Notre wagon a plongé dans les Sombres Chutes. Je… Je suis le seul survivant. »

« Un wagon ? » demanda Stronius. « Quelle était la cargaison ? »

Strakk hésita un peu avant de répondre, juste assez pour être crédible. « De l'Exsidian, on était en chemin vers Vulcanus. Mais maintenant il est au fond de la rivière. »

Stronius sourit. Ses yeux brillaient de convoîtise. « Tu as conscience, Glatorian, que nous pourrions t'achever maintenant et prendre l'Exsidian pour nous ? »

Au moins il est honnête, pensa Strakk.

« Mais on ne fait pas des choses comme ça », continua Stronius. « En tant qu'honnêtes citoyens de Bara Magna nous ferons plutôt quelque chose d'autre. Je vais envoyer un de mes hommes à Roxtus pour avoir un wagon et tu nous mèneras à l'endroit où l'Exsidian a coulé. Et ensuite, nous... le sortirons pour toi et te remettrons sur ton chemin avec ta cargaison. »

Cela ne peut pas vouloir dire quelque chose de bon, se dit Strakk. Les Skrall n'ont pas exactement pour réputation d'être une association de charité.

Le Glatorian regarda le sable, puis monta son regard jusqu'à Stronius. S'il acceptait sa proposition trop vite, ça ne semblerait pas authentique – les Skrall savaient qu'aucun Glatorian ne pourrait sérieusement croire qu'ils le laisseraient partir – et encore moins avec la cargaison. Strakk prétendit lutter avec lui-même puis se résoudre à accepter. « D'accord. »

« Tu as pris une sage décision », dit Stronius, ce qui était supposé signifier quelque chose dans le genre de : si tu avais dit non, tu serais déjà mort.


Cela prit quelques heures pour que les Skrall reviennent avec le wagon. Stronius ne laissa pas Strakk sortir de sa vue. Une ou deux fois, le Glatorian de la Glace fut tenté de trahir le plan, espérant que les Skrall le laisseraient retourner chez lui. Mais son intelligence gagna - en disant la vérité que le Skrall s'assurerait qu'il ne mentirait plus jamais. Lorsque les Skrall revinrent finalement ils apportèrent le message que Tuma, le chef des Skrall, avait des doutes sur le plan de Stronius. Cependant, il accepta à condition que le « travail » soit fait aussi vite que possible et que tous les « matériaux inutiles » soient éliminés immédiatement. Strakk avait entendu de nombreux noms pour le désigner, mais « matériaux inutiles » était nouveau pour lui. Ils se rendirent à la Rivière Skrall en silence. Strakk espérait que les Glatorian avait gardé leur parole et l'attendait. S'ils avaient réfléchi deux fois et étaient retournés à Vulcanus, il avait un gros problème. Lorsqu'ils atteignirent une côte, Strakk vit l'emplacement. Ni Gresh, ni Kiina, ni Ackar ni qui que ce soit d'autre n'était visible. D'abord, il commença à paniquer intérieurement - ils l'avaient trahi ! Puis il remarqua qu'aucune trace n'était visible sur le sable du bord de la rivière. Il se calma un peu. Ils n'auraient aucune raison de couvrir leurs traces s'ils étaient en chemin vers le village du feu. Le plan était toujours valide et il devait continuer à jouer son rôle.

« Je ne vois aucune trace de tes camarades » dit Stronius. Il ne semblait pas méfiant, mais plutôt ennuyé. Après un an sur Bara Magna il ne trouvait plus les astuces des Glatorian amusantes.

« La rivière les a emportés », répondit Strakk un peu trop vite. « Je suis le seul qui a survécu. »

« Je vois », dit Stronius. « Donc si j'envoie un des hommes vers l'aval, il les trouvera où l'eau se perd dans le sable. »

« Bien sûr », répondit Strakk. Quoi d'autre était-il supposé dire… ?

Stronius pointa trois de ses hommes. « Allez voir si vous trouvez quelque chose dans le lit de la rivière - et soyez attentifs. La vie d'un Glatorian en dépend. »

Les trois Skrall descendirent et s'avancèrent dans l'eau. Seuls quelques moment passèrent avant que les têtes armurées réapparaissent à la surface. L'un d'entre eux nagea jusqu'à la côte et grimpa sur le sable. Dans une main il tenait un lingot d'Exsidian.

« Là-dessous se trouvent les restes d'un wagon », rapporta le Skrall. « Et plus de lingots comme celui-là. »

« Très bien », dit Stronius. « Descendez tous et remontez ça. Pendant ce temps, je garderai un œil sur notre 'ami'. »

Les guerriers Skrall se mirent au travail. Comme pour tout ce qu'ils entreprenaient, ils étaient rapides et attentionnés. Encore et encore ils sortaient avec de nouveaux lingots qui étaient ensuite chargés sur le wagon. Plus le tas grossissait, plus le sourire de Stronius grandissant. Sans doute il était déjà en train de penser à la manière dont Tuma l'accueillerait lorsqu'il reviendrait avec un tel trésor. Lorsque le wagon fut complètement chargé, Stronius et ses hommes retournèrent sur leurs Arpenteurs des Sables. Le Skrall d'élite fit une grimace à Strakk et pointa son Lanceur Thornax vers lui.

« Merci beaucoup, Strakk. Nous nous souviendrons toujours des services que tu as rendu au village de Roxtus… sur ta pierre tombale. »

Strakk ferma ses yeux. Le sifflement d'un tir de Thornax se fit entendre et peu après un cri aigu. Mais il ne venait pas de Strakk. Le Glatorian ouvrit ses yeux et vit Stronius dans le sable.

« Jettez vos armes - maintenant ! » hurla Ackar depuis les rochers proches. « Éloignez-vous de ce wagon ! »

Les guerriers Skrall ouvrirent le feu avec des Thornax explosifs. Strakk utilisa le chaos pour fuir vers la rivière. Il voulait la traverser et s'arrêter dans le désert au-delà. Il était déjà de l'autre côté lorsque Kiina apparut derrière une dune de sable.

« Où est-ce que tu vas ? » lança-t-elle tout en continuant à tirer des Thornax sur les Skrall.

« Hors de la ligne de feu » répondit Strakk. « Je ne suis pas armé, au cas où tu ne l'as pas remarqué. »

« Ne pas être armé sera le moindre de tes problèmes lorsque tu nous abandonneras », rétorqua Kiina. « Par exemple lorsqu'on fera diminuer ta taille d'une tête. Voilà ! » Elle donna à Strakk son trident. « Commence à être utile. Et rappelle-toi – pointe la partie pointue vers les méchants. »

Même si les ennemis étaient plus nombreux qu'eux, Ackar avait réussi à éloigner les Skrall du wagon. Stronius avait envoyé un guerrier qui était supposé arrêter les Glatorian. Il avait déjà réussit à faire le tour et était dans les hauteurs des rochers lorsqu'il croisa Gresh, qui lui lança une pierre dessus. Le Skrall retomba dans le sable.

« Tu es prêt ? » cria Ackar.

Kiina hacha la tête et visa. « Allez ! » cria-t-elle.

Les deux Glatorian tirèrent avec leurs Lanceurs Thornax directement devant les Skrall. Les projectiles explosifs entrèrent en collision bruyamment et firent tourbillonner le sable dans l'air et dans les yeux des Skrall. Temporairement aveuglés, ils ne purent pas empêcher les Glatorian Gresh et Strakk et les deux Agori de courir vers le wagon et de grimper à bord. Ackar monta à bord et emporta Kiina à son Arpenteur des Sables, qu'elle monta rapidement.

« Allez ! » cria Kiina alors qu'elle dispersait les Arpenteurs des Sables des Skrall. Gresh éperonna le Spikit avec les reines et le wagon commença rapidement à avancer. Ackar se retourna et tira sur les Skrall qui ressortaient du nuage de sable.

« Je n'arrive pas à croire qu'on ai réussi ! » dit Strakk.

« Ce n'est pas encore fini. » dit Gresh. « Il faut encore qu'on atteigne Vulcanus. »

« Et j'ai bien peur qu'ils aient toujours un problème à régler avec nous » dit Kiina, pointant vers l'arrière.

Gresh regarda par dessus son épaule. Les Skrall avaient re-capturé leurs Arpenteurs des Sables et poursuivaient de près le wagon. Les Spikit étaient rapides et endurants, mais pas autant que les Arpenteurs des Sables. Ce n'était qu'une question de temps avant que les Skrall ne les rattrapent.

« Quelqu'un a une bonne idée ? » demanda Strakk au groupe assemblé.

« Kiina et moi pourrions chercher une couverte et les arrêter », dit Ackar, « pendant que vous continuez vers le village. »

« Sans façons », dit Gresh. « C'est notre tâche. Je ne laisserai pas quelque chose vous arriver parce que vous avez voulu nous aider. »

« Je ne crois pas que nous ayons besoin de ta permission pour ça, petit », répondit Kiina. « Cherche un bon endroit, Ackar, où on pourrait les prendre en feu croisé. »

« Attendez une seconde », les interrompit Strakk. « Il y a quelqu'un devant - avec une armure rouge. Peut-être que Vulcanus a envoyé des guerriers débutants pour aider ? »

« Qui que ce soit, j'espère qu'ils sont bien équipés », dit Ackar. « On va avoir un dur combat. »

Ils s'approchèrent rapidement des gens. Lorsqu'ils purent mieux les voir, Gresh sentit son estomac se serrer comme un nœud.

« Oh, je ne pense pas que tu ais à t'inquiéter de ça. Ils sont bien équipés, ça c'est sûr. »

Strakk observa devant. « Je n'y crois pas. On ne peut pas être aussi malchanceux. »

« Qui sont-ils ? », demanda Ackar, le regard toujours fixé sur les Skrall derrière eux.

Gresh voulait répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Après tout ce qu'ils avaient réussi à surmonter, il n'arrivait pas à croire que leur mission allait s'arrêter… et plus que ça… « Ils ne viennent pas de Vulcanus », dit-il finalement. « L'armure rouge… c'est Malum. Lui et ses Vorox nous attendent. »

« Et les Skrall sont juste derrière nous. » remarqua Kiina.

« Et autour de nous, ce n'est que le désert à perte de vue », se dit Ackar. « Pas de cachette en vue. On ne peut n'y s'échapper ni les vaincre, encore moins les deux. »

« Je parie qu'on a de bonnes chances de se faire rosser », dit Strakk. « Et on va bientôt le découvrir... »

Partie Six

Gresh regarda derrière. Les Skrall s'approchaient d'eux. Il regarda de nouveau devant - et Malum et ses Vorox s'approchaient également. Quatre Glatorian et deux Agori avec un wagon rempli d'Exsidian entre deux groupes opposés n'avaient pas beaucoup de chances de survivre.

« Ce n'est pas bon. » murmura-t-il.

« Abandonnons la caravane », dit soudainement Strakk. « Je n'arrive pas à croire que je dise ça, mais... Peu importe l'Exsidian. »

« Pense à ça. » Ackar secoua sa tête. « Vous avez trompé Malum, à qui vous avez promis de ramener son trésor de Roxtus... juste à l'instant, nous avons trompé les Skrall pour qu'ils nous aident à récupérer l'Exsidian d'une rivière. Il me semble que tu apprécies ce talent de reconnaître ses adversaires, Strakk. »

« C'est amusant que tu dises ça de cette façon » répondit Kiina « Mais les Vorox sont devant nous et les Skrall derrière. Peut-être qu'on devrait se battre ? »

« J'ai une meilleure idée », dit Ackar. « Gresh, Strakk, qui est-ce que les Vorox détestent plus que tout ? »

« Les Skrall. » dit Gresh.

« Et qui les Skrall considèrent-ils comme des vermines à éradiquer ? » comprit Kiina.

« Les Vorox », sourit Strakk, supposant les intentions d'Ackar. « Oh, non. Ça va mal finir... J'aime ça ! »

Ackar ordonna à son Arpenteur de galoper plus vite, allant directement vers le groupe de Vorox. Lorsqu'il fut assez près des Vorox, il s'arrêta devant eux. Ackar fit rapidement demi-tour et se dirigea vers les Skrall.

« Nos amis Vorox sont arrivés juste à temps ! » cria Ackar de toute la force de ses poumons. « Vers les Skrall ! »

Entendant cela, le Skrall d'élite cria de colère. Stronius détestait les Vorox de toute son âme. Le fait que ces créatures étaient alliées avec les Glatorian ne faisait que le rendre encore plus en colère.

Ces créatures du sables difformes agissent audacieusement contre nous ? pensa Stronius. Ils payeront pour ça !

Malum entendit également les mots d'Ackar. Il comprit immédiatement le plan de son vieil ami. Il savait aussi qu'il ne pouvait pas s'échapper de son piège sans un combat. Ackar avait utilisé la haine éternelle entre les Skrall et les Vorox. Maintenant, les Skrall ne faisaient que tirer des Thornax sur les Vorox.

« Tirez-leur dessus ! » criait Stronius. « Détruisez-les ! Les Glatorian et les Vorox. »

Ses guerriers tiraient vers les Vorox avec leurs lanceurs. Les Thornax atterrissaient directement vers les Vorox, blessant sérieusement trois d'entre eux. Les autres oublièrent rapidement Ackar. Ils étaient attaqués par des Skrall - leur instinct leur disait de contre-attaquer. Furieux, les Vorox se ruèrent vers les guerriers Skrall. Lorsque la horde de Vorox attaqua l'ennemi qu'ils détestaient le plus, c'était le moment approprié pour quitter le champ de bataille. Les Glatorian, les Agori et le chariot partirent rapidement. Le son des Thornax explosant et les cris des blessés s'étouffèrent rapidement.

« Tu pensais qu'on perdrait » dit Kiina, ravie. « Donc tu voulais qu'ils se combattent entre eux. »

« Non, je voulais que ça finisse différement », admit Ackar. « Nous n'avons peut-être pas de bonnes relations avec les Vorox, mais ils ne méritent pas de mourrir face aux Skrall. Mais aujourd'hui, nos vies étaient en jeu. »

« Après tout, la vie des Glatorian est plus importante, n'est-ce pas ? »

Ackar ralentit son Arpenteur et se retourna. Derrière eux se trouvait Malum, monté sur un Arpenteur, et armé d'une épée et d'un bouclier Skrall. Il était seul. Ackar tira immédiatement son épée.

« Je vois que tu traines avec des voleurs, maintenant », dit Malum.

« On ne cherche pas à te combattre », coupa Gresh. « Tu nous as trouvé, tu te rappelles ? Tu nous as demandé de voler l'épée à Roxtus. Et nous l'avons fait, après que tu l'ai volée à Ackar. »

« Comment va la bataille ? » demanda Ackar.

« Les deux camps ont souffert de lourdes pertes », dit Malum. « Mais la lutte continue. Mes Vorox savent quand arrêter. Je sais que les Skrall ne savent pas comment nous poursuivre. Nous sommes très nombreux. »

« J'ai fait ce que j'avais à faire », dit Ackar. « Je suis désolé que tes guerriers soient morts. Mais, sur ton ordre, ils nous auraient tués. »

« Je n'ai pas de querelle contre toi, Ackar. S'échapper des embuscades est ta spécialité... c'est un talent que toi les Vorox avez. Mais ces deux-là, Gresh et Strakk, sont entrés dans notre territoire sans invitation. Un de ces jours, nous finirons nos affaires. »

Gresh sauta de la caravane, l'épée en main, prêt à se battre.

« On peut résoudre ça ici et maintent. C'est ce que tu veux, Malum ? »

« On le fera en temps voulu. » Malum sourit froidement et secoua la tête. « Le désert est imprévisible, Gresh. Parfois magnifique et plaisant, parfois cruellement tueur. Un jour il apportera de l'eau pour étancher ta soif. Le jour suivant, il te nourrira lorsque tu seras affamé. Mais le troisième jour... mon épée t'ôtera la vie. »

L'ancien Glatorian prit les reines de son Arpenteur et lui ordonna de faire demi-tour puis partit. Ensuite, il disparut au loin.

« C'est tout ? » dit Strakk, surpris. « Il nous a laissé partir ? »

« Tu veux le combattre ? » soupira Kiina. « Si je me souviens bien, il ne t'aime pas. »

Le Glatorian de la Glace savait que Kiina avait raison. Malum avait failli prendre la vie de Strakk pendant un combat, ce qui avait causé son expulsion de Vulcanus.

« Même si nous quatre l'avions affronté, nous aurions pu ne pas gagner. Je le connais », soupira Ackar. « La chose la plus importante est que maintenant nous devons emmener l'Exsidian à sa destination. Lorsque les Skrall en auront fini avec les Vorox, ils vont probablement recommencer à nous pourchasser. »


L'équipe voyagea vers le sud. Tout en restant vigilant et précautionneux, tout le monde se faisait lentement à l'idée qu'ils pourraient atteindre Vulcanus. Kirbold se promit de proposer aux ainés d'Iconox qu'Ackar et Kiina reçoivent la même paye que Gresh et Strakk. Sans leur aide cette mission aurait pu se terminer à la Rivière Skrall.

« On a probablement des problèmes à venir », dit Tarduk. « Je ne suis pas sûr que lorsque nous aurons fini ce voyage nous pourrons dire que cette route est meilleure que celle passant par les Dunes de la Trahison. Qu'est-ce que vous en pensez ? »

« Tu rigoles, n'est-ce pas ? » rit Kirbold. « On a surmonté des Fossoyeurs, les Skrall, Malum et ses Vorox, ainsi que des Chauve-Souris des Sables, des serpents, une cascade mortelle... actuellement, je pourrais préférer les Dunes de la Trahison. »

Kiina s'approcha d'Ackar.

« À quoi penses-tu ? »

« Je ne vois aucun signe indiquant que nous sommes poursuivis. Si nous continuons à ce rythme, ça sera bon pour nous. Au pire, on pourrait trouver des Fossoyeurs. »

« Tu parles d'eux ? » intervint Gresh, pointant vers l'avant.

Ce qu'ils virent leur donna des frissons. Devant eux, à une courte distance, le désert avait été transformé en gigantesque cratère. Autour de celui-ci se trouvait les corps de plusieurs Fossoyeurs, comme si une tornade était passé par là. Parmi les morts se trouvaient plusieurs survivants, mais leur condition ne leur prédisait pas une longue vie. Ackar chercha sans succès des traces de Thornax ou des restes de lances Vorox. Quelque chose qui ressemblerait à un monstre laisserait des traces de cette taille.

« Quand est-ce que tu crois que c'est arrivé ? » demanda-t-il à Kiina, qui était déjà descendu de son Arpenteur pour examiner un des Fossoyeurs.

« Peut-être il y a une heure. » Kiina s'approcha d'un Fossoyeur et demanda. « Qu'est-ce qui c'est passé ? »

La Fossoyeur leva légèrement sa tête et ses lèvres bougèrent sans bruit. Lorsqu'il put parler, Kiina se pencha vers lui. Il murmura un mot avant de mourir. Kiina regarda ses coéquipiers, disant : « Skopio. »

« Partons d'ici », Strakk n'avait pas besoin de connaître d'autres informations que celle-ci.

« Il y a une heure ? Peut-être que le Skopio est déjà parti maintenant, » demanda Tarduk avec espoir.

« Ou peut-être qu'il est juste sous le sable à attendre pour nous attaquer », renifla Strakk.

Ackar réfléchit. Les Skopio étaient les créatures les plus grosses et les plus dangereuses de Bara Magna. Les gigantesques créatures ressemblant à des scorpions n'étaient pas très rapides, mais grâce à leur taille, un pas les déplaçaient de plusieurs mètres. Ils ne connaissaient pas tous ses instincts, donc il était difficile de savoir si un Skopio resterait au même endroit ou chercherait un nouveau territoire. Si le Skopio qui avait fait ce désastre était parti, cet endroit était supposément sûr.

« On ira au sud », dit Ackar. « En supposant que le Skopio ne nous suit pas, on ira par là. J'espère qu'on atteindra le village. »

Donc ils partirent directement vers Vulcanus. Après quelques minutes, le sol sous leurs pieds commença à trembler.

« Oh, non... » gémit Strakk.

La première secousse était plutôt faible. La seconde fut plus intense - l'Arpenteur d'Ackar devint incontrôlable, manquant d'éjecter son cavalier. Ensuite il y eut un tremblement de terre. Gresh tomba la face dans le sable avant qu'il ne s'ouvre avec une explosion. Le cratère commença à aspirer le sable, et ferait rapidement de même avec Gresh. Kiina, juste à temps, attrapa sa main et le jeta dans le convoi. Le désert explosa. Un nuage de poussière se répandit dans les airs alors que le Skopio apparaissait. Il était près pour la prochaine bataille. Et ensuite tout devint pire. Lorsque le sable et la poussière tombèrent, Ackar vit un personnnage avec une armure dorée sur la bête. Cela signifiait que la bête qu'ils allaient combattre était en fait une machine. Ils étaient sur le chemin du Skopio XV-1 et de son pilote...

« Telluris ! » cria Ackar.

Strakk lança à Kirbold un regard en colère.

« Lorsqu'on retournera à Iconox, je demande une augmentation ! »

« Si on retourne à Iconox. » le corrigea Kirbold.

Le Skopio XV-1 était construit pour ressembler à un vrai Skopio. Il était plus rapide et plus dangereux. Le lunatique Telluris l'avait amélioré au fil des années, en utilisant des morceaux d'autres véhicules. À cause de la maladie qui avait ravagé sa tribu il y a 103 000 ans, Telluris était obsédé par oppresser et torturer les autres. Le XV-1 était idéalement équipé pour ça. L'équipe tenta de s'enfuir. Vulcanus avait beaucoup de Glatorian à s'entraîner. Leur aide pourrait être nécessaire pour combattre cette machine géante. Mais Telluris n'avait pas l'intention de leur donner cette chance. Pressant un bouton sur la console de contrôle, il changea la façon dont son véhicule se déplaçait. Il replia les quatre jambes de son véhicule, pour que le XV-1 se déplace avec ses chenilles. Le véhicule n'avait plus l'air aussi impressionnant, mais il pouvait aller beaucoup plus vite. Avec un sourire machiavélique sur son visage, Telluris pourchassa ses nouvelles victimes.

« Séparez-vous ! » cria Gresh. « Il ne peut pas tous nous pourchasser ! »

C'était une bonne idée. Gresh et les Agori prirent la caravane, et les autres ce dispersèrent sur les côtés. Quelque soit celui que Telluris déciderait de suivre, les autres feraient le tour et l'attaqueraient par derrière. Observant les Glatorian fuir comme un essaim de Scarabax effrayé fit très plaisir à Telluris. Lequel détruirait-il en premier ? Un chariot plein d'Exsidian ne l'intériessait pas. S'il avait été intéressé par l'Exsidian, il l'aurait pris à Iconox et personne n'aurait pu l'arrêter. Mais le Glatorian à l'armure rouge avait apparemment un cerveau - il criait des ordres, et les autres n'écoutaient pas. Ça serait utile de le faire taire. Telluris pointa son fusil, monté sur la queue du Skopio, vers Ackar et tira. Ackar entendit le sifflement du Thornax dans l'air. Son arpenteur tira sur les reines, le forçant à tourner rapidement vers la droite. Il s'échappa à temps, mais la force de l'explosion fit tomber le cavalier et l'Arpenteur dans le sable.

« Ackar ! » cria Kiina lorsqu'elle vit son ami blessé. « Gresh, aide-le ! Je vais m'occuper de Telluris. »

Tout en s'assurant que le Tesaran atteignait Ackar, blessé, elle commença à attaquer. Pour échapper à la pluie de Thornax, elle grimpa directement sur le Skopio. Telluris accéléra, essayant de l'écraser avec son véhicule, mais Kiina lui échappa ingénieusement. La Glatorian sauta depuis son Arpenteur et atterrit sur l'armure du Skopio.

« Qu'est-ce qu'elle fait ? » observa Ackar, éberlué.

« On peut distraire l'attention de Telluris. Qu'est-ce que tu en penses ? » dit Gresh.

Les deux Glatorian galopèrent vers le Skopio. Ackar tira sur lui, tout en sachant que les Thornax étaient incapables d'endommager le bouclier de la machine. Tout ce qu'il voulait était que Telluris se concentre sur eux au lieu de Kiina.

« Fais attention ! » cria Ackar. Alors que Telluris leur tirait dessus, l'Arpenteur d'Ackar réussit à éviter tous les tirs de Thornax du Skopio.

« J'ai une idée, » dit Gresh. « Allons vers la caravane. »

Les Glatorian se ruèrent vers la caravane. Sans s'arrêter, Gresh sauta sur sa selle et prit deux barres d'Exsidian. Lorsqu'il fut près du Skopio, le Glatorian sauta au sol, fit un pas de côté, et mit immédiatement les deux barres dans les chenilles du véhicule. De l'autre côté, Ackar fit de même. L'Exsidian était convoîté pour sa résistance et sa durabilité exceptionnelles. Il ne se corrodait pas ni ne se déformait comme les autres métaux. Dit autrement, le chassis de métal du Skopio ne pouvait pas y résister. Le grincement et le cassage de morceaux des chenilles du Skopio annonça le duel entre le chassis du XV-1 et l'Exsidian, avec l'Exsidian comme vainqueur. Pendant ce temps, Kiina grimpa sur le Skopio. Une fois, elle glissa et manqua de tomber. Kiina attrapa la queue et remonta, et lorsqu'elle fut suffisament haut, elle sauta directement au cockpit du XV-1, atterrissant derrière Telluris. Sans hésitation, il tenta de s'échapper mais fut attrapé par la cheville et suspendu la tête en bas.

« Je suis fatigué à cause de l'escalade, tu sais ? » dit Kiina en gardant la tête de Telluris en bas. « Je suppose que tu ne peux pas tenir longtemps. Tant que tu nous combats ; mon lanceur est dirigé vers la console de ton jouet. »

« Tu sais ce qui arrivera si tu tires ? » rit Telluris. « Il y aura une grosse explosion et nous mourrons tous. Toi, moi et tes amis en bas. Vous mourrerez tous, vous le savez, non ? »

Kiina le releva et vit son regard froid.

« Tu penses que j'en ai quelque chose à faire ? »

Telluris ne montra pas de peur. Ou bien il était incroyablement brave, fou, ou possédé. Il parla calmement, comme s'il parlait du temps qu'il faisait. « Qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Je vais te laisser choisir », dit Kiina. « Je te tue toi et je garde ton véhicule, ou mes coéquipiers le détruise et te laisse errer seul dans cette terre désolée ou... »

« Ou quoi ? »

« Non loin de là se trouvent de nombreux guerriers Skrall », continua Kiina. « Tu fais demi-tour, tu les bats, et tu retournes d'où tu viens, et notre affaire est réglée. »

Telluris hésita. Il n'avait jamais eu affaire avec les visiteurs du nord. Il savait que les Skrall étaient des adversaires résistants.

« Et bien, qu'est-ce que tu choisis ? Tu as peur de ces stupides Skrall ? »

« Pas du tout », dit Telluris. « Je m'occuperais d'eux. Mais lorsque je vous retrouverais dans mon territoire, vous ne vous échapperez pas aussi facilement. »

Kiina sourit et secoua Telluris au bord du véhicule.

« Qu'est-ce que tu fais ? Tu as dit que tu me laisserais libre ! » protesta Telluris.

« Je n'ai jamais dit que je ne ferais pas ça » dit Kiina. « Tu avais le choix entre abandonner ton véhicule et l'utiliser pour mon bénéfice. Décider de te libérer ou pas ne faisait pas partie du marché. »

Disant cela, elle lâcha sa jambe. Telluris cria un moment jusqu'à ce qu'il touche le sol. Ackar s'approcha immédiatement de lui pour voir s'il était vivant.

« Il est vivant », dit-il, soulagé.

« Bien sûr qu'il est vivant. Il excellait dans l'arène », dit Kiina, qui sauta pour descendre du Skopio. « Au moins il ne nous dérangera pas. »

« Je ne comprends pas », dit Gresh. « J'ai entendu ce qu'il a dit. Mais il suppliait de rencontrer les Skrall. »

« Oh le bleu » dit Kiina en secouant la tête. « Quand apprendras-tu ? Il a dit : « Je m'occuperais d'eux », mais a pensé « dès que je m'en serais occupé, Glatorian, je vous poursuiverais. » Si tu veux négocier avec un Glatorian, apprend le langage des arnaqueurs. »


Quelques heures plus tard la forme caractéristique d'un grand bâtiment au centre de Vulcanus apparut sur l'horizon. Peu après, l'équipe s'approchait du premier bâtiment, où ils reçurent les félicitations des gardes. Même si Strakk n'avait jamais aimé le village du feu, il n'avait jamais été aussi excité de toute sa vie. Raanu, le chef de Vulcanus, était l'Agori le plus heureux de la ville en ce jour. Ackar savait que sa réaction était principalement liée à l'Exsidian qui avait finalement atteint sa destination. Mais c'était aussi quelque chose d'autre : Iconox avait payé sa dette à Vulcanus. La victoire des Glatorian pour la Tribu du Feu n'était que le commencement. Pas de guerre avec la Tribu de la Glace. Le système des Glatorian avait fonctionné parfaitement et rien n'avait changé. Metus alla féliciter Strakk, Gresh, Kirbold, et Tarduk. Après un moment de célébration, Metus tira Strakk hors du groupe, et en parlant doucement, dit :

« Tout est prêt. Immédiatement après le Grand Tournoi, tu combattras Ackar. Raanu a insisté pour que le combat ait lieu ici, donc... »

« Il a sauvé ma vie... sauvé toutes nos vies » l'interrompit Strakk « Mais je sens la satisfaction d'une victoire et d'une bonne paye. C'est d'accord. »

Au bord du village, Kiina et Gresh observaient le coucher du soleil sur le désert.

« On a vu que la route du nord est trop dangereuse » dit Kiina. « Donc la mission a partiellement échoué. Est-ce que ça valait la peine de passer par tout ça ? »

« Oui, je pense », dit le Tesaran. « C'est vrai que j'ai dû fuir les Skrall, combattre les Vorox, et endrure Strakk... mais j'ai trouvé que j'ai des amis. Toi et Ackar. »

« Tu as raison. Tu as beaucoup à apprendre, mais tu es très talentueux. Si un jour tu te trouves à Tajun, on pourrait s'entraîner ensemble. »

« Et tu m'apprendras le mouvement que tu as utilisé sur le Skopio ? » sourit Gresh.

« Tu auras beaucoup de leçons, » se moqua Kiina alors qu'ils retournaient au village. « Nous parlerons de comment survivre au premier tour de combats durant le Grand Tournoi. »

« C'est d'accord. Mais tu sais quoi ? » Gresh attrapa un bloc d'Exsidian jeté par un Agori. « Survivre à un combat est ce qui importe. »

FIN

Personnages

Diffusion

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Anecdotes

  • La narration dit que Malum était le Glatorian avec lequel Strakk s'entendait le mieux. Cependant, la nouvelle graphique établit que Strakk était le guerrier que Malum essayait de tuer.